Confess


Un album de sorti en chez .

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Même si George Lewis, Jr et son avatar Twin Shadow sillonnent des terres assez éloignées de celles de M83, un phénomène identique est distinctement à l'oeuvre sur "Confess". Ici, la fascination pour les eighties se manifeste par des parallèles avec des noms aussi divers que Prince, Police ou même Duran Duran…

Sur ses derniers disques, Anthony Gonzalez alias M83 a rendu évidente sa passion (déjà palpable auparavant) pour les grandiloquences synthétiques des années 80. Avec une sincérité touchante, il a fait de ces ingrédients souvent utilisés avec un brin d’ironie, balancés avec un sourire goguenard en coin, les ressorts principaux d’une musique au souffle volontairement épique. Même si George Lewis, Jr et son avatar Twin Shadow sillonnent des terres assez éloignées de celles de M83, un phénomène identique est distinctement à l’oeuvre sur « Confess ». Ici, la fascination pour les eighties se manifeste par des parallèles avec des noms aussi divers que Prince, Police ou même Duran Duran… L’écoute de l’album, compte tenu d’une tonalité assez sombre, laisse penser, sans que l’on en soit très sûr, que cette appropriation sonore est faite avec une véritable sincérité et ne relève pas d’une posture à la limite de l’ironie (comme c’est souvent le cas lors de recours à des sons extrêmement datés).

 

Une telle approche pose néanmoins un problème : il faut pouvoir dépasser un cadre ultra-référencé pour proposer une véritable personnalité, un univers, ou à défaut, au moins, de bonnes chansons. De ce point de vue, le cocktail concocté par Twin Shadow est assez déconcertant. On reconnait rapidement la personnalité et surtout la voix de tête très caractéristique de George Lewis, Jr – souvent proche de celle de Tunde Adebimpe de TV On The Radio mais capable d’envolées plus proche d’une certaine frange du rock britannique des années 80. On reconnaît également un style plus porté vers les tempos enlevés (Five Seconds, The One), plus fiévreux que sur le premier album de l’Américain, assez homogène sur la longueur du disque.

 

Là où « Confess » pêche lourdement, c’est par une production envahissante, étouffante, qui empêche de prêter réellement attention à une écriture pourtant talentueuse. L’habillage des chansons devient de plus en plus chargé au fur et à mesure que l’album avance, pour atteindre des sommets de surproduction (When The Movie’s Over, chargé jusqu’à la gueule de synthés, de choeurs, d’arrangements). Les chansons deviennent accessoires et s’étiolent sous le poids du son. Lewis perd aussi une certaine maladresse naïve, celle que l’on pouvait retrouver à la fois dans l’écriture complexe et chancelante de Slow. Ici, les compositions sont plus directes, plus accrocheuses certainement, plus putassières serait-on tenté d’écrire.

 

Dézinguer ce disque serait de fort mauvaise foi ; son écoute n’est pas déplaisante et l’on se surprendra souvent à siffloter les refrains de Golden Light, The One ou encore Be Mine Tonight. C’est l’utilité et la finalité d’un tel disque qui laissent perplexe et, plus encore, l’engouement que l’objet a pu susciter. On se raccrochera à l’hypothèse d’un potentiel d’évolution assez fort, hypothèse accréditée par quelques vidéos live où Twin Shadow propose une relecture plus rock de ses chansons (voir par exemple une version de Golden Light enregistrée pour Pitchfork). Moins chargées, plus lisibles, elles retrouvent un naturel et un impact qui leur manquent cruellement lorsqu’elles défilent, péniblement maquillées comme autant de voitures volées, tout au long de « Confess ». En donnant libre cours à ses obsessions eighties, Lewis flatte ainsi la part nostalgique de l’auditeur trentenaire mais perd ce qui fait sa singularité en noyant à la fois sa voix singulière et son écriture dans une mélasse trop épaisse. On attend mieux !

 

Golden Light, enregistré pour Pitchfork

Chroniqueur
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Golden Light
  2. You Call Me On
  3. Five Seconds
  4. Run My Heart
  5. The One
  6. Beg for the Night
  7. Patient
  8. When The Movie's Over
  9. I Don't Care
  10. Be Mine Tonight
  11. Mirror in the Dark (Hidden track)

La disco de Twin Shadow

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