Interview de How To Dress Well

Interview de How To Dress Well

Après les succès de « Love Remains » en 2010 et de « Total Loss » en 2012, How To Dress Well revient le 23 juin avec son troisième album « What Is This Heart ? ».  À cette occasion, nous avons pu rencontrer Tom Krell. Ce garçon gentil et brillant nous parle de ce nouvel opus, mais revient également sur ses tournées et son rapport quasi charnel à la musique.
How To Dress Well sera en concert le lundi 16 juin au Nouveau Casino.

 

Bonjour Tom. Première question : est-ce que vous aimez Paris ?

Oui. J’ai passé beaucoup de temps ici. J’ai vécu ici un semestre vers 2004-2005. C’est une ville incroyable.

 

« What Is This Heart? » est votre troisième album après « Love Remains » et « Total Loss ». Racontez-nous un peu comment l’album est né, où et quand vous l’avez enregistré.

J’ai travaillé sur l’album pendant un peu plus de 18 mois entre les tournées et les enregistrements de démos. Puis en juillet et août (2013), j’ai passé vraiment des centaines d’heures à Berlin dans un studio avec Rodaidh McDonald venu spécialement de Londres. En 2 mois on est devenu féru de travail. On a travaillé entre 4 et 14 heures par jour pendant ces 2 mois puis nous l’avons mixé. Je suis devenu obsédé à arranger, changer, affiner tellement de petits détails et au bout de 3-4 mois, l’album est né.

 

Comment compareriez-vous ce nouvel album à son prédécesseur « Total Loss » ?

Il est vraiment différent (Rires). En fait je ne sais pas. Généralement, c’est à vous que je laisse faire ça.

 

Je peux vous donner mon avis. Je pense que votre voix est plus claire, plus nette et plus présente qu’avant.

C’est un album qui se veut très confiant, mais pas de manière arrogante. Plutôt dans le sens où j’ai tourné dans le monde pendant 2 ans et les gens étaient tellement généreux en amour que ça m’a donné de l’inspiration et une force incroyable. Après avoir fait ça presque 200 fois, on commence à se sentir un peu plus confiant.

Je n’ai jamais travaillé aussi dur un album. Je n’ai même jamais travaillé aussi dur autre chose que sur cet album.

 

Les titres des 3 albums reflètent des émotions fortes. Est-ce que les émotions et les sentiments prennent une place importante dans votre musique ?

Oui. Je n’écris sur rien d’autre que sur des affections très fortes. Je fais clairement de la musique d’émotion.

 

Words I Don’t Remember est votre premier single. Parlez-nous un peu de ce morceau.

Words I Don’t Remember était supposé être le teaser, l’intro et puis finalement il est sorti. Pour moi, il est plus rock que ce que nous avons pu faire avant.

La raison pour laquelle j’ai choisi ce titre comme introduction à l’album, c’est parce que je voulais littéralement introduire ce nouvel album. Dès les premières notes de Words I Don’t Remember, il y a la présence massive du synthétiseur, la plus grosse chose qu’il ait pu y avoir sur un album de How To Dress Well. Puis vient le rythme avec ces claquements de doigts sur ces vocalises en réverbe. Et puis la voix apparaît clairement. À chaque fois que le titre avance, un nouvel élément fait son entrée. Pour moi, faire cette chanson c’est créer surprise après surprise. Et ça se termine comme un titre de fin des années 80 à la Purple Rain ou November Rain.

 

Vous parlez de Prince avec Purple Rain et Guns N’ Roses avec November Rain. Ils vous ont influencé pour cet album ?

Prince évidemment, mais pas Guns N’ Roses. En fait, November Rain est un titre incroyable. C’est même un putain de morceau.

J’ai commencé à écouter Prince de plus en plus ces dernières années. C’est tellement génial.

 

L’année dernière vous avez collaboré avec Jacques Greene sur « On Your Side » et avec Flume sur « Change » rééditée sur la version Deluxe de son album éponyme. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces 2 collaborations ?

Jacques Greene se construit comme un artiste et je me construis également comme un artiste. On s’est donc dit « Faisons un titre ensemble ! ». Il m’a envoyé quelques éléments, j’ai chanté dessus et je lui ai donné quelques idées. On est entré en studio et nous avons monté ce titre en quelques jours. J’ai chanté ce titre avec lui à Londres jeudi dernier. Je suis tellement fier de lui. C’était un show génial.

Pour Flume, nous avons fait les mêmes festivals et c’est un garçon tellement gentil. C’est un mec très doux qui arrive à sortir de gros  morceaux qui gagnent rapidement du succès.

 

Avec qui avez-vous collaboré sur « What Is This Heart ? » ?

Sur Words I Dont Remember et Very Best Friend il y a des éléments de Lorenzo Senni. What You Wanted et A Power contiennent tous deux des contributions de CFCF. Mon ami Aaron joue du violon et de la guitare.

 

Vous avez récemment tourné avec Forest Swords aux États-Unis. Comment le public a réagi à vos nouveaux titres ?

Matthew de Forest Swords et moi avons co-écrit Cold Nites ensemble.

Nous avons joué 12 ou 13 titres parmi lesquelles 8 étaient nouveaux.

À Londres mercredi dernier il y avait encore plus de nouveautés. C’était fou parce je ne sais même pas si je suis déjà allé à un concert où je vais voir un groupe qui joue autant de nouveaux morceaux. J’y pensais pendant la préparation de ce show à ce que ça serait de voir un groupe jouer autant de nouveaux morceaux et je pense que je n’ai jamais eu l’opportunité de voir ça. Je me rappelle une fois avoir vu le groupe Girls à Cologne. Je les ai vus jouer pas mal de nouveaux morceaux, mais pas assez pour un album. C’était juste avant leur séparation.

