Headworms


Un album de sorti en chez .

Il y a des joies que l’on a du mal à dissimuler, dont celle de découvrir, un peu sur le tard, mais qu’importe, que dans un tout petit pays sans importance se cache un label de grande qualité qui produit des étincelles. Ceci est le cas avec Own Records, basé au sud du Grand-Duché du […]

Il y a des joies que l’on a du mal à dissimuler, dont celle de découvrir, un peu sur le tard, mais qu’importe, que dans un tout petit pays sans importance se cache un label de grande qualité qui produit des étincelles. Ceci est le cas avec Own Records, basé au sud du Grand-Duché du Luxembourg. Ne vous méprenez pas, ici point de vitrine promotionnelle pour des groupes luxembourgeois. Au contraire, ce label voit loin, au-delà de l’Atlantique et plus précisément à San Francisco, chef-lieu du groupe Uzi & Ari. Derrière ce nom étrange, se cache en fait un multi-instrumentiste de talent, le dénommé Ben Shepard. Il revient après un deuxième album, « It’s freezing out », sorti de manière confidentielle en 2006.
 
Ben Shepard, en homme à tout faire digne de ce nom, s’est néanmoins laissé accompagner par des musiciens, laissant entrevoir dans son electronica des passages de cordes et de cuivres donnant une certaine épaisseur à sa musique. L’émotion est palpable tellement cet album semble avoir été composé à fleur de peau mais avec des excès de rage par moments. Le splendide Missoula démarre sur les chapeaux de roues avec un riff que ne dénierait pas The Notwist. La voix si particulière de Shepard laisse entrevoir une similitude presque grossière avec Thom Yorke. Le mimétisme flagrant avec Radiohead prend de l’ampleur sur le morceau, Wolf Eggs, mais mieux vaut se concentrer sur l’essentiel. Il est rare de tomber sur un tel artiste capable de créer une atmosphère si particulière, une sorte de cocon dans lequel l’espace permet à la fois de s’agiter furieusement et de s’étendre dans une contemplation mélancolique. Tout un éventail de ressenti prend soudainement forme. Cette délicatesse s’allie avec la finesse des arrangements, aucun instrument n’essayant d’empiéter sur l’autre. Mais s’il fallait s’attarder sur un seul morceau, alors il faudrait sans hésitation évoquer Ghosts on The Windowsill. Il y a bien évidemment la batterie légère qui rythme le tout et la voix de Shepard qui prend ses aises à la manière d’un écorché vif. C’est un très beau moment, surtout quand la machine s’emballe vers la fin, que les cordes se livrent à une belle bataille avec les cuivres qui apparaissent en bout de course. Ce chassé-croisé permanent se retrouve d’ailleurs sur la très belle touche de fin, le délicat Paper Cuts. La touche électro est discrète et rappelle le très beau travail des Allemands de The Notwist sur leur dernier album.
 
Voilà un album qui n’a pas fait de vagues en 2008, mais qui restera parmi ceux qu’il faut apprécier pour leur valeur intrinsèque. Il est de ceux qu’on aime non pas pour l’enrobage, mais pour leur beauté intérieure. Il se révèle à chaque écoute et nous donne envie d’aimer Ben Shepard pour son travail d’orfèvre. On est prêt dès lors à suivre ce songwriter surdoué et à en parler autour de nous, car il était temps.
 

Chroniqueur

Tracklist

  1. Missoula
  2. Wolf Eggs
  3. Patron Saints
  4. Headworms
  5. Comforts
  6. Magpie's Monologue
  7. Thumbsucker
  8. Hold Your Horses
  9. Ghosts On the Windowsill
  10. Papercuts

La disco de Uzi & Ari