Interview de Hoboken Division

Hoboken Division

Il y a un an sortait l’hybride indus blues « Arts & Crafts » qui a dépassé les attentes du groupe. Depuis, Hoboken Division écume les scènes. Le groupe a tout de même  pris le temps de répondre à nos questions, notamment sur l’évolution du line-up, avec Thibaut qui les a rejoints aux percussions.

 

Le blues lorrain ? Expliquez-nous un peu d’où vient Hoboken Division. Qu’est-ce qui a provoqué l’entente Marie Rieffly/Mathieu Cazanave ? D’où vient le nom du groupe ?

Mat : Le blues lorrain… En fait, mon beau-père me racontait que lorsqu’il était arrivé en Lorraine (fin 70’s début 80s) on appelait le secteur « Le Texas Lorrain », expression confirmée par nombre d’amis qui vivent dans les secteurs d’ Uckange ou autour de Thionville (le cœur sidérurgique de la région). Je ne sais pas si c’est un retour aux sources avec l’addition de notre patte, mais un bon nombre d’artistes ou de groupes font cette musique simple mais pas simpliste (loin de là !!!). On peut citer pêle-mêle des artistes comme Doc Géo ou Chicken Diamond.
En ce qui concerne notre entente avec Marie, on venait d’univers très différents à l’époque. J’étais déjà dans le blues mais avec mon ancienne formation, on faisait plus du psyché, shoegaze et rock’n’roll alors que Marie venait du jazz mais écoutait quand même pas mal de rock. On s’est retrouvés tous les deux dans les vieux morceaux de blues, de Delta-blues, celui qui transpire et qui t’inspire la transe !

Marie : Commencer à travailler avec Mathieu a été très intéressant pour moi, justement parce qu’on venait d’univers assez différents. J’ai pu utiliser ma voix différemment, salir ce que je connaissais de la musique et du chant, et en effet le blues est un style parfait pour ça, dans lequel je me suis tout de suite reconnue.

Mat : Quant au nom du groupe, nous avons entendu parler d’une histoire d’un général américain qui , lors de l’embarquement des GI’s pour la 1 ère GM, aurait prononcé la phrase : « heaven, hell or Hoboken at christmas ». On a un peu extrapolé ça en se disant que finalement, les jeunes soldats américains avaient été la 1 ère vague de « migrants musicaux » qui nous ont permis de découvrir les prémices du jazz et du blues. Du coup, merci Hoboken ! Et cette phrase, au final, résume très bien le blues : ils parlent de l’enfer des champs de cotons ou des chaines de montage en en faisant une musique paradisiaque !

 

Vous êtes dorénavant trois. Comment et pourquoi s’est opérée cette mutation?

Mat : pour comprendre, il faut revenir à la mouture live que nous avions auparavant. J’étais en charge des boites à rythmes et selon le passage du morceau, je devais toujours déclencher la bonne boucle pour le bon passage… Autant dire qu’il fallait être pas mal concentré et ne pas se louper. On avait aussi envie de pouvoir apporter un côté plus impro où on pourrait allonger les morceaux selon les concerts, amener plus de vie. Et comme on veut garder ces types de sons acoustiques mêlés aux boites à rythmes, on a décidé d’ajouter un pad (où on peut mettre nos propres samples) au setup de batterie. La mutation s’est opérée assez naturellement au final. Thibaut, qui est un très bon ami et qui avait vu la genèse du groupe, a compris assez rapidement où on voulait en venir. On est partis une semaine dans la salle de concert « Chez Narcisse » pour travailler notre set live avec lui. Et on s’est vite rendu compte que les possibilités étaient nombreuses et très inspirantes !

Marie : on avait aussi le sentiment d’être allés au bout de ce qu’on voulait faire avec les boites. On avait besoin de renouveler le truc, de tenter autre chose, mais sans pour autant renoncer à ce côté froid, martial qu’amènent les machines. Thibaut avait parfaitement compris ça, même avant d’intégrer le groupe. Il aimait notre musique telle quelle, avec les boites, donc on savait que ce qu’il allait faire avec nous n’allait pas trop dénoter. C’était vraiment l’idéal, et il a su parfaitement s’adapter tout en amenant une vraie valeur ajoutée.

