Interview de Four Tet

Guitariste du groupe britannique Fridge, Kieran Hebden s?est lancé en 1998 dans un projet solo, Four Tet, qui est aujourd?hui devenu sa principale occupation. Musicien surdoué et touche à tout, Kieran s?amuse ici à marier electronica, folk, hip-hop et jazz. Sa venue à Paris pour un court set au Trabendo, en première partie de Stereolab, nous a donné l?occasion de le rencontrer. Nous avons fait la connaissance d?un musicien passionné et étonnamment cool dans l?approche de sa musique.

Quand on écoute tes disques, on comprend que tu as du écouter énormément de musique. Comment es-tu venu à la musique ?

Grâce à mon père essentiellement. Il écoutait tout le temps des disques. Il avait une immense collection en jazz, blues, soul, rock et dans tous les styles de musique. J?ai donc grandi en écoutant de la musique tout le temps. Il y en avait tout le temps autour de moi. A l?âge de douze ou treize ans, j?ai commencé à développer mes propres goûts et à acheter moi-même des disques.

Je suppose que tu écoutes toujours beaucoup de musique?

Oui, plus que jamais !

Est-ce que tu parviens toujours à l?écouter en tant que fan-amateur ou bien est-ce que l?oreille du professionnel de la musique et du son prend le dessus ?

Non, je suis toujours un fan. Par exemple, je peux écouter un disque de Kickback et vraiment l?apprécier. J?ai regardé Stereolab pendant leurs concerts sur cette tournée. Je me suis mis au milieu de la foule et j?ai vraiment aimé. Mais bien sûr, en raison de mon savoir-faire de musicien et de producteur, il y a une part en moi qui écoute en se demandant comment un disque a été fait ou bien s?il est intéressant par rapport à la façon dont il a été enregistré.

Qui t?a donné envie de faire de la musique ton métier ? Y a-t-il eu un artiste en particulier ?

Je ne sais pas. C?était la musique dans son ensemble, le fait de voir que les gens pouvaient sortir des disques?

Tu n?avais pas des idoles ?

J?aimais beaucoup ZZ Top quand j?étais petit. Plus tard, quand j?étais ado, j?écoutais tellement de musique?J?aimais beaucoup un groupe comme les Smashing Pumpkins, mais j?écoutais aussi beaucoup de drum?n?bass, de hip-hop, etc…Il n?y avait pas un artiste en particulier que je regardais en me disant : « je ferai comme cela et pour toujours ! ». C?était plutôt parce que la musique existait en général que j?avais envie d?en vivre.

Pourquoi t?es-tu lancé dans ce projet solo alors que tu avais déjà ton propre groupe, Fridge ?

J?ai toujours fait de la musique de mon côté, que ce soit sur ordinateur ou avant avec un 4-pistes. Quand j?allais au lycée puis à l?université et que j?ai formé Fridge, on ne pouvait répéter que pendant les vacances. Donc j?ai commencé à travailler tout seul, sans forcément penser que ça marcherait un jour ou que ça deviendrait un vrai projet. Mais j?ai sorti quelques disques et leur succès m?a poussé à prendre plus au sérieux ce que je faisais. Et Four Tet est devenu ce sur quoi je travaille le plus en ce moment.

Est-ce qu?il y aura un nouvel album de Fridge ?

Oui, nous en sommes à la moitié de l?enregistrement. Il sortira au plus tôt avant la fin de l?année.

Comment expliques-tu ta popularité auprès d?un public assez rock, alors que tu joues une musique très électronique ?

Je crois que ça vient de mon background. J?ai toujours écouté du rock, j?ai joué dans des groupes. Je joue de la musique électronique mais je pense que la façon dont j?assemble différents styles, les compositions, le son que j?utilise sont influencés par ce que je jouais avec mes groupes. Je crois que les gens aiment le rock qui est caché dans ma musique, d?une certaine façon.

Peux-tu nous parler de toutes ces collaborations que tu as faites pour des artistes rock (Radiohead, The Notwist, Doves, Beth Orton?) ?

