Coexist


Un album de sorti en chez .

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Pour parler de la musique de The XX, il faut prendre son temps. Ce n’est sincèrement pas une façon de justifier une chronique tardive mais le simple constat qu’avec ce groupe, mieux vaut ne pas réagir à chaud. Déjà à l’époque de leur premier album, entendre parler de “révélation’, de “sensation” pour un album qui brillait avant […]

Pour parler de la musique de The XX, il faut prendre son temps. Ce n’est sincèrement pas une façon de justifier une chronique tardive mais le simple constat qu’avec ce groupe, mieux vaut ne pas réagir à chaud. Déjà à l’époque de leur premier album, entendre parler de “révélation’, de “sensation” pour un album qui brillait avant tout par ses qualités intimistes, ça créait un certain sentiment de décalage. Avec “Coexist”, ça ne risquait pas de s’arranger. Superficiellement pourtant, ce n’est pas très difficile d’en faire le tour : la formule, morceaux intimistes avec deux voix, arrangements éléctro parcimonieux et saupoudrage de quelques accords de guitare est toujours la même, en encore plus dépouillée. Finalement, la différence remarquable avec “X” à la première écoute, c’est l’absence des petites mélodies catchy. Soit, en gros, l’enveloppe sans le contenu. On peut effectivement en rester là, d’autant qu’à la première écoute, on s’ennuie. A la deuxième et à la troisième aussi, à la quatrième on peut s’enticher de quelques moments fugaces, sans plus…

A partir de là, rien ne sert de s’acharner. Et alors, c’est l’album lui-même qui revient vous chercher. Une petite musique de fond vous tourne à votre insu dans la tête, vous vous demandez ce que c’est et vous finissez par identifier. The XX… Bien. Alors on y retourne et, bizarrement, tout paraît beaucoup plus familier, comme si les morceaux s’étaient incrustés profondément dans votre cerveau, au-delà de la conscience. Pourquoi ? Difficile à dire, mais quelques pistes se dessinent. Car si “Coexist” présente sur la forme pas mal de similitudes avec son prédecesseur, les choses sont loin d’être aussi évidentes. La réussite du premier opus du trio tenait en effet en partie de “l’accident merveilleux”, comme souvent pour un premier album, dans le sens où la rencontre d’Oliver Sim et Romy Madley Croft avec Jamie Smith avait été dictée par le besoin des deux premiers d’habiller leurs textes et compositions de quelques rythmiques. Au final, la sauce avait pris au-delà des espérances.

En revanche, cette fois-ci, il n’y a aucune place pour le hasard. Au contraire, la caractéristique première de “Coexist” est la répartition stricte des rôles, au point que le titre de l’album est à prendre au premier degré. A Oliver et Romy de susciter l’émotion et d’habiter leurs textes doux amers en entremêlant leurs voix, à Jamie le soin de donner une ambiance et un habillage sonore à l’ensemble. Mais ce qu’il y a de confondant, c’est la sensation que ces deux pôles sont quasiment autonomes l’un de l’autre, même si, le temps d’un Fiction ou d’un Tides, une certaine osmose se crée, arrangements et voix allant de concert. La plupart du temps, percevoir une sorte de scission dans la musique d’un groupe est l’assurance d’obtenir un disque raté, désincarné, mais là, ce serait plutôt le contraire. Cela tient certainement à la plus grande assurance de Jamie Smith, à sa volonté d’offrir une palette sonore pas forcément plus large mais plus dense dans ses textures, plus prégnantes. A l’époque du premier album, on avait fait le reproche au groupe de singer les schémas de la new-wave des années ’80, cette fois-ci, l’ambiance sur Reunion ou Sunset évoquerait davantage ce que peuvent réussir des orfèvres de l’electro comme Boards of Canada. Résultat, quand on atteint une telle maîtrise des ambiances, on peut se passer des petits refrains évidents pour leur préférer un onirisme certes plus difficile à saisir mais beaucoup plus profond, même s’il faut noter que l’aspect dansant de l’électro n’est pas complètement oublié et ressurgit le temps de Sunset ou de Swept away. Quant au chant d’Oilver Sim et Romy Madley Croft, lui aussi gagne en confiance et se pose sans emphase mais avec une assurance poignante sur des morceaux tels que Missing, Reunion ou Chained et termine de donner à “Coexist” son charme poisseux et vénéneux. Décidément, The XX est un drôle de groupe, qu’on cherche souvent à réduire, coller dans une case commode, d’autant qu’avec leur allure banale de grands ados un peu gauches, ça ne paraissait pas difficile de les cerner. Sauf que… Mais maintenant on se tait et on écoute. Pour de vrai.

 

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Angels
  2. Chained
  3. Fiction
  4. Try
  5. Reunion
  6. Sunset
  7. Missing
  8. Tides
  9. Unfold
  10. Swept Away
  11. Our Song

La disco de The xx

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I See You

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Coexist

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xx