The Smashing Pumpkins- Mellon Collie And The Infinite Sadness

Mellon Collie and the Infinite Sadness


Un album de sorti en chez .

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Le troisième album des Smashing Pumpkins s'est imposé à sa sortie comme un jalon majeur du rock et de la pop culture de l'époque. Tient-il encore son rang avec vingt ans de recul ?

Aborder en quelques paragraphes “Mellon Collie and the Infinite Sadness” n’est pas chose aisée. D’abord parce que son énorme succès en a fait l’un des disques majeurs de son époque ; ensuite parce que ce succès paraît, maintenant comme alors, extrêmement atypique, presque inexplicable.

Après le triomphe de “Siamese Dream”, les Smashing Pumpkins sont devenus de fait les chefs de file de tout un pan du rock alternatif américain, le terme d’alternatif perdant d’ailleurs de sa substance à une époque où les artistes classés sous cette étiquette représentent finalement les principales têtes d’affiche du mainstream. L’annonce de leur troisième album a donc naturellement suscité des attentes aussi fortes que diversement bienveillantes, ce d’autant plus que loin de jouer les gagne-petit, Billy Corgan et les siens ont annoncé assez tôt travailler sur un concept album, double de surcroît…

Comme tout double album, “Mellon Collie” est un disque d’excès : excès de chansons, excès de longueurs, excès de solide guitare – pour ne rien rappeler des excès qui n’ont pas manqué d’entourer sa genèse, dans la consommation de substances illicites notamment. Pourtant, en dépit de cette approche “prog rock” et de la mégalomanie galopante de son principal auteur, Billy Corgan, “Mellon Collie” réussit, comme les précédents albums des Smashing Pumpkins, à toucher l’auditeur. De même que l’ego surdimensionné du Roger Waters paranoïaque de “The Wall” n’empêchait aucunement son œuvre grandiloquente d’atteindre des sommets, les outrances de Corgan se font finalement peu sentir au regard de la qualité des compositions. Évidemment, il y a du déchet : proposer deux heures de musique sans le moindre morceau superflu est un défi que personne n’a jamais su relever. Mais ces instants dispensables sont vite oubliés et ce troisième fait d’armes s’impose comme un disque majeur, sur le plan de la composition comme sur celui de la production.

On passera rapidement sur le concept accompagnant l’album, qui n’a aucun intérêt et ne permet pas de mieux l’appréhender. De même la séparation de l’œuvre en deux entités bicéphales (un disque de lumière, un disque d’ombre) ne paraît guère pertinente, certains des morceaux les plus tristes étant justement attribués à la face “lumineuse”. Par contre l’inspiration panoramique des Smashing Pumpkins s’impose comme la grande novation et concourt à les propulser dans une autre dimension. On connaissait les potirons rageurs de “Gish”, les potirons mélancoliques de “Siamese Dream”. Ici, les citrouilles arrivent encore à distribuer des baffes sévères (ZeroBodiesX.Y.U., pour ne citer que quelques titres parmi les plus enragés), alignent plusieurs ballades qui tuent, mais se font aussi tour à tour orfèvres pop, conteurs de comptines, ludions rêveurs. Loin des formats homogènes de leurs premiers disques, les Américains s’autorisent une liberté de ton incroyable et sans réel équivalent à l’époque.

Grâce au renfort de Flood, la production marque également une très nette rupture avec les canons des deux premiers albums. Les Smashing Pumpkins s’approprient de nombreux styles et s’éloignent volontiers du rock très lourd auxquels ils avaient habitué leurs fans. Bien sûr, les constructions de studio sont encore très présentes, mais c’est aussi et surtout l’adjonction d’une multitude de trouvailles sonores que l’on retient : des batteries aux sons trafiqués, des échos inattendus, des claviers surprenants ou incongrus …

À part sur certaines merveilles comme le vénéneux Stumbleine, la sobriété n’est pas de mise. On comprend aisément que les esthètes de l’ascèse puissent être indisposés par le foisonnement permanent de l’album. On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais comme déclaration d’intention, “Mellon Collie” se pose là. Billy Corgan y affirme à la fois l’ampleur de son inspiration, sa volonté de toucher tous les publics sans exception, ainsi qu’une foi infinie dans la musique populaire et sa capacité à susciter des émotions universelles. Au-delà d’une façade dont les décorations surchargées laissent ébahi, les Smashing Pumpkins gardent une âme, bien fissurée, jamais très loin du gouffre (In The Arms Of SleepTo Forgive).

Avec “Mellon Collie and the Infinite Sadness”, les Smashing Pumpkins atteignent l’apogée de leur popularité. Dans la plus pure tradition rock, la vie de bruit et de fureur à laquelle ils se soumettent depuis plusieurs années va bientôt réclamer son dû…

Chroniqueur

Tracklist

  1. Mellon Collie And The Infinite Sadness - Remastered 2012
  2. Tonight, Tonight - Remastered 2012
  3. Jellybelly - Remastered 2012
  4. Zero - Remastered 2012
  5. Here Is No Why - Remastered 2012
  6. Bullet With Butterfly Wings - Remastered 2012
  7. To Forgive - Remastered 2012
  8. An Ode To No One - Remastered 2012
  9. Love - Remastered 2012
  10. Cupid De Locke - Remastered 2012
  11. Galapogos - Remastered 2012
  12. Muzzle - Remastered 2012
  13. Porcelina Of The Vast Oceans - Remastered 2012
  14. Take Me Down - Remastered 2012
  15. Where Boys Fear To Tread - Remastered 2012
  16. Bodies - Remastered 2012
  17. Thirty-Three - Remastered 2012
  18. In The Arms Of Sleep - Remastered 2012
  19. 1979 - Remastered 2012
  20. Tales Of A Scorched Earth - Remastered 2012