Timber_Timbre-Sincerly_Future_Pollution

Sincerely, Future Pollution


Un album de sorti en chez .

9

Les autistes du son sont de retour pour encore une fois un rock de porcelaine.

Les Canadiens de Timber Timbre se sont gentiment aménagés une place de choix dans l’univers indé depuis une bonne dizaine d’années. Avec une certaine régularité, le groupe nous a gratifiés de biens belles productions ciselées avec une précision d’horlogers. Régularité, précision, soin, voilà un corpus qui représente assez bien nos amis, particulièrement enclins à étudier jusque dans les moindres détails leurs compositions. Cette focalisation, qui confinerait presque à la maniaquerie a pu nous rebuter sur quelques propositions scéniques, mais ça, c’était avant. Car ce qui semble émerger de plus en plus de l’oeuvre de Timber Timbre, c’est une âme, un propos artistique. D’un point de vue personnel, on pourrait dire qu’ils ont suivi le chemin inverse de mastodontes tels que Radiohead, perdus dans les méandres des machines. Encore une fois, “Sincerly, Future Pollution” s’inscrira à la perfection dans cette démarche.

Pour l’occasion, l’album va osciller dans un monde où se croisent Bowie (difficile de ne pas ressentir l’héritage de “Young Americans” ou “Station to Station” sur Grifting), Angelo Badalamenti ou encore Kavinsky (BO de Drive). D’ailleurs, l’inspiration des deux derniers nommés donne aussi à ce disque des allures de bande son, via l’évolution progressive des ambiances installées avec un talent certain. Bien entendu, nous avons affaire à des personnalités bien trop marquées pour ne les définir qu’en miroir d’autres.  “Sincerely, Future Pollution” se fend d’une atmosphère particulière, diffuse mais précise dans son étiolement.

Bercés que nous sommes par la voix gutturale de Taylor Kirk, nous baignons dans un environnement cotonneux. Bien qu’il y ait une propension forte à la dépression, on sent tout de même une forme subtile de berceuse bienveillante. Cette forme de paradoxe est inhérente au groupe que l’on sent torturé de démons antinomiques. Or, ce qui se transforme souvent par de la violence prend ici des airs plus mesurés, plus fins.

Toujours à la limite du kitsch, les sonorités vintage des arrangements confèrent aux morceaux des airs joyeusement mélancoliques. Et le magnifique Moment avec son solo futuriste nous montre d’ailleurs tout la complexité du groupe.

Car, oui, Timber Timbre est cela, un groupe qui déstabilise au moment même où l’on croit tenir de quoi pouvoir les définir. Les Canadiens se nourrissent d’oxymores et d’antinomies, mais les digèrent et les façonnent pour nous livrer des œuvres de plus en plus riches et passionnantes. Elles le sont autant par la précision du travail studio que par le fait que celles-ci n’entament en rien la profondeur du propos, n’enlèvent en rien les aspérités dont peut profiter l’auditeur. Et c’est en cela que Timber Timbre mérite sa réputation flatteuse.

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Tracklist

  1. Velvet Gloves & Spit
  2. Grifting
  3. Skin Tone
  4. Moment
  5. Sewer Blues
  6. Western Questions
  7. Sincerely, Future Pollution
  8. Bleu Nuit
  9. Floating Cathedral