Interview de Griefjoy

Interview de Griefjoy

Comment le groupe s’est-il formé ?

On s’est rencontrés il y a 8 ans. À l’époque on vivait à Nice. On était étudiants au Conservatoire de Musique de Nice. On était déjà potes et comme beaucoup d’ados on voulait fonder un groupe ensemble. À l’époque on s’appelait Quadricolor. C’était plein de fougue et de naïveté juvéniles.

 

Pourquoi parles-tu de naïveté ?

Le nom Quadricolor était pour nous un contre-pied. On le faisait sérieusement mais on n’y croyait pas trop. On se faisait plaisir, on ne pensait pas à marcher. On faisait des trucs complètement barrés avec des morceaux avec 15 000 structures. On s’en est un peu lassés.
Cette musique qui était pensée de façon très cérébrale, très millimétrée, a laissé place à plus d’émotions. C’est arrivé avec le nouveau projet Griefjoy. On voulait travailler sur un projet qui nous ressemble un peu plus.

 

 

Vos propres influences musicales vous ont fait évoluer ?

Oui. Il y a eu un moment où on ne se sentait plus à l’aise avec la musique qu’on avait faite. On avait un côté beaucoup plus électronique qu’avant et on avait envie de tendre vers autre chose. On l’a fait avec le premier album. Sur le prochain, je pense qu’on a vraiment passé un cap et ça nous fait du bien parce qu’on se sent vraiment à l’aise.

 

Qu’est-ce qui a changé entre le premier album « Griefjoy » et le nouvel album « Godspeed » ?

Il y a moins de filtres. C’est un travail qu’on fait depuis longtemps. Faire un projet musical, c’est être en constante recherche de quête d’identité. Même si on pense encore nos morceaux de manière cérébrale en faisant des arrangements intéressants, on s’autorise ce qu’on ne s’autorisait pas avant. Il y a beaucoup plus de lâcher prise. Et on s’autorise des morceaux joyeux !

Il y a des morceaux complètement pop taillés pour les festivals. On avait en tête des scènes à 15h, quand il y a du soleil et que les gens sont contents, un peu bourrés déjà.

 

Vous avez fait quoi pendant ces 2 ans d’attente entre les 2 albums ?

On a sorti le premier album « Griefjoy » en septembre 2013. On s’est mis à composer les premiers morceaux du nouvel album en avril 2014. On continuait de tourner avec le premier album, donc on faisait des morceaux de temps en temps en allant faire des concerts. Quand la tournée s’est arrêtée, on a pris un studio à Paris pour faire ça toute la journée et toute la nuit. C’est mieux d’avoir la tête dans la composition.

C’est assez blasant de jouer de vieux morceaux sur scène. On aurait aimé jouer les nouveaux. C’était une phase bizarre.

 

Vous avez essayé de jouer de nouveaux morceaux en live ?

On a fait 2/3 tests, comme ça, pour rigoler. C’était sympa mais les morceaux n’étaient pas encore totalement prêts : on ne voulait pas les griller. Si tu fais un truc auquel tu crois et que ça se passe en mal en live, tu n’as plus envie de faire le morceau.

 

 

Quand avez-vous décidé que tous les morceaux étaient réunis pour faire un second album ?

Quand on a fini notre tour de France, on avait fait plein de concerts, donc on avait épuisé tous les endroits où on pouvait aller. C’était le moment. Et on avait des choses à dire.

Actuellement, après avoir fini le deuxième, je suis incapable de composer un nouveau morceau. Il faut du temps. Il faut que je me nourrisse de plein de choses de la vie.

 

Comment se passe la composition à 4 ?

On est tous un peu compositeurs à la base. Dans ce projet, c’est moi qui compose. Comme je chante, je connais ma voix, c’est donc plus pratique. Le reste du groupe aime beaucoup composer. Dès que je peux intégrer un de leurs trucs, je le fais avec grand plaisir.

On se retrouve tout le temps en studio pour élaborer les morceaux ensemble, réfléchir aux sonorités.

 

Pourquoi avoir décidé de mixer l’album « Godspeed » à Berlin ?

On a enregistré la quasi totalité des pistes à Paris. De temps en temps, nous sommes allés faire les pianos dans un autre studio parce que je cherchais un piano particulier avec un mécanisme qui a une sonorité spécifique.

On est partis à Berlin parce qu’on voulait collaborer avec Francesco Donadello. Au moment du mixage, on regardait les crédits des disques qu’on aimait bien, en particulier ceux de Moderat, et c’est comme ça qu’on l’a trouvé. On lui a envoyé un e-mail. C’est très compliqué parce que c’est une personne très demandée qui sélectionne les projets par envie. Il a accroché. On savait que ça pouvait lui plaire parce qu’on est influencés par des artistes comme Moderat justement.

C’était génial pour nous de travailler pour la première fois dans un autre pays. C’est très enrichissant. Ça nous a permis d’avoir un son moins français, moins typé et fausser les pistes.

 

 

Vous avez des ambitions internationales alors ?

