The Something Rain


Un album de sorti en chez .

Depuis leur retour en 2008, les Tindersticks se sont échinés à se redéfinir en partie, notamment sur « The hungry saw », et à ouvrir leurs horizons musicaux en laissant entrer plus de légèreté, au sens noble du terme, sur « Falling down a mountain ». Deux albums, pour se rôder dans une formation resserrée, c’est plus qu’assez, et, […]

Depuis leur retour en 2008, les Tindersticks se sont échinés à se redéfinir en partie, notamment sur « The hungry saw », et à ouvrir leurs horizons musicaux en laissant entrer plus de légèreté, au sens noble du terme, sur « Falling down a mountain ». Deux albums, pour se rôder dans une formation resserrée, c’est plus qu’assez, et, par conséquent, la troupe de Stuart Staples se devait de frapper un grand coup avec « The something rain », même si leur renouveau était déjà plus que convainquant. Car, quand on s’appelle les Tindersticks, on a comme patrimoine quelques-uns des plus beaux et des plus ambitieux albums des années ’90, et ce n’est pas rien. Nul ne semble d’ailleurs en être plus conscient que le groupe lui-même, au point que Chocolate, qui ouvre le disque, pourrait presque passer pour un acte manqué : neuf minutes, quelques accords instrumentaux, un texte égrené de façon parlée, et nous voilà renvoyés plus de quinze ans en arrière, à l’époque du second album du groupe et au morceau My Sister. Certes, ce n’est pas la meilleure des entrées en matière, mais, paradoxalement, lancer une référence aussi explicite se révèle assez savoureux.

Car quand l’album démarre « vraiment », avec Show Me Everything, tous les espoirs sont comblés. Structure en crescendo, voix évidemment toujours au rendez-vous, arrangements soignés, pas de doute, c’est du tout bon, d’autant plus que derrière, c’est le feu d’artifice avec This Fire Of Autumn et A night so still, deux morceaux d’une beauté limpide, totalement emblématiques de la marque du groupe, en parfait équilibre en ce que l’on connaît d’eux depuis longtemps et ce qu’ils nous offrent depuis quatre ans. Raffinement extrême dans les arrangements donc, mais plus de diversité entre les textures, pas de crainte de marier des instruments organiques, des cordes et une petite boîte à rythmes par exemple. Sur Slippin’ shoes, le groupe réaffirme sa volonté de ne plus s’enfermer dans un certain confinement en plaçant des cuivres en avant pour un morceau chaloupé, enlevé, presque funky, avant de revenir à plus de solennité sur Medicine, autre perle mélodique, et un peu plus de dramaturgie sur le tout autant réussi Frozen , où le chant grave et profond de Stuart Staples fait merveille sur le rythme affolé et les cuivres dissonants.

Evidemment, après cela, l’album peut se terminer tranquillement, trop tranquillement diront peut-être les plus exigeants, mais le pari est tenu : les Tindersticks ne sont ni un groupe pour nostalgiques, ni des forcenés de la fuite en avant. Juste un groupe exceptionnel, conscient de ses réussites, de ses échecs, et garant d’une exigence d’excellence. Possible qu’on se répète, mais c’est à chaque fois avec la même sincérité, et sans se forcer.

Rédacteur en chef