Interview de Saint Michel

Ils sont deux, viennent de Versailles et distillent dans « Making Love & Climbing », premier album remarqué, une musique aux accents pop. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils soient tout de suite affiliés au courant de la French touch dont l’épicentre versaillais a maintes fois été évoqué. Les voilà donc estampillés du prestigieux label Versailles et […]

Posté le 3 janvier 2014 par Louise et anida - Laisser un commentaire ?

Ils sont deux, viennent de Versailles et distillent dans « Making Love & Climbing », premier album remarqué, une musique aux accents pop. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils soient tout de suite affiliés au courant de la French touch dont l’épicentre versaillais a maintes fois été évoqué. Les voilà donc estampillés du prestigieux label Versailles et dépeints en rejetons de toute la flopée de groupes qui y sont nés : Air, Daft Punk et Phoenix, pour ne citer qu’eux. Collés à une étiquette dont il n’est pas si facile de se départir, nous avons rencontré Saint Michel le 12 décembre, quelques heures avant leur concert à la Maroquinerie : interview anti-Versailles.

 

D’abord, pourquoi Saint Michel ?

Philippe : On voulait un nom qui sonne français, que ça fasse « made in France ». Saint-Michel s’est imposé à un moment donné ; ça évoque le mont Saint-Michel, la fontaine Saint-Michel à Paris et la station de RER Saint-Michel Notre-Dame, que tous les touristes américains, japonais, russes, etc. connaissent (qui va à Versailles, NDLR).

 

Pourtant, vous chantez en anglais.

Philippe : Justement, c’est bien pour ça qu’on chante en anglais. Au milieu de la mondialisation, on est tous perdus dans un grand bain, à manger chez McDonald’s et à s’habiller chez Levi’s. Du coup, on a voulu avoir au moins un petit truc français, un nom bien typique.

 

Racontez-nous rapidement la genèse du groupe, je crois savoir que vous vous êtes rencontrés à Versailles ?

Emile : J’ai rencontré Philippe grâce à Pierre, qui était mon prof de guitare et qui jouait dans l’ancien groupe de Philippe. Maintenant, il joue avec nous.

Philippe : Moi j’avais fondé le groupe Milestone avec Léon, qui fait aujourd’hui le graphisme et les vidéos de Saint Michel. Pierre jouait avec nous et Emile est arrivé. C’est toute une grande famille.

 

Vous essuyez quand même un paquet de comparaisons avec Daft Punk, Phoenix, Air, etc. Ca ne vous emmerde pas qu’on vous parle toujours de Versailles ?

Philippe : Carrément ! On a l’impression que les gens nous parlent de ça sans écouter notre musique ni la juger. Or on est prêts à ce qu’ils le fassent, que ce soit en bien ou en mal. Un peu comme si c’était une fin de non-recevoir…  les réactions sont soit « chanmé, vous venez de Versailles » soit « encore un truc qui vient de Versailles, il y en a marre ! ». C’est juste relou.

Emile : Et des raccourcis ont très vite été établis : c’est : « vous venez de Versailles donc vous sonnez comme Phoenix ». Si tu fais une cocotte à la gratte, tu fais du Phoenix. Si tu mets des synthés, tu fais du Daft Punk.

Philippe : C’est une connerie énorme, ça facilite le mauvais travail journalistique. Pour nous, sincèrement, c’est vraiment ça. Le mec dit : « Versailles, okay, j’ai tout compris ».

Emile : Oui, très souvent, les médias nous comparent à Air. C’est flatteur mais ça ne veut pas dire grand chose musicalement.

 

Ceci dit, il fallait s’y attendre, vous venez d’une ville dont le nom évoque à lui seul le succès musical de la France à l’étranger, qui a vu vos aînés être reconnus dans le monde entier… il y a une sorte de prégnance qui a trait à Versailles et les comparaisons fusent de ce fait.

Philippe : Oui, mais moi j’écoute plus Aphex Twin que Phoenix, Radiohead que Daft Punk. Et j’en ai 10 000, des exemples comme ça.

