The Smashing Pumpkins- Adore

Adore


Un album de sorti en chez .

9

Dans la tourmente, Billy Corgan réinvente ses Smashing Pumpkins et débranche les guitares pour un album sobre et triste. Le grand album sous-estimé des Pumpkins.

La fin des nineties marque le début de l’ère glaciaire pour les stars du rock. Après un sévère accident de santé, le batteur de R.E.M. quitte le groupe, obligeant Stipe et les siens à une réforme totale de leur style sur l’étrange et courageux “Up”. Massive Attack jette un énorme pavé dans la mare trip-hop avec “Mezzanine”, qui signe le retour en force de la cold-wave dans le paysage rock et annonce, concomitamment à l’effrayant “Ok Computer” de Radiohead, paru quelques mois à peine plus tôt, que l’angoisse et la paranoïa redeviennent les valeurs musicales cardinales de l’époque. En parallèle, les Smashing Pumpkins ont salement défrayé la chronique quelques mois plus tôt. Le groupe, dans la tourmente, a essuyé plusieurs drames successifs : décès du claviériste Jonathan Melvoin, mort d’une fan lors d’un concert en Irlande. En réaction, le batteur historique Jimmy Chamberlain, devenu incontrôlable du fait de son addiction, a été limogé en 1996. L’avenir des Pumpkins paraît donc d’autant plus aléatoire que malgré ses ennuis de santé, Chamberlain a toujours été une des composantes cruciales du style du groupe et l’un des batteurs les plus inspirés de sa génération.

A l’époque, Billy Corgan est déjà allé très loin dans ses délires musicaux avec le gargantuesque “Mellon Collie And The Infinite Sadness”. Pour autant, il garde la lucidité propre aux artistes au sommet qui sentent à quel point ils sont proches de la sortie de route. Cette lucidité va l’amener à revoir en profondeur le son du groupe, en le privant de sa propulsion première, du battement si particulier qui portait la plupart des titres des Pumpkins. Avec une intuition formidable, Corgan comprend que son groupe ne pourra plus, dans l’immédiat, faire parler la poudre aussi bien qu’il avait l’habitude de le faire, aussi choisit-il de se réorienter vers une approche bien plus intimiste pour “Adore”, un album lent, triste et (si, si) sobre.

Sans Chamberlain, Corgan se recentre vers une approche très eighties, choisit de faire un pas vers les synthétiseurs, vers la New Wave. Paradoxalement, en optant pour un son très référencé, il s’écarte des clichés qui guettaient son écriture et livre quelques-unes de ses compositions les plus simples et les plus belles. Les renvois sont nombreux : Apels + Oranjes évoque nettement celui du Depeche Mode de “Violator”, tandis que le son spacieux et la lenteur languide de Shame renvoient directement au “Disintegration” de Cure. Oubliées les superpositions déraisonnables de couches de guitares comme il était de mise pour “Siamese Dream” ou “Mellon Collie” : ici, le son se fait souvent aéré, rêveur. Le tempo est ralenti et les cavalcades de guitares sont oubliées.

“Adore” est un peu long, c’est vrai, comme tous les albums de Corgan à l’exception de “Gish”, en fait. Pour être honnête, on aurait pu se passer de Behold ! The Nightmare ou du très long For Martha en fin de parcours. Mais ses sommets sont nombreux et il se distingue dans la discographie des Smashing Pumpkins : au sein d’albums qui se distinguent souvent par leur emphase, leur démesure, la sobriété de “Adore” apporte une respiration bienvenue. L’espace d’un disque, Billy Corgan a retouché le plancher des vaches pour livrer son disque le plus humain.

Avec “Adore”, les Smashing Pumpkins, éreintés par le succès, par quelques années de bruit et de fureur, se refont une virginité, retrouvent la candeur qui faisait le charme de leurs débuts. Ils livrent aussi un de leurs meilleurs albums, souvent oublié.

Chroniqueur

Tracklist

  1. To Sheila
  2. Ava Adore
  3. Perfect
  4. Daphne Descends
  5. Once Upon A Time
  6. Tear
  7. Crestfallen
  8. Appels + Oranjes
  9. Pug
  10. The Tale Of Dusty And Pistol Pete
  11. Annie-Dog
  12. Shame
  13. Behold! The Night Mare
  14. For Martha
  15. Blank Page
  16. 17
  17. To Sheila - Mono
  18. Ava Adore - Mono
  19. Perfect - Mono
  20. Daphne Descends - Mono