Troy von Balthazar


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Charismatique leader de Chokebore, Troy Von Balthazar a choisi, pour son premier album solo, de s’écarter du rock énergique pratiqué par le groupe pour creuser le sillon d’un folk intimiste et torturé. Courageux exercice pour un beau disque sur lequel plane une ombre tutélaire dont l’aura et l’influence ne font que s’affirmer avec les années […]

Charismatique leader de Chokebore, Troy Von Balthazar a choisi, pour son premier album solo, de s’écarter du rock énergique pratiqué par le groupe pour creuser le sillon d’un folk intimiste et torturé. Courageux exercice pour un beau disque sur lequel plane une ombre tutélaire dont l’aura et l’influence ne font que s’affirmer avec les années : celle d’Elliott Smith.

Troy Von Balthazar a pris le parti d’entreprendre l’ascension du mont Smith par son versant le plus abrupt, le plus obscur : on est donc bien plus proche de la tristesse fragile de Either/Or que des éclatantes flamboyances pop de Figure 8. Les chansons sont livrées dans le plus simple appareil, ou presque : guitare, chant, souvent le battement d’une boîte à rythme. Comme souvent pour ce type de musique, c’est la voix qui donne l’essentiel de leur âme aux morceaux : à l’instar de nombreux géants au chant vacillant (Elliott Smith, encore lui, ou Neil Young), Troy Von Balthazar possède un timbre particulier, facilement reconnaissable, frêle filet de voix pourtant de taille à charrier des torrents de détresse.

Musicalement, on pense aussi à la pop modeste et travaillée de Pinback, ou (plus fugitivement) à l’acoustique mélancolique des Smashing Pumpkins des plus belles heures de Adore. Troy Von Balthazar n’hésite pas à livrer ses mélodies graciles à quelques tortures expérimentales, à quelques dévoiements soniques ; il s’y montre d’ailleurs parfois convaincant, mais gâche de beaux morceaux (Bad Controller en particulier) par des incongruités complaisantes et inutiles. C’est finalement lorsqu’il adopte une formule plus simple et plus directe qu’il se montre authentiquement bouleversant. Real Strong Love, complainte déchirante uniquement soutenue par les accords d’une guitare sèche ou Perfect, comptant parmi les plus beaux moments de l’album, en sont d’indéniables preuves.

Ce sont ces fulgurances que l’on retiendra avant tout de cet album attachant et émouvant, hélas tiré vers le bas par quelques fautes de goût dommageables. On espère en tout cas croiser bientôt à nouveau la route de Troy Von Balthazar : lorsqu’il aura le courage de se débarrasser de ses derniers oripeaux soniques, nul doute qu’il saura tenir toutes les promesses de ce premier album, pour livrer le chef-d’oeuvre de pop crépusculaire dont on le sent capable.

Chroniqueur