Interview de Brolin

D’où viens-tu et comment en es-tu arrivé à produire de la musique ?

Je suis du Yorkshire, au nord de l’Angleterre. Je jouais de la guitare quand j’avais 10 ans. Je jouais avec des amis dans des groupes, juste pour le fun. Puis j’ai voulu enregistrer ma propre musique et m’exprimer moi-même après avoir compté sur d’autres gens. Je me suis acheté un Mac, des écouteurs, une interface audio. J’ai commencé à enregistrer mes idées et puis ça a évolué. J’en suis venu à produire ma propre musique, vraiment avec la nécessité de m’exprimer.

Quand tu as une idée précise de ce que tu veux créer, et que tu peux l’expliquer clairement, il y aura toujours une perception personnelle de cette idée et elle sera réalisée d’une manière différente par quelqu’un d’autre. Ça peut rendre ton idée meilleure mais ça peut aussi l’amener vers quelque chose de tangent à ce que tu veux. Produire moi-même me permet d’avoir plus de contrôle.

 

Où puises-tu tes influences ?

En ce qui concerne les paroles, j’adore les mots. Je ne me considère pas comme un académique mais sans aucun doute je trouve les mots intéressant pour m’inspirer à écrire des paroles. Comme beaucoup d’artistes,  j’écris de manière métaphorique sur ce qui a pu m’arriver ou comment je me sens. C’est comme une catharsis sans qu’elle soit trop évidente. L’anglais se limite à un certain nombre de mots, donc être capable de s’exprimer de manière imagée rend créatif d’une certaine manière.

Musicalement, je suis inspiré par toute sorte de musique : de l’électronique à la country, au jazz, au hardcore,… Beaucoup de gens pensent n’aimer que certains genres. Ça ne me plaît pas. Ils n’ont juste pas été introduits à la meilleure partie du genre. Je suis presque sûr que si tu es assez ouvert d’esprit, tu peux puiser ton inspiration dans tous les genres, il faut juste que tu écoutes les bonnes choses.

L’art m’inspire aussi. Tout m’inspire.

 

Les films t’inspirent ?

Oui. La musique est cinématique. Mon album est presque terminé et me semble très cinématique. Il y a clairement des changements dans l’humeur et dans le tempo. Il y a beaucoup d’images qui se dégage de la musique pour moi. C’est ce qu’il faut expérimenter aussi. L’écoute d’un titre peut te mettre dans un certain état d’esprit ou te libérer de ton anxiété. C’est pour ça que la musique est l’une des meilleures formes d’art parce qu’elle est si expressive. Elle peut te transporter comme une machine à remonter le temps à une certaine période de ta vie. Tu écoutes un morceau que tu n’as pas écouté depuis des années et tu redeviens ce garçon de 8 ans qui fait du vélo avec son père.

Le fait que la musique marche côte-à-côte avec le cinéma sans que les 2 soient complètement distincts, ça crée une entité.

 

 

Puisqu’on parle de visuel, tu portes un masque sur scène. Pourquoi ?

Ton look, ta façon de parler, ton état, tout ça interfère avec la perception que les gens ont de ta musique. Combien de fois as-tu pris un magazine de musique avec un groupe qui pose sur la couverture dans une pose stupide. Ils ressemblent à des idiots. Ça ne permet pas d’écouter ta musique avec un esprit ouvert parce que les gens ne pensent qu’à la coiffure du gars ou aux chaussures de la fille. Ça peut ne pas aller avec le genre.

Par exemple, prenons Minor Threat. C’est l’un des groupes innovants dans le hardcore. Le chanteur s’appelle Ian MacKaye et a joué dans un groupe qui s’appelle Fugazi. Il a été l’un des pionniers de la musique hardcore indépendante. Quand tu regardes une photo de Minor Threat jouer à des fêtes dans les caves des gens en 1981, Ian est skinhead et tout le monde est complètement dingue. Quand on se tourne vers cette époque, et qu’on regarde à quoi il ressemblait et comment les gens se sont appropriés son look, on voit que tout ça fait partie de l’acceptation de cette musique par les gens. Ça fonctionne. La musique était agressive, il avait un look agressif. S’il s’était vêtu d’un costume, ça aurait déformé la perception qu’ont les gens de sa musique et ça aurait remis en question la motivation qu’il avait à faire cette musique.

 

C’est ce que tu veux : ne pas déformer la perception qu’ont les gens de ta musique ?

Si les gens aiment ta musique pour l’amour de l’art qu’est la musique, génial. S’ils n’aiment pas ta musique parce qu’ils l’ont écouté et que ça ne leur convient pas, génial aussi. Je ne veux pas qu’ils ne m’aiment pas moi ou qu’ils n’aiment pas la façon dont je m’exprime, mon look ou mon attitude.