 

Dans notre chronique de « Arts And Crafts », nous soulignions de fait votre forte influence blues, mais également la production très garage et certaines ambiances industrielles. En dehors des grands noms du delta blues, quelles sont vos influences majeures ?

Mat : Pour ma part, le Velvet Underground tient une place prépondérante dans mes influences ! Et sur n’importe lequel de leurs albums et quelque soit le membre du groupe. J’ai bossé les solos de Sterling Morrison pendant une longue période et tout ce qu’apportait John Cale au niveau expérimental (violon, accordage, piano boogie, ampli cradingue). Iggy Pop et ses Stooges aussi, surtout les périodes lors desquelles ils travaillaient avec Bowie. Je suis aussi un énorme fan de Rowland S Howard qui, avec une seule guitare, ferait pâlir n’importe quel pedalboard de shoegazers en herbe. J’imagine que le côté industriel vient de là. Et j’ai une admiration pour le groupe les Detroit Cobras (qu’on aimerait faire jouer en France d’ailleurs !).

Marie: J’ai des influences un peu partout, mais je citerais surtout les Yeah Yeah Yeahs pour l’efficacité mélodique, l’énergie et l’originalité tout en étant à 3 sur scène, les White Stripes pour la violence brute et les morceaux géniaux… Globalement tous ces groupes d’où se dégage une certaine animalité brute. J’aime quand ça dérape, quand ça déraille, quand c’est sale d’une façon ou d’une autre. Left Lane Cruiser aussi, avec leur son qui grouille dans tous les sens !

 

Vos textes sont exclusivement en anglais. Avez-vous déjà tenté d’intégrer la langue de Molière à votre musique ? Est-ce possiblement un projet ? Sinon pourquoi ?

Mat : Jamais dire jamais… Mais il est vrai qu’ayant commencé à écouter de la musique avec des disques anglophones (Police, ZZ top, Rolling Stones, Stone Roses,…), je vais aller directement vers l’anglais sans complexe vis-à- vis de ma langue maternelle ! Et pour aller plus loin, l’anglais a l’accent tonique dans sa linguistique qui permet d’avoir une mélodie très chantante rapidement. Si jamais, à la radio quand j’étais jeune, on avait entendu du Limiñanas ou du Dutronc (version « les gens sont fous ») plutôt que du Lenorman et Vartan, mon discours ne serait pas le même…

Marie : Le français ne m’inspire pas beaucoup. j’ai déjà chanté dans ma langue maternelle, et je ne ressens pas les choses de la même façon qu’avec l’anglais. Même le son de ma voix change ! Et puis au delà de ça, l’anglais permet d’enlever le poids des paroles au morceau. Le texte sera tout autant travaillé que s’il était en français, mais ne perturbera pas le ressenti du morceau. La musique est un tout pour moi, et j’aime que le texte ne soit pas dissociable de la musique. Et depuis toujours, j’ai voulu écrire en anglais. Je voulais parler anglais juste pour pouvoir chanter en anglais, ça vient vraiment naturellement. Je n’ai pas de complexe par rapport à ça, ça n’a jamais été forcé.

 

Vous bénéficiez d’un minimum de reconnaissance médiatique avec ce premier album. Outre l’aspect matériel, cela change-t- il votre façon d’aborder votre métier ? Si oui, en quoi ?

Mat : On est très contents d’avoir eu de bons retours de la part de la presse mais cela n’a strictement rien changé à notre façon d’aborder la musique et encore moins au niveau matériel. A vrai dire, on pensait que nous aurions pas mal d’appels d’entrants pour les concerts… Mais pas du tout. Par contre, les disques sont partis comme des petits pains. On a même été très limite pour satisfaire la demande tellement nous avons été surpris. On a dû represser un mois et demi après la sortie !

Marie : ça n’a pas changé grand-chose, non. Il faut bien garder en tête que la musique doit rester honnête et spontanée, penser à qui pourrait l’écouter et l’aimer ne fait que brouiller le processus.

 

Expliquez-nous le processus de composition de Hoboken Division et vos thématiques. Quel est l’impact de l’arrivée d’un troisième élément dans cette phase ?

