Dérapages

Lorsque Loïc Barrouk, directeur du Café de la Danse, a décidé de se lancer dans l?aventure « Dérapages », sa volonté était de partir à la recherche de nouveautés dans les musiques actuelles, loin des cadres édités et autres étiquettes. Rejoint par d?autres programmateurs/amateurs, qui animeront tout au long de l?année des soirées thématiques, cartes blanches et autres évènements, il propose pour ouvrir ce concept une série de concerts estampillés « Dérapages », comme une première édition d?un nouveau festival. Cette sixième et dernière soirée s?inscrivait parfaitement dans le concept défini par ces préceptes simples : « unicité, expression scénique, découverte, accessibilité. »

Alors que le Café de la Danse se remplira tout au long de leur prestation, Winter Family sont les premiers à monter sur scène, ce soir. Le duo propose une formation originale. Au piano et à l?harmonium, le français Xavier Klaine développe des mélodies sombres, souvent répétitives et hypnotiques. Jouant sur les climats et les intensités, il met en relief les textes de Ruth Rosenthal. Entre poésie et conte, la jeune israélienne d?une voix grave, nous entraîne dans un monde souvent noir mais non sans ironie, notamment sur ce Auschwitz vu par le prisme d?un souvenir de jeux d?enfant. Troublant. La musicalité des mots n?oblige pas à les comprendre pour être saisi par l?émotion. Pourtant la pertinence de cette écriture séduit, les textes étaient d?ailleurs à disposition pour les curieux. L?utilisation de l?hébreu sur une partie de leur répertoire donne une intemporalité, une magie des mots qui mène à l?envoûtement? total. Sans aucun doute l?une des révélations de ce festival.

On ne pourra pas en dire autant du duo Domo_Kun. Si ceux-ci pratiquent une electronica pas désagréable quoique relativement conventionnelle, la pièce évolutive qu?ils vont présenter pendant plus de trois quarts d?heure (on ne sait rapidement plus trop depuis combien de temps on est là) va progressivement se révéler un peu indigeste ou tout du moins soporifique. Le nez plongé dans leurs ordinateurs portables, ceux-ci ne s?en décolleront qu?à l?issue de leur prestation. Pourtant ils avaient la volonté de présenter un spectacle un peu attractif grâce à l?utilisation de vidéos. Malheureusement, ces animations, étant basées sur le même principe de développement, n?auront fait illusion qu?un temps, dommage.

Mais l?événement ce soir était bien la venue de Sylvain Chauveau dans le cadre d’une « tournée » qui fait suite à la sortie de l?excellent « Down To The Bone« , hommage acoustique rendu à Depeche Mode. Annoncé avec un quatuor à cordes, c?est finalement un violon, un violoncelle, un piano et d?une clarinette qui le rejoignent après un morceau en solo. Les chansons de l’album sont passées en revue. Blasphemous Rumours, Freelove, Death’s Door, la voix de Chauveau est hantée par le spectre mélancolique et précieux de Martin Gore. Romantisme noir des arrangements de cordes, envoûtante clarinette (notamment sur la fin de Home), frottement de l?archet sur les cordes de la guitare électrique dont sort une sombre plainte. On se laisse gagner sans retenue par le charme de ces adaptations. En rappel, In Your Room pour la deuxième fois de la soirée avant de terminer sur l?inévitable Enjoy the Silence. On regrettera peut-être que Sylvain Chauveau ne se soit pas aventuré à introduire dans ce set quelques morceaux de son propre répertoire, comme la bande originale, « Des Plumes dans la Tête », qui n?aurait en rien entaché cette prestation. Mais ne boudons pas ce plaisir simple d?applaudir? frénétiquement !

Chroniqueur
  • Publication 121 vues28 mai 2006
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