Cela s?est passé différemment à chaque fois. Mais en général ces groupes m?ont contacté et m?ont dit : « on aime beaucoup ce que tu fais, pourrais-tu nous faire un remix ? ». Puis les labels m?ont contacté. Ce n?est pas moi qui ai démarché tous ces artistes. Ils sont juste venus vers moi.

Comment as-tu ressenti le fait de jouer en première partie de Radiohead ?

C?était incroyable. J?adore ce qu?ils font et je les respecte beaucoup. Cela m?a permis de jouer devant des foules énormes et c?était fantastique. Les gens qui viennent voir un concert de Radiohead ont attendu ce moment pendant des mois et des mois. Ils sont excités et veulent apprécier leur soirée. Donc j?ai essayé d?y contribuer. Je crois que les fans de Radiohead sont vraiment ouverts, ils sont prêts à donner leur chance aux premières parties.

Comment considères-tu ta musique ? Est-ce que tu la vois plutôt comme une musique d?ambiance qui s?écoute en travaillant ou en discutant ou bien est-ce que tu la définis comme une musique qui requiert un minimum de concentration de la part de l?auditeur ?

Les deux. Ma musique peut-être utilisée à n?importe quel moment, chacun peut l?écouter et l?apprécier comme bon lui semble. Certains peuvent l?écouter très fort ou très doucement, d?autres à la mauvaise vitesse. Peu importe, les gens en font ce qu?ils veulent. Je ne veux pas être propriétaire de mes disques, une fois qu?ils sont terminés.

Et qu?est-ce que tu privilégies, les mélodies ou les atmosphères de tes morceaux ?

Les deux ! Tout est important dans un morceau, tu ne peux pas vraiment négliger quoi que ce soit sous prétexte de te concentrer sur un aspect particulier.

Pour enregistrer « Rounds », ton dernier album sorti il y a quelques mois, as-tu utilisé des éléments organiques ?

Non, il n?y a rien qui ait été joué en live. Tout a été programmé, édité par ordinateur. Il n?y a rien qui aurait pu être joué par l?homme sans machine. Même s?il ne sonne pas comme tel, cet album est totalement électronique.

J?ai justement l?impression que « Rounds » est plus mélodique que « Pause », ton album précédent. Tu partages ce sentiment ? Etait-ce voulu ?

Non, je n?y avais pas vraiment réfléchi. C?est vrai que « Rounds » a un peu plus de succès donc peut-être est-il plus « catchy ». Mais je n?en étais pas du tout conscient. Je crois que je fais tout le temps de la musique mélodique car c?est ce que j?aime.

Et pourquoi ne joues-tu d?aucun instrument sur les disques de Four Tet ?

Je le fais avec mon groupe mais Four Tet est mon propre projet donc c?est différent. Cela ne m?intéresse pas tant que cela parce que le concept des disques de Four Tet, c?est qu?il y a moi et un ordinateur et rien d?autre. J?aime l?idée que ce soit aussi simple que cela. S?il fallait ajouter un instrument, il y aurait trop de possibilités.

Tu n?as jamais essayé d?incorporer du chant à ta musique ?

Non, je ne sais pas chanter du tout et je n?ai jamais voulu proposer à quelqu?un de chanter. Quand j?écris ma musique, je ne pense même pas au chant. L?idée de chanter sur scène me paniquerait et je ne veux pas avoir à y penser quand je compose.

Tu joues pour la dernière fois ce soir avec Stereolab. Qu?est-ce que tu as prévu ensuite ? Tu as commencé à travailler au successeur de « Rounds » ?

Oui, un petit peu. J?aimerais le terminer pour l?année prochaine. Mais dans les deux mois qui viennent, je vais beaucoup tourner, en Europe, en Amérique, à Hong-Kong, au Japon, en Australie etc?

Chroniqueur
  • Date de l'interview 331 vues
  • Tags Four Tet
  • Partagez cet article