Anima


Un album de sorti en chez .

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Troisième album en solo pour Thom Yorke. Enfin intéressant ?

Il est évident que Thom Yorke fait partie des quelques « intouchables » de la musique pop et que chacun des albums de Radiohead ou de ses escapades solo déclenchent quasiment automatiquement les louanges ou presque. Mais, dans les faits, forcément légèrement différents d’une approche critique qui a depuis longtemps abandonné toute tentative d’objectivité quitte à exploser tous les standards de la méthode Coué pour justifier des errements flagrants, il n’est pas grand monde pour se repasser en boucle « The Eraser », première tentative solo de Thom Yorke et il y a encore moins de monde pour citer spontanément ne serait-ce que le titre de son deuxième opus. Bref, sans se forcer, on peut remettre les compteurs à zéro et se demander si « Anima » sera un album digne d’intérêt ou si ce ne sera qu’une pièce inutile de plus apportée à une oeuvre de toute façon déjà passée à la postérité (le versant Radiohead).

Si Radiohead justement avaient su redresser la barre de belle manière avec « A Moon-shaped Pool » en redonnant une fibre organique délaissée pendant une décennie à leur musique, Thom Yorke version solo lui semble décidé à creuser un sillon electro. Mais si, quand il s’était lancé pour la première fois en solo, ces atours avaient encore le goût du neuf et de la révolution sonore pour un artiste qu’on associait encore volontiers à la pop à guitares, même si Radiohead avait déjà fait sa mue, ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui et, le premier sentiment qui vient à l’esprit à l’écoute de l’album est même son cachet quelque peu vintage, les beats répétitifs et minimalistes qui animent Traffic ou Twist étant quelque peu datés. Pourtant, paradoxalement, ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Car l’obsession de Radiohead à fuir ses fondamentaux d’origine les avaient enfermés dans une logique mortifère dont ils avaient finalement réussi à sortir, comme déjà mentionné, et, à son niveau, Thom Yorke suit ici la même logique puisque si guitares et autres ne sont ici pas invités à la fête, il semble au moins avoir cessé de se prendre pour un sorcier de l’electro et se contente désormais de faire ce qu’il sait déjà faire en la matière sans en rajouter.

Et la conséquence de cette sagesse recouvrée, c’est qu’il s’intéresse de nouveau pour de vrai à l’écriture de vraies chansons. Ainsi, on peut qualifier « Anima » d’album de folktronique, ou de quelque chose qui s’en rapproche, au climat intimiste qui fait la part belle aux mélodies. Alors, évidemment, les (mauvaises) habitudes ont la vie dure et certains morceaux, tels Twist, s’étirent inutilement, comme si deux trois bip bip par ci par là pendant deux minutes avaient encore une quelconque pertinence, et Not The News s’appuie un peu trop sur un supposé climat sonore assez ennuyeux. En revanche, quand Thom Yorke, qui adopte en outre un chant très sobre sur l’ensemble du disque, tresse de longues ballades sensibles ou plus rien ne vient contrarier l’émotion, c’est évidemment très beau. A cet égard, le sommet de l’album est certainement The Axe, et on peut également citer Last I Heard (…He Was Circling The Drain), ou l’ultra dépouillé Dawn Chorus. Au final, « Anima » est un album de belle tenue, et peut-être le premier sur lequel Thom Yorke en solo devient davantage que le chanteur de Radiohead sans le reste du groupe. Car si des ponts évidents existent entre l’évolution récente de Radiohead et celle de Thom Yorke lui-même (ce qu’on s’est échiné à démontrer dans cette chronique), l’identité sonore de chaque entité est désormais plus claire.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Traffic
  2. Last I Heard (...He Was Circling the Drain)
  3. Twist
  4. Dawn Chorus
  5. I Am a Very Rude Person
  6. Not The News
  7. The Axe
  8. Impossible Knots
  9. Runwayaway

La disco de Thom Yorke

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70%

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