Interview de Cigarettes After Sex

Interview de Cigarettes After Sex

L’engagement que tu as quand tu joues un morceau pour la première fois est unique et impossible à reproduire ensuite.

Tu as commencé le projet tout seul de ton coté, quand as-tu réalisé que tu aurais besoin d’un groupe ?

Greg Gonzales: J’ai toujours composé de mon coté mais avec le temps j’ai commencé à vraiment détester ce que je faisais parce que c’était juste moi. Et une fois qu’on a formé le groupe et sorti notre premier EP je me suis dit que c’était tellement mieux que tout ce que j’avais pu faire tout seul ! Donc là j’ai compris qu’il fallait qu’on travaille comme ça.

Selon toi, concrètement qu’est-ce qu’ils t’ont apporté ?

Greg: En général, j’apporte un morceau, on le joue ensemble, et tout le monde ajoute ses idées. On crée l’ambiance du morceau ensemble. Ils savent comment construire le morceau pour lui donner la puissance qu’il doit avoir, alors que par moi-même j’aboutis à quelque chose souvent sans vie.

Randy Miller: Je pense que comme tous les musiciens, on est inspirés par de grands morceaux. On sait l’ambiance qu’on essaie de créer, et souvent elle est là dès le début. D’ailleurs certains morceaux sur l’album sont juste la première prise.

Greg: Affection, on ne l’a joué qu’une seule fois, et c’est la version qui est sortie. C’était fou parce qu’on a joué une fois le morceau et on savait qu’on n’arriverait pas à avoir quelque chose de plus fort en le rejouant.

À propos de vos influences, vous dites qu’il y a du Miles Davis, du Brian Eno, du Springsteen dans votre musique, mais ces influences ne sont pas évidentes à l’écoute. Où sont-elles, comment les utilisez-vous ?

Greg: Toutes nos influences sont là. Certaines ressortent, d’autres non. L’album “Nebraska” de Springsteen est très proche de ce qu’on fait, ou de ce qu’on essaie de faire. C’est un album très cohérent, tout est à sa place. Donc en fait, notre album ne sonne pas comme “Nebraska”, mais la construction s’en inspire. Ensuite, sur la forme de chaque morceau, c’est pensé comme de la pop. Pour l’influence de Miles Davis, elle est plus dans la façon d’enregistrer l’instant. Je pense que “Kind Of Blue” a été fait en une prise ou presque. Miles Davis avait raconté qu’il ne répétait jamais un morceau en entier avant de l’enregistrer pour garder toute l’énergie. Une fois qu’on l’a joué une fois, l’énergie ne fera que redescendre. Et nous avons eu la même démarche sur plusieurs morceaux.

Randy: L’engagement que tu as quand tu joues un morceau pour la première fois est unique et impossible à reproduire ensuite, donc c’est ce qu’on essaie de capturer lorsqu’on enregistre.

Tu as dit aussi que souvent, un seul morceau exprimait plus de chose qu’un album entier. Pourquoi avoir composé un album si un morceau suffit ?

Greg: Pour moi, un morceau est l’expression la plus puissante. C’est comme un film entier en 3 minutes. C’est l’expression parfaite. Mettre des morceaux ensemble, c’est souvent juste une anthologie, on perd le coté narratif, c’est autre chose. Pendant longtemps je pensais qu’on ne ferait jamais d’album et qu’on ne sortirait que des chansons. Mais on a réfléchi sur la façon de faire un album qui aurait la même force qu’un morceau. On a senti que les morceaux de l’album formaient un tout qui nous intéressait, et ça devait être un album, c’’était clair.

Randy: Il y avait une forte cohérence entre ces morceaux qui nous a fait sentir qu’ils n’étaient que les parties d’un tout.

Tu as dit que le sexe, l’amour et la romance sont intimement liés, donc pourquoi avoir choisi de mettre le mot Sex dans le nom du groupe et pas amour et romance ?

Greg: C’est vrai que c’est étrange (rires). Mais l’idée de Cigarettes After Sex me plaisait beaucoup. J’aime ce sentiment de sérénité et j’aimerais que notre musique dégage la même sensation.

Ta voix chantée est très différente de ta voix parlée qui est très grave. Comment as tu trouvé cette voix ?

Greg: En fait je préfère les voix des chanteuses à celles des chanteurs. Je trouve que les tons de voix féminines sont beaucoup plus attirants que les tons masculins.

Dans presque tous les articles qui parlent de vous, on peut lire que vous devez presque tout à Youtube. Qu’en pensez-vous ?

Greg: Je crois qu’on est obligés d’être d’accord avec eux. C’est un peu comme une radio mondiale, tout le monde peut y accéder. Et c’est certain que tout ce qui nous arrive au niveau mondial est dû aux possibilités qu’offre Youtube. Les morceaux sont devenus viraux et populaires partout dans le monde, donc peut être que nous devons un peu plus à Youtube que d’autres groupes. C’est une nouvelle façon de toucher les gens, c’était une porte d’entrée.

Après votre EP vous avez dit que vous n’arriveriez jamais à faire quelque chose de mieux. Maintenant que l’album est sorti, vous avez changé d’avis ?

Greg: C’est dur de dire que l’album est meilleur, mais à vrai dire je le pense. L’album est beaucoup plus complet, l’EP c’était trop court. L’EP serait notre Symphonie et l’album serait notre Opéra. (rires)

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