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Cocoa Sugar


Un album de sorti en chez .

8

Troisième album du Mercury prize surprise en 2014.

On aime parfois se dire qu’il n’y a pas de hasards. Ainsi, on ne parle pas souvent de hip-hop dans ces pages, pas forcément par choix mais plutôt parce qu’on trouve rarement d’affinités avec le genre, tout simplement. On avait fait une exception avec Young Fathers en 2014 à la sortie de leur premier album, justement parce que le trio écossais prenait le genre comme base pour l’emmener plus loin, entre soul poisseuse et tension parfois presque gothique (n’ayons pas peur des mots). Alors quand à la surprise générale, Young Fathers s’étaient vus décerner le prestigieux Mercury Prize, on y avait vu, même si évidemment c’est une interprétation au biais assumé, la confirmation qu’en effet, le trio avait su toucher une corde sensible au-delà du public traditionnel du hip-hop. La suite, dès 2015, nous avait moins emballés, “White Men Are Black Men Too”, le second album du groupe, ressemblant un peu trop à un disque (trop) vite troussé pour passer à autre chose après l’obtention du Mercury Prize. Encore une fois, c’est une interprétation subjective, mais on a la prétention de penser qu’elle tient la route.

L’impression se renforce même dès les premières mesures de “Cocoa Sugar”. Cette fois, le groupe a pris son temps pour peaufiner son nouvel album et See How impose immédiatement un tempo, plus posé qu’auparavant, et des arrangements complexes faits de samples organiques, qui demandent à l’auditeur de se “poser” sur chaque morceau, démarche inverse au précédent album qui ressemblait à un flot quasi-continu proche de la mix-tape. La conséquence, c’est qu’on sent d’emblée que “Cocoa Sugar” est meilleur que son prédécesseur et s’impose comme le véritable successeur de “Dead”, leur désormais fameux premier album. Young Fathers y confirment leur tendance à prendre le hip-hop comme simple toile de fond, et encore, c’est beaucoup dire, le genre ne s’y invitant qu’en filigrane, dans le phrasé, dans des morceaux comme Fee Fi ou Turn. Ils confirment en revanche leur volonté de brasser leurs racines métissées, de confronter une electro parfois froide et abrupte avec des mélodies qui évoquent volontiers la world music. Mais plus encore, “Cocoa Sugar” se distingue par un recours à une tension plus “intérieure”, le souhait de privilégier une écriture plus affinée, plus mélodique, qui fait merveille sur des titres tels Turn ou plus encore sur le splendide Tremolo.

Dans les meilleurs moments, le trio donne vie à ce qu’on pourrait appeler du gospel industriel, le côté métronomique des arrangements trouvant son contrepoint dans les incantations habitées du groupe. Un groupe décidément important qui réussit un nouveau coup de maître en creusant un sillon singulier, qui n’est pas sans rappeler parfois le TV On The Radio des débuts. A la différence que Young Fathers s’inscrivent dans une démarche dont rien ne semble à même de les faire dévier.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. See How
  2. Fee Fi
  3. In My View
  4. Turn
  5. Lord
  6. Tremolo
  7. Wow
  8. Border Girl
  9. Holy Ghost
  10. Wire
  11. Toy
  12. Picking You

La disco de Young Fathers