Interview de Clann Zú

A l?instar d?un Cursive, Clann Zú joue un rock énergique, mélancolique et torturé, à la fois sombre et intense qui nous a clairement séduit à deux reprises que ce soit sur « Rúa » ou tout récemment avec « Black coats & bandages « . Voici une interview avec leur chanteur, charmeur et souvent colère, Declan de Barra.

Pour le public français qui ne vous connaît pas forcément comment pourrais-tu décrire votre groupe et votre musique ?
Nous sommes un groupe transcontinental. On a débuté en 1999 à Melbourne avant de s?installer à Dublin en 2002 pour un an et demi. Les gars sont ensuite repartis pour Melbourne, et je suis resté à Dublin. Je vais là bas pour écrire et enregistrer avec eux et puis ensuite on se retrouve dans les pays dans lesquels on joue. Notre musique est assez sombre et poignante. Une ambiance plutôt dramatique. Il n?y a pas un seul songwriter dans le groupe, c?est plutôt une rencontre entre des caractères différents qui viennent d?horizons tout aussi différents, du punk hardcore au classique.

Comment votre rencontre s?est-elle faite ?
J?ai quitté l?Irlande dans les années 80, car il n?y avait plus ni travail ni espoir là-bas. J?ai fini à Melbourne dans un autre groupe, qui était signé chez Roadrunner (Sepultura, ?). J?ai changé de guitariste, et Benjamin est arrivé. On a commencé à écrire des trucs très différents et c?est rapidement devenu Clann Zú. On voulait juste faire un truc personnel et plutôt orienté à gauche.

L?année passée, le label G7 Welcoming Commettee, a ressorti l’album « Rúa » et cette année il est votre label pour « Black Coat & bandages ». Comment se fait-il que vous ayez signé sur un label canadien ?
Pendant que nous étions à Dublin, notre manager était une Belge. Elle a pris contact avec G7 et leur a envoyé un disque. Ça leur a plu et ils l?ont sorti. C?est aussi simple que ça. Le seul truc un peu étrange c?est que nous avons dû leur envoyer une lettre dans laquelle on expliquait nos convictions politiques, pour voir si on était bien sur la même longueur d?onde. Comme c?est un label très engagé? Intéressant pour nous.

On note une réelle évolution entre vos deux albums. Une réelle réflexion autour des compositions, peut-être des mélodies moins évidentes au premier abord que sur le précédent. Quel regard portes-tu là dessus ?
Oui, c?est vrai, on a fait bien attention de ne pas se répéter. On voulait que ça soit un vrai challenge pour nous, on voulait avancer musicalement. Le prochain sera également différent. Il est inutile de répéter ce qui a marché pour nous par le passé. On n?a pas joué la carte de la sécurité, cette fois ci on voulait enregistrer aussi live que possible, directement sur bande analogique. Ca ressemble plus à ce qu?on fait sur scène et la scène est le plus important pour nous. On ne peut pas tricher.

Tu écris en irlandais et anglais. L?irlandais prend d?ailleurs aujourd’hui une part de plus en plus importante. Est-ce important pour toi de te rappeler d?où tu viens ? Est-ce en même temps une sorte de revendication ? Le fait d?avoir une langue militante?
Ce n?est pas tant pour rappeler aux gens d?où je viens qu?un véritable engagement. Pour la majeure partie de la population, l?irlandais n?est plus la langue principale, et ce à cause du joug impérial et de sa lutte active contre notre langue. Mais elle revient en force. C?est une très belle langue à chanter et une palette de couleur plus riche que l?anglais. L?anglais est la langue de l?oppression et du commerce. C?est une langue de mensonge. J?aime l?anglais dans ses formes ?bâtardes, quand il mute et se mélange. Un anglais qu?on ne peut pas vraiment situer, qui prend vie, une vie bien à lui.