Emile : Mireille Mathieu…

Philippe : Mireille Mathieu, ouais aussi, je ne voulais pas en parler (rires) Et donc, on trouve ça ridicule de nous ramener systématiquement à ça. Comme si être de Versailles, c’était écouter uniquement de la musique versaillaise.

 

Allez, c’est l’occasion de balancer vos (vrais) influences, qu’elles sont-elles ?

Philippe : Radiohead, Aphex Twin, Twin Shadow, Metronomy, etc. MGMT, par exemple, on se rend compte qu’on a des accointances avec eux alors qu’on ne les écoute pas. Il y a quelques petites choses parfois mais c’est tout.

Emile : Encore une fois, pareil, il y a un raccourci facile entre le duo de mecs qui font du pop-rock.

Philippe : On a aujourd’hui l’impression qu’il faut toujours trouver la correspondance, le truc pareil. Versailles, j’y vis, point barre.

 

Malgré tout les critiques sont élogieuses, ça a peut-être du bon au final ?

Philippe : Les critiques sont bonnes, oui. C’est le truc positif. Ces comparaisons restent hyper stimulantes parce qu’elles prouvent bien qu’on peut être de Versailles et faire autre chose que de devenir avocat ou chirurgien. Et encore, je commence à faire des clichés…

Emile : C’est juste cette redondance, le fait qu’on nous parle toujours de Versailles, qu’on nous associe à des artistes de Versailles alors que ça n’a pas trop de sens.

Philippe : C’est casse-bonbons mais, pour être honnête, les critiques sont super positives.

Emile : Oui, très souvent, les comparaisons vont dans le bon sens, pour dire de nous qu’on se pose en « héritiers de ».

 

Est-ce qu’on peut selon vous considérer qu’il existe une scène versaillaise ?

Emile : En fait, il n’y a pas d’endroits pour jouer à Versailles.

Philippe : Oui, il y a un truc bizarre : il y a une forme de scène versaillaise parce qu’il y a ces groupes-là qui drainent énormément de gens derrière eux, mais il n’y a pas de scène, de festival, de studio d’enregistrement, etc. il n’y a pas de réalité musicale à Versailles, et il n’y a pas de place pour ça. À l’exception de la musique baroque avec le Centre de Musique Baroque de Versailles, les concerts dans la chapelle royale, le Château et toutes les fêtes. Pour ce qui est de la musique contemporaine, il n’y a que dalle et ça manque clairement d’un gros festival de musique électronique à Versailles, d’un truc un peu classe, pointu.

Emile : Ou même simplement, une salle sympa avec une bonne prog’.

 

Dernières choses : votre date de ce soir, c’est votre première tête d’affiche dans une salle parisienne, non ? Comment vous sentez-vous ? Et la suite des évènements, comment l’envisagez-vous ?

Philippe : Ce n’est pas la toute première fois en tête d’affiche mais c’est une date importante parce qu’on n’en pas encore fait beaucoup. Par exemple, la dernière fois qu’on a été à la Maroquinerie, on avait fait la première partie de The Do.

Emile : On tourne à partir de fin janvier.

Philippe : Ce qu’on aimerait, c’est jouer le plus possible en 2014 : se concentrer sur le live et faire un maximum de dates. On a aussi très envie de sortir notre disque à l’étranger.

 

Saint Michel @ Maroquinerie – 12 décembre 2013

 

Saint Michel veut tourner un maximum en 2014 ? Eh bien nous ne pouvons qu’encourager cette décision parce que c’est indéniablement là qu’ils brillent. Si le disque est, tout bien considéré, assez convenu, force est de reconnaître qu’il trouve sur scène une autre épaisseur. Et le public ne s’y trompe pas, venu en masse pour applaudir Emile, Philippe et certains anciens membres de Milestone. Les titres s’enchaînent, les remerciements du groupe aussi, et l’énergie gagne vite les rangs. Philippe ira même jusqu’à donner son concert au milieu de la fosse. Ceci N’est Pas Une Chanson est le single phare du groupe, repris en chœur par un public déjà conquis. Cette date ressemble à un grand moment de communion : Saint Michel est à la Maroquinerie comme à la maison, entouré des copains et de son public.

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