Mat : Je travaille tous les jours ma guitare et mon piano et dès que j’ai une mélodie, une suite d’accords intéressante, je l’enregistre directement pour la retravailler plus tard (voire bien plus tard !). De même pour les paroles ou les thématiques. Tout est stocké ! En général, on fouille notre « boite à outils de mélodie/paroles » et on se met dessus pour développer de manière plus aboutie. Au niveau des thématiques, je dirais que nous essayons quasi à chaque fois d’avoir une lecture des paroles à deux niveaux. Un premier qui pourrait s’adresser à une personne en face de toi et un second qui est à prendre dans un sens plus large sur un domaine qui peut toucher tout le monde. L’arrivée de Thibaut nous a permis de gagner en efficacité. Avec une boite à rythmes, tu imposes un tempo et un motif et si jamais tu dois revenir dessus ou modifier un détail, tu en as minimum pour environ 10-15 minutes de programmation. Alors qu’avec Thibaut, on teste directement et ça ne nous prend que 30 secondes pour se mettre d’accord. On avance beaucoup plus vite.

Marie : Humainement, ça a aussi permis d’élargir notre huis-clos ! A deux, c’est à la fois passionnant, intéressant, très intense, et très difficile. A 3 ça permet de garder tout ça tout en tempérant les moments plus difficiles, les désaccords, les coups durs. Pour les thématiques, ça reste ancré dans ce qu’on est, ce qu’on ressent, que ce soit sur des relations, des sentiments ou des choses de société. Ça part toujours de nous.

 

Nous n’avons pas encore pu vous voir sur scène. Quels sont vos sentiments sur votre tournée et comment se déroulent vos concerts (plus punks, quelques reprises) ? Votre notoriété vous a-t- elle permis de gagner en dates et en public ?

Mat : La tournée se passe très bien. Elle est clairement scindée en deux car nous sommes 3 depuis septembre 2015 et on a pu voir la différence avec et sans batteur. C’est assez amusant d’ailleurs de voir que maintenant on nous voit plus comme un groupe qu’avant ! Pour les concerts, nous ne faisons pas tous les arrangements prévus sur le LP (et c’est voulu !), pour ça il nous faudrait 2 personnes en plus. Mais ça permet, en live, d’aller à l’essentiel. C’est plus brut, plus garage, plus punk et on ajoute une reprise d’un certain Lewis Alan Reed quand les gens en redemandent. Suite à la sortie du LP, on a gagné un peu en public grâce à la promo qu’il y a eu autour. Mais niveau dates, comme dit plus haut, rien de plus qu’avant si ce n’est peut être la revue de presse qui a permis de débloquer une ou deux dates.

Marie : Il nous arrive de plus en plus régulièrement de rencontrer des gens qui avaient déjà entendu parler de nous, ou avaient déjà notre album, et c’est très encourageant !

 

Après un premier album qui s’est fait remarquer, avez-vous déjà entrepris la composition du second ? Si oui, pouvez-vous nous aiguiller sur les orientations prises (dans la droite lignée de « Arts &  Crafts » ou quelques nouveautés) ?

Mat : C’est en cours. Nous avons déjà trié pas de mal de morceaux en cours de composition à travailler et on s’apprête à passer tout l’été dessus. La manière dont nous avons utilisé les boites à rythmes nous a beaucoup plu sur « Arts & Crafts » et je pense qu’on réutilisera cette technique. Et le fait que Thibaut nous ai rejoints ramènera de nouvelles choses notamment au niveau des percussions, par exemple. Il devrait aussi y avoir un peu plus d’instruments indiens ; deux ou trois nouvelles compos pourrait avoir du sitar, de l’harmonium ou de la Tampura. Il y aura sûrement aussi une touche un peu plus psyché, mais on souhaite quand même rester avec une forte influence blues et rock’n’roll.

Marie : On y travaille déjà, oui. C’est très intéressant, grisant de mettre en place de nouveaux morceaux, intégrer d’autres influences, élargir un peu notre aire de jeu. Et ça sera le premier composé à 3, c’est une belle étape!

 

Merci à Mat et Marie de s’être attarder sur nos questions.

Le groupe est encore est toujours sur la route :

20 mai au Deep Inside Klub Rock à Dijon pour le festival One + One
21 mai à Monfort sur Risle ( 27 )
16 juin à la Boule Noire à Paris en compagnie de Bror Gunnar Jansson

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