Les paroles de tes chansons sont très sombres et très orientées sur la notion de lutte. La mort, la misère, la religion : portes-tu un regard si désabusé sur ce monde ?
Il y a également plein de belles choses, je suis plein d?espoir. J?ai espoir en la force des gens, en leur capacité à renvoyer la balle. Je viens d?un pays de résistance, de révolution. Ce sont des choses importantes pour moi. J?écris sur ce qui est au centre de mes préoccupations, la lutte est universelle, la manifestation et universelle, de la France à la Corée. On est témoin de ça chaque jour, ce refus des gens d?être écrasés par la grosse machine. Ce sont ces choses qui me touchent et m?inspirent.

Dans le même temps l?ensemble reste très poétique. Si on ressent une certaine mélancolie dans votre musique, on n?y perçoit pas forcément autant de noirceur et de tension.
On retrouve ça souvent dans la musique irlandaise, c?est sans doute de là que ça vient. Beaucoup de chansons irlandaises sont douces-amères, mélancoliques mais portées par un désir de survie. Comme l?a dit un jour un écrivain: « Tous les Irlandais sont fous, car toutes leurs chansons sont gaies et toutes leurs chansons sont tristes ». Je ressens la même chose dans beaucoup de films ou de livres français. Nos deux cultures ont beaucoup en commun.

Tu as des exemples en particulier ?
C?est prédominant dans les ballades traditionnelles irlandaises. Beaucoup de chansons de résistance ont été interdites par les anglais alors les chansons sur la liberté ont été dissimulées sous des histoires d?amour perdu ou la recherche de l?être aimé disparu en mer, etc. Ça s?est étendu à touts les aspects de l?écriture ici, même à la pop irlandaise de maintenant, à des groupes comme The Frames, Damien Rice, Damien Dempsey, etc.
On retrouve clairement cela chez Camus, la beauté mélancolique, cet air comme en suspens qu?il dépeint. Il a eu une grande influence sur ma manière d?écrire lorsque j?étais plus jeune. J?inhalais ces livres.
Je vois des similitudes entre nos deux cultures également dans la résistance, des réactions évidentes dans le passé face à l?oppression et à l?occupation à la facilité avec laquelle les gens se déplacent en masse dans les rues pour manifester. Je pense qu?il y a un respect mutuel entre nos deux cultures. Il y a bien entendu également beaucoup de points communs entre les musiques et cultures bretonnes et irlandaises.

Et sinon, quels artistes ou écrivains français t?ont particulièrement marqué ?
Je suis un grand fan du cinéma français. « La Haine » est toujours dans le Top 3 de mes films préférés. Le dernier que j?ai vu était « Irréversible » et il m?a complètement retourné. Il est vraiment brillant à tout point de vu mais je suis resté assez perturbé pendant pas mal de temps Gaspard Noé c?est un gars que j?aurais à la fois envie de serrer dans mes bras et de frapper. C?est bien un film français que les studios américains ne pourront pas piquer, pour en faire un remake aseptisé qui cartonnerait au box office. J?adore également tout ce que fait Tony Gatlif ; Gadjo Dilo était un film génial.
Céline et Camus m?influencent aussi beaucoup. J?ai également découvert Boris Vian. J?ai beaucoup écouté No one is innocent et en ce moment, j?écoute un groupe, de Paris je crois : La Rumeur. J?adore. J?aimerais pouvoir mieux comprendre leurs paroles mais je parléz Francais comme le vache Espagnóle (ndlr : en français dans le texte).

Qu?avez-vous en projet pour cette toute fin d?année et l?année prochaine ?
En ce moment un des membres du groupe est malade, on attend qu?il soit complètement guéri avant de partir sur les routes d?Europe et, on espère, des Etats-Unis.

Une chance de vous voir un jour chez nous ?
Bien sur, on adore tous la France. On se verra là-bas !

Chroniqueur
  • Date de l'interview 167 vues
  • Tags Clann Zú
  • Partagez cet article