Par conséquent, je ne voulais pas que tout le monde sache qui je suis. Mon identité n’est pas secrète. Je ne suis pas un fantôme. Mais en même temps, si je peux garder le focus sur la musique, c’est tout ce que je peux souhaiter de mieux. Le problème, c’est que lorsque je chante et que je joue en live, je dois porter un masque. J’adore jouer en live mais si je n’avais pas à chanter, je porterais un masque intégral, ne parlerais pas, et resterais dans l’ombre. On ne connaîtrait rien à mon sujet.

 

Ça nous est familier : nous avons les Daft Punk en France.

Exactement. Mais tout le monde sait qui ils sont.

 

C’est quand même rare et difficile de les voir sans leurs masques.

Je peux comprendre. Dans les médias, les gens veulent tout le temps te canarder. Beaucoup de gens diront que c’est juste un angle, que je joue l’angle mystérieux juste pour être cool. Les gens chercheront toujours un moyen d’en savoir plus sur tout et de te canarder.

 

 

Beaucoup de tes morceaux portent le nom d’une grande ville. Pourquoi ?

L’atmosphère des villes que j’ai visitées influence l’ambiance des chansons. NYC est naturellement pertinente dans les paroles. Reykjavík et Lisbonne donnent l’atsmosphère des titres homonymes. Toutes les chansons de mon album ne sont pas nommées d’après des villes.

 

Tu pourrais en nommer une Paris.

Je n’ai pas passé assez de temps à Paris. Cette ville me paraît très sophistiquée. Le français est une si belle langue. La connotation que l’on donne à Paris, c’est la mode, l’art et la culture. Je me sentirais mal d’appeler un titre d’après Paris juste pour que le son soit cool. Peut-être qu’une fois avoir joué là-bas, y avoir passé du bon temps, et y avoir vu plein de choses différentes, j’aurai une autre approche. On verra.

 

Tu es la voix du titre Lost N Free du duo allemand Kruse et Nuernberg. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Un ami de Gold Panda est ami avec eux. Ils cherchaient un vocaliste et on m’a présenté. Ils m’ont envoyé quelques pistes instrumentales en disant qu’ils aimaient vraiment ma voix et seraient intéressés pour que j’écrive les paroles. J’ai donc écrit Lost N Free. Ça s’est passé en novembre de l’année dernière. Nous l’avons enregistré ici à Londres et leur avons envoyé la piste vocale. Ce titre me plaît beaucoup. La production est vraiment sympa.

Je joue à Berlin après avoir joué à Paris (NDLR: le concert au Nüba est finalement reporté). Ils y habitent. On va s’y rencontrer. Nous nous sommes juste parlés par email mais ils ont l’air super cool.

 

 

Tu veux collaborer avec d’autres artistes ?

Si c’est bon pour moi, évidemment. On peut obtenir des résultats géniaux en collaborant. Ça peut limiter le potentiel d’un côté. Mais ça vaut le coup de voir quelque chose qui peut marcher.

 

Tu as aussi remixé d’autres morceaux, comme No Strings de Chlöe Howl. Tu veux continuer à le faire ?

Je n’en sais rien. J’aime le challenge d’en réaliser. En fait, c’est curieux parce que tu réécris une chanson de quelqu’un et tu lui redonnes. Tu as complètement réécrit le morceau et la voix, et tu as juste une rémunération, pas de royalty. C’est un peu inhabituel à cet égard. Il y a donc du pour et du contre. Est-ce que ça paie bien ? Est-ce que j’aime l’artiste ? Est-ce que j’aime la chanson ? Est-ce que j’ai le temps ?

Je ne suis pas prêt à l’idée de faire plus de remixes. Si la bonne chanson ou le bon artiste m’approche, pourquoi pas. Mais je préfère écrire pour moi-même ou avec/pour d’autres artistes. Ça me paraît plus fructueux. C’est plus agréable. J’aime remixer, je ne dis pas le contraire. Mais il y a d’autres choses que je préfère faire de mon temps.

 

Qu’est-ce que tu veux ajouter quand tu remixes un morceau ?

Ça dépend de la chanson. On m’a approché pour me demander de faire un bon remix house par exemple. Il y a des gens qui font de la house toute la journée et qui sont meilleurs que moi. Pareil pour la techno.

Si quelqu’un me demande de réaliser un remix spécifique pour une chanson, je ne suis pas la bonne personne. Si on me demande de faire ce que je veux, c’est génial parce que je n’ai pas de limites. Je peux jouer avec, manipuler le morceau jusqu’à ce que ça me plaise. Quand je travaille sur un brief, c’est plutôt difficile. Je me demande constamment si c’est assez comme ça, ou si je devrais rendre le morceau plus house, si je devrais m’inspirer de plus de gens, et ça m’ennuie.

