At the cut


Un album de sorti en chez .

Le retour au premier plan il y a deux ans de Vic Chesnutt, accompagné de l’ex-Fugazi Guy Picciotto et du noyau dur de Silver Mount Zion n’était, à raison, pas passé inaperçu. C’était même la rencontre au sommet d’un des songwriters les plus émouvants de son époque et de musiciens hors-pair prêts à se surpasser pour […]

Le retour au premier plan il y a deux ans de Vic Chesnutt, accompagné de l’ex-Fugazi Guy Picciotto et du noyau dur de Silver Mount Zion n’était, à raison, pas passé inaperçu. C’était même la rencontre au sommet d’un des songwriters les plus émouvants de son époque et de musiciens hors-pair prêts à se surpasser pour donner à ses chansons tout le lustre qu’elles méritaient, en exaltant la violence sourde et la beauté qui les sous-tendaient. La sortie de « Dark Developments », l’an dernier, sans cette fameuse clique, avait encore plus mis en lumière ce qui manquait à Chesnutt pour se sublimer, même si cet album avait autant de vertus cathartiques que les autres. Mais voir aujourd’hui « North Star Deserter » trouver une suite avec les mêmes protagonistes, donne incontestablement un frisson d’excitation supplémentaire, et aussi, disons-le, un soupçon d’inquiétude, tant la magie de « North Star Deserter »pouvait être de celles qui ne se reproduisent pas.

Coward, qui ouvre l’album, peut s’inscrire dans la lignée de « North Star Deserter » par sa violence brute, sèche et lumineuse, tout en donnant déjà une indication que le risque de la redite a toutes les chances d’être écarté. Car aux montées épiques et en montagne russes, le groupe préfère cette fois trancher dans le vif, en jouant droit dans ses bottes, guitares en avant, cordes légèrement en retrait. Ensuite, on ne retrouvera cette violence directe et brute qu’une seule fois sur l’album, à l’occasion d’un Philip Guston radical, tendu à souhait et sans fioritures, sur lequel la voix toujours au bord de la rupture de Vic Chesnutt qui égrène des mots acides trouve un écho parfait dans les riffs incendiaires de ses comparses.

Mais « At the Cut » s’il marque une approche différente dans la forme, en fait autant sur le fond. Là où son prédécesseur était un exutoire de douleurs émaillé d’éclairs lumineux de nostalgie, ce nouvel opus marque l’évolution quasi-philosophique de son auteur. Ainsi, colère et frustration, évacuées sur les deux morceaux déjà cités, laissent la place à une approche contemplative et même parfois apaisée. Ainsi, Chinaberry tree, incontestablement un des sommets de l’album, est un morceau libérateur, sur lequel les guitares se font cette fois virevoltantes, le chant élégiaque, comme si Vic Chesnutt voulait dire toute la beauté du monde. De même sur Concord country jubilee ou We hovered with short wings, mélodies et arrangements s’entendent pour créer un sentiment de sérénité. Et puis, surtout, il y a Flirted with you all my life, qui donne les clés de cette nouvelle approche. Vic Chesnutt s’adresse ici directement à la mort, en la personnalisant. Mais plutôt que d’en faire un morceau empli de terreur et de mal-être, il donne corps à une chanson lumineuse, solennelle, portée par un refrain en apesanteur et de petits accords de guitare légers, dans laquelle il déclare sans ambages son envie et son désir de vie. De quoi recevoir une grande claque d’émotion, et faire taire tous ceux qui auraient voulu réduire Vic Chesnutt à un condensé de morbidité et d’aigreur. Certes, « At the Cut » ne possède pas la fulgurance de « North Star Deserter », mais reste d’une beauté et d’une tenue largement au-dessus de la moyenne. C’est aussi le disque qui fait de ce qui avait commencé comme une collaboration une épopée musicale, le ciment d’une fraternité entre musiciens. Une bien belle histoire.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Coward
  2. When The Bottom Fell Out
  3. Chinaberry Tree
  4. Chain
  5. We Hovered With Short Wings
  6. Philip Guston
  7. Concord Country Jubilee
  8. Flirted With You All My Life
  9. It Is What It Is
  10. Granny