Interview de Chassol

Interview de Chassol

Je ne suis pas un aventurier, je suis plus un kiffeur.

Tu aimes explorer aussi bien le monde que de nouveaux territoires musicaux. Donc si je te décris comme un aventurier de la musique, est ce que ça te plait ?

Alors, pour te faire une réponse courte: oui ça me convient, je trouve ça sympa. Mais pour te faire la vraie réponse: je suis pas tant un aventurier, je suis plus un kiffeur. J’aime bien kiffer, même seul chez moi, je suis assez casanier. Après avec la tournée on apprend vite à faire une valise et donc bouger devient plus facile. Pour répondre sur l’aspect musical, je dirais pas que c’est de l’aventure, c’est plus une culture. Je me retrouve dans un monde pop où je dénote un peu, mais en vrai y a tout un autre monde classique ou jazz ou tout le monde est aussi aventurier que moi, voire même beaucoup plus.

Tu cites aussi souvent des artistes que tu aimes ou admires mais on ne retrouve pas forcément l’influence directe dans ta musique. 

Tu veux savoir ce que j’ai volé à d’autres en fait (rires). Par exemple le son que j’aimerais avoir, et ça me gênerait pas de l’avoir tel quel, c’est le son de 1969 à 1974 de Miles Davis de Herbie Hancock. Ce son là je le trouve parfait mais je suis pas aussi fort que ces mecs là. Après, même la technique d’harmonisation du langage c’est une vieille technique, c’est pas moi qui l’ai inventée. Ensuite, appliquer cette technique à la vidéo c’est faire un pas vers les arts plastiques.

Justement en parlant de la vidéo, elle est partout dans ton travail, même pendant ton live tu diffuses sur un écran géant les vidéos qui correspondent au morceau. Musique et image sont indissociables pour toi ?

Si, justement, j’ai appris que c’était dissociable. Mais moi je pense au film en premier. Le but pour moi c’est de pouvoir avoir le film avec l’harmonisation musicale sur mon iPhone pour pouvoir le mater à 4h du matin chez moi. Le live s’adapte à ça ensuite.

Toujours par rapport à ton live, par exemple sur le morceau avec le flutiste on pourrait très bien imaginer que tu joues avec un flutiste live au lieu de projeter l’image d’un flutiste. Vous êtes juste deux, plus l’écran sur scène,pourquoi tu ne vas pas plus vers le live, en jouant avec plus de musiciens ?

Il y a plein de raisons. Déjà, on a fait Indiamore avec trois flutes en plus à la Philharmonie, donc parfois pour des trucs spéciaux on arrive à le faire, quand y a du budget. Donc la première raison est très pragmatique, c’est que tourner c’est très cher. Mais ensuite il y a une vraie raison artistique. La taille de l’écran et donc des musiciens qui apparaissent à l’écran, ça crée une synchronisation assez dingue. Quand tu regardes un flutiste qui fait 6 mètres de haut jouer avec des musiciens beaucoup plus petits, ça crée vraiment un effet intéressant. Ça montre toutes les synchros différentes que tu peux faire, avec une mèche de cheveux qui vole au vent, une ligne de basse ou un accord placé à ce moment là. La batterie c’est indispensable, moi il faut que j’aie les claviers pour pouvoir prendre du plaisir à jouer mais je pourrais laisser tous les claviers enregistrés, ça me gênerait pas artistiquement.

Tu joues seul avec un batteur, et la place de la percussion est importante dans ton live, pourtant quand on parle de toi on pense plus au travail sur l’harmonie. Quand est-ce que la percussion devient musicale pour toi ?

Sur la séquence du carnaval, j’ai suivi un groupe de percussions et j’ai découpé l’extrait pour faire un montage fluide. Ensuite, j’ai décomposé chaque frappe de percussion pour trouver la note qu’elle faisait, et j’ai enregistré chaque note avec des synthés en même temps que la frappe, j’ai adapté des accords par dessus et ça donne des percussions harmoniques. Mais quand tu joues du piano tu fais en même temps de la percussion et de l’harmonie. Même si tu joues un kick de batterie il a une note, une fréquence.

Ta musique est aussi très liée au voyage, chaque disque se situe dans un environnement différent. Tu as besoin de ça pour être inspiré ?

C’est quand même sympa de bouger, donc allier le voyage et la musique c’est bien. Après, on peut filmer en bas de chez soi, y a pas de problème, y a des trucs exotiques qui se passent chez nous aussi. Le tournage a aussi un aspect collectif intéressant.

Dans une interview tu parlais de la “science de l’harmonie”. C’est une science pour toi ?

Oui c’est une science, un savoir, ça s’apprend. Superposer les notes, les intervalles, c’est une science.

On en vient un peu au lien entre art et technique, quel est le lien pour toi. 

L’artiste veut exprimer un truc qu’il arrive pas à dire, avec les moyens qu’il a, et chaque technique est un outil de plus qui peut l’aider.  C’est super important les outils, c’est ce qui va te permettre de raconter ce que tu veux. Après, les avancées technologiques n’amènent pas forcément d’avancées artistiques. Souvent, ça aide, par exemple les synthés, les ordis permettent d’aller plus loin, mais parfois ça empêche aussi. Donc souvent les artistes contournent les outils et ne les utilisent pas comme ils sont censés être utilisés.

Tu as dit que l’idée d’harmoniser le réel existait avant toi, à quel moment tu t’es dit que tu allais faire ça ?

C’était vers 2005, j’étais en résidence à Los Angeles dans un centre d’art et j’avais le temps de réfléchir à des trucs expérimentaux. Et en 2005 Youtube est arrivé donc plein de vidéos sont devenues accessibles, donc je me suis mis à jouer par dessus. Et leur son est devenu de la musique, je pouvais sampler le son d’une vidéo et en faire un instrument en le mettant sur chacune des notes du clavier pour en faire une gamme. J’ai joué d’un klaxon que j’ai pris dans un film. Progressivement tu te dis que tu peux utiliser tous les sons qui existent et les foutre dans la science de l’harmonie.

 

Chroniqueur
  • Date de l'interview 870 vues02 novembre 2017
  • Tags Chassol
  • Remerciements Photo: Fabien-Keffer-Hebert
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