 

Swim Deep est l’un de tes morceaux phares. Peux-tu nous parler du clip de ce morceau ?

Le clip a été réalisé par une amie, Phoebe Arnstein. Elle est super talentueuse. Je lui ai juste demandé si elle pouvait filmer quelque chose pour moi et si elle avait des idées. Initialement, il ne devait y avoir que des couples hétéro. Nous avons pensé que ça serait vraiment bien de montrer des couples homosexuels aussi. Nous en avons beaucoup discuté. Tu sais, quand tu es hétéro tu penses que les gays agissent très différemment. Tu ne réalises pas que tout le monde est pareil. Que tu sois gay, hétéro, ou autre, tout le monde se comporte de la même façon. Nous nous efforçons d’être différents mais nous sommes tous pareils. La vidéo est là pour mettre en lumière le fait que nous sommes tous égaux, que nous aimons tous de la même façon, que nous avons tous nos moments intimes, que nous nous avons tous nos peurs.

Nous avons du faire un casting pour la vidéo. J’ai trouvé le couple de mecs via un ami. La fille dans le couple hétéro est la sœur de Phoebe.

J’ai dit à Phoebe que je n’avais pas à intervenir dans la vidéo. C’est sa vision, j’y ai cru et le résultat est magnifique. Ça a été un travail génial.

 

 

Tu as commencé une tournée. Tu te sens comment ?

Tourner, c’est fun. Ça a ses inconvénients aussi. Ça peut être stressant. Tu t’inquiètes de savoir si les gens vont venir te voir jouer ou si le son est bon.

 

Pourtant tu as déjà fait des premières parties.

Oui. J’ai fait une tournée avec Gold Panda et quelques dates avec Twin Shadow. Ils sont vraiment sympa. Quand tu arrives dans une salle pleine de gens, c’est génial. Tu n’as pas de souci à te faire.

Lors de la date à Londres, je me souviens que Gold Panda était très nerveux avant de jouer. Il y avait environ 1500 personnes. Nous étions à côté de la scène. Il a texté son manager pour lui dire qu’il avait besoin d’une minute. Je lui ai demandé si ça allait. Il était tellement nerveux. Je lui ai rappelé qu’il avait tourné pendant 2 mois aux États-Unis, qu’il avait voyagé partout en Angleterre et je ne comprenais pas pourquoi il était si nerveux. Il disait être terrifié. Je lui ai juste d’y aller et d’en profiter parce que c’est un privilège de faire ça.

Je ne suis pas très nerveux. Si ça doit mal se passer, ça se passera mal. J’espère surtout que les gens vont venir à mon spectacle ou que le son va être assez bon. Si je dois arrêter de tourner parce que les gens ne veulent plus me voir jouer, ça ne serait pas la fin du monde. Ne nous méprenons pas, s’il y de la demande pour me voir jouer et que les gens aiment venir me voir, c’est génial. Si on me dit que ce n’est financièrement pas stable de continuer à faire une tournée, ce n’est pas grave, je resterai chez moi.

Le meilleur moment de la tournée c’est de voir les gens après le spectacle. Ça peut paraître con parce que je dis que la tournée ne fait pas tout pour moi. Je vais au SXSW au Texas en mars. C’est un honneur. Et rencontrer des gens de milieux différents, c’est vraiment cool.

 

Quels sont tes projets à venir ?

Je fais quelques dates actuellement. Ce soir à Londres, puis Leeds, Cardiff, Paris, Berlin et Hambourg. Puis j’ai quelques jours de repos avant de jouer au Texas au SXSW. Normalement, mon album sort cet été. Je reprendrai peut-être une tournée s’il y a de la demande. Et on verra où tout ça me mène.

Ça va être une année chargée. Je suis vraiment excité. Je travaille désormais avec des gens incroyables : mon manager, mon éditeur.

J’espère retourner aux États-Unis plus tard,  ou en tout cas dans des lieux où je suis sûr que les gens aiment sortir et s’amuser.

Je ferai peut-être quelques remixes. (rires)

 

Tu peux nous parler un peu de ton album à venir ?

Il contiendra 10 titres. Certains des titres déjà sortis seront sur l’album, mais retravaillés. La plupart des titres sont nouveau. Il y a des montées et des descentes tout au long de l’album, des moments plus doux, des moments plus lourds. Je suis vraiment fier des paroles.

J’espère que les gens vont l’aimer. Je suis impatient qu’ils l’écoutent. On verra ça dans quelques mois maintenant.

 

Interview réalisée le 26 février au Ace Hotel London.

Remerciements : James, Gareth.

Chroniqueur
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