En fait, je ne savais pas quoi attendre et les gens ont été tellement géniaux.

 

Comme vous le disiez, vous étiez à Londres il y a quelques jours. J’ai entendu parler de l’alarme incendie.

C’est aussi quelque chose que je n’ai jamais expérimenté en concert. À qui ça arrive ça ? Ça n’arrive pas. C’était dingue. (Rires)

C’était à la fin du quatrième titre. Un grand merci au personnel du lieu. Ils nous ont laissés finir ce titre plutôt long même si nous étions censés sortir de l’immeuble. Ils sont venus juste après sur scène et ont dit qu’il fallait sortir, qu’il y avait le feu dans le bâtiment. Ils ont annoncé calmement que tout le monde devait sortir. Les pompiers sont arrivés.
C’était un petit club d’environ 300 personnes et je pense que presque 500 personnes ont voulu assister au show. Donc tout à coup, 500 personnes sont sorties sur Oxford Street. Un publicitaire n’aurait pas pu faire mieux. Vraiment c’était dingue.

On a pu retourner à l’intérieur. Les pompiers ont touché aux fusibles. Ça a fait exploser du matériel électrique. Ça a ajouté un brin de nervosité de devoir finalement chanter quelques titres a capella. Du Whitney Houston, par exemple.

Le public a été génial. Ce qui aurait pu être catastrophique s’est finalement transformé en un très bon souvenir.

 

Vous étiez à Pitchfork Paris il y a 2 ans (novembre 2012) …

… Oh oui, c’est une histoire intéressante de la tournée. On devait jouer à 22h, mais on a dû conduire de Suisse à Paris. On est finalement parti à 3h du mat’ de Suisse pour faire ce concert dans l’après-midi et reprendre la voiture pour aller à Bruxelles y prendre un vol.

J’étais vraiment content qu’il y ait autant de monde, moi qui étais inquiet que les gens ne viennent pas au premier concert.

 

Que pensez-vous du public français ?

Pour le moment, je le trouve génial. Au concert au Point Éphémère (mai 2013) je me suis senti vraiment proche des gens. C’était vraiment bien. Tout le monde a été tellement sympa après le show, ce qui n’est pas le cas de tout le monde à Paris.

 

Vraiment ? (Rires)

Les Parisiens sont intimidants. Tout comme les New-Yorkais et les Londoniens. (Rires)

 

J’étais présent à ces 2 concerts. J’ai l’impression que vous y étiez très inspiré et très touché. Vous vous sentez épuisé après votre performance ?

Oui. C’est étrange. Vous dites que je suis inspiré, mais c’est par le morceau. Je suis de bonne humeur actuellement, mais si je chante par exemple I Hope There’s Someone d’Antony And The Johnsons, ça pénètre mon corps et ça commence à produire des effets. Si je commence à chanter une mélodie forte et d’une grande tristesse, je vais être transporté vers cette émotion. Peu importe l’état dans lequel je suis quand je monte sur scène, à la seconde où je me laisse porter par la mélodie je suis à fond dans le titre.

Donc généralement après un concert j’ai l’impression d’avoir vraiment vécu quelque chose de fort, comme si j’avais fait un effort sportif. Mais comme après avoir fait un effort, vous êtes fier de ce que vous avez fait. Et je me sens régénéré même si c’était épuisant.

 

Vous n’avez sorti qu’un clip pour l’album Total Loss, c’était pour le titre & It Was You. Y aura-t-il des clips pour « What Is This Heat? »

En fait, c’était un cauchemar pour Total Loss.

Nous étions en train de tourner un clip pour Cold Nites quand la voiture du réalisateur et tout l’équipement ont été volés. Le clip pour Cold Nites n’a donc jamais pu sortir. Puis nous avons commencé à tourner un clip pour Set It Right quand la colocataire du réalisateur a mis fin à sa vie. Il ne se sentait plus l’âme de terminer le clip. Nous devions sortir 3 clips et finalement il n’y en a eu qu’un seul.

Pour cet album, j’espère avoir 4 ou 5 vidéos. En fait, on vient de terminer une trilogie. Chacune des vidéos se suffit à elle-même, mais ce sont les mêmes personnages dans les 3 vidéos. Ce sont comme des épisodes de séries télé.

 

 

Vous écoutez quoi en ce moment ?

J’aime le nouvel album de Pure X (Angel). J’aime aussi l’album Perhaps de Harold Budd. J’aime aussi les morceaux de PC Stuff. Et parmi les titres que j’ai pas mal écouté dernièrement il y a aussi Windows de Angel Olsen.

 

Avez-vous trouvé trouvé la réponse à la question « What Is This Heart ? » ?

Non. (Rires). Il n’y a à l’évidence pas de réponse. Il y a quelque chose d’unique au sujet des créatures que nous sommes. De manière biologique, nous sommes des animaux sans but prédéfini pas comme les castors par exemple. Les castors ne sont pas là en train de se dire « est-ce que je devrais construire un barrage ou est-ce que je devrais devenir poète ? » ou « est-ce que je devrais construire un barrage ou est-ce que je devrais prendre une voiture et foncer dans le désert ? ». Donc il y a vraiment quelque chose de différent au sujet de qui nous sommes, notre vocation est de tracer notre propre route et de faire nos propres choix. Nous devons nous-mêmes chercher ce que nous sommes, qui nous sommes, et ce à quoi nous tenons.

 

Interview réalisée le 29 avril à Paris.
Remerciements : Jennifer de Domino Records.

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