On ne s’en est jamais cachés. On aimerait bien s’exporter le plus vite possible. On chante en anglais. On aimerait voyager.

On est déjà allés en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Écosse et en Angleterre. C’est cool parfois quand les gens ne s’aperçoivent pas qu’on est Français.

 

L’un des morceaux les plus étranges, et peut-être le meilleur, c’est Into The Dream. Tu peux nous raconter un peu son histoire ?

L’idée du thème complètement tordu est venue de David. Ce morceau apporte un côté un peu effrayant sur l’album. Au début, je jouais l’intro doucement au piano et ça faisait vraiment musique de film d’horreur, à la « Shining ». On ne l’a pas gardé parce que c’était limite caricatural. Mais on a gardé le thème qu’on aimait bien. On adore tout ce qui est opposition, comme avec notre nom Griefjoy (chagrin/joie). Quand j’ai posé ma voix, je voulais une complète opposition, avec une voix haut perchée angélique. C’est un peu un rêve sous acide, plus qu’un cauchemar.

 

Godspeed est le seul morceau instrumental de l’album. C’était voulu ?

On écoute beaucoup de musique électronique et on voulait se faire plaisir. Quand on l’a composé, je n’arrivais pas à imaginer de chant dessus. Il marchait très bien comme ça. On a besoin de rien d’autre. On hoche la tête et c’est parti.

 

The Tide est le morceau pop par excellence de l’album. Il fait donc partie des morceaux joyeux que vous vous permettez désormais.

C’est un morceau qu’on n’aurait jamais pu faire il y a quelques années. On se serait dit qu’il était trop simple. On a toujours été ces gars-là, mais on ne l’a jamais assumé. On voulait prouver des choses aux autres et à nous-mêmes. En grandissant, on devient beaucoup plus sereins. On a grave kiffé à le faire en studio. Il est tout simple, avec un gros riff électro qui est inspiré de la techno de Daniel Avery. Enfin, on se fait aussi plaisir et ça décuple les émotions.

 

« Godspeed » est donc un album de liberté.

Sur le premier album, j’avais beaucoup plus de doutes. Là, je vivrais beaucoup moins mal les critiques parce qu’on est fiers de cet album.

 

 

Vous avez travaillé avec Études Studio pour le visuel. C’était important pour vous ?

On avait un peu négligé cet aspect là sur le premier album, même si on avait bossé avec le collectif Le Garage. Mais on n’apparaissait jamais dans les vidéos ni dans les visuels. Là on a eu la réflexion du stylisme et le besoin d’incarner mieux notre musique. Comme on porte beaucoup plus cet album, on est beaucoup plus à l’aise et on n’a plus de problèmes à se mettre en avant.

C’est bien de travailler avec Études Studio parce qu’ils savent tout faire : le logo, les photos, etc. Ça amène une cohérence de l’image du début à la fin.

Parfois avec Études, on part dans quelque chose de très austère, très géométrique, et on voulait installer quelque chose de cet ordre là pour glisser vers quelque chose de plus léger avec l’arrivée de l’été.

 

L’autre groupe niçois très connu en ce moment c’est Hyphen Hyphen, qui a gagné le prix de la Révélation Scène des Victoires de la Musique 2016. Nice va conquérir le monde bientôt ?

J’espère !

C’est dur d’être jeune à Nice. Tout est axé sur le tourisme dans cette région. Il y a très peu de moyens mis sur la culture, mis à part quelques festivals comme le Crossover auquel on va jouer le 4 mai. Là-bas on se fait tellement ch*er qu’à part faire de la musique, il n’y a pas grand chose à faire. (rires)

Je ne suis pas très sportif, je ne vais pas à la plage, je ne vais jamais aux sports d’hiver alors qu’on peut skier à 1 heure de Nice. Mais je suis content d’y retourner : j’ai ma famille là-bas. La qualité de vie est tellement agréable : il fait tout le temps beau et chaud.

 

Vous avez déjà pensé collaborer avec d’autres artistes ?

Ça se fait au gré des rencontres. Mais c’est compliqué. On est timides de nature, on aborde très peu les artistes en festivals. Ça viendra. Il faut aussi donner envie aux gens de collaborer, et pour ça il faut qu’ils nous connaissent.

 

Vous allez jouer d’anciens morceaux dans les festivals à venir ?

On va jouer quelques anciens morceaux mais on va privilégier les nouveaux.

 

Que peut-on attendre de Griefjoy en 2016 ?

Beaucoup de musique. On a plein de choses à donner. Beaucoup de vidéos. On va essayer de faire des concerts en direct. On veut développer des projets modernes qui n’ont pas encore été faits.

On espère être partout. C’est aussi pour ça qu’on fait ce métier. On ne se considère pas comme des artistes underground mais comme des artistes qui font de la pop et veulent essayer de toucher les gens.

 

 

L’album « Godspeed » sort le 22 avril sur le label Arista France.

Interview réalisée le 21 mars.
Remerciements : Guillaume, Fanny.

 

Chroniqueur
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