Interview de Jeremie Whistler

Interview de Jeremie Whistler

Peux-tu nous raconter l’histoire de ce nouvel EP « Flakes » ?

Ça a commencé avec la chanson Cold Heart. J’avais d’autres chansons avant mais ça a été un nouveau départ. C’est là que je me suis dit que j’ai trouvé mon son et j’avais envie de faire un album autour de ce son là.

Ça a été enregistré chez moi, tout seul. J’ai tout fait : l’instru, la chanson. Tout ça dans ma chambre. Je n’ai jamais mis les pieds dans un studio professionnel. C’est vraiment du bricolage.

Cold Heart a été mis en ligne  en mai 2013. Puis il y a eu le clip. Il y a eu un peu de presse. Ça m’a vraiment motivé pour faire la suite. J’étais parti pour faire le reste tout seul. Et puis on m’a présenté Future Prospects qui est un duo de producteurs : Angelo Foley qui a notamment bossé avec Christine and the Queens sur son premier EP « Nuit 17 à 52 » et Rémy Sauzedde du groupe Bois Noirs. Ils ont vraiment compris ce que je voulais faire. Ils ont aussi compris les choses que je n’osais pas faire moi-même. Ils m’ont proposé des sons plus électro, plus percutants.

On a commencé à bosser ensemble en décembre 2013. Le mixage de l’EP  s’est terminé en juillet 2014.

 

Ton album a été financé par Ulule. Pourquoi avoir choisi une plateforme de crowdfunding ?

Parce que pour l’instant je n’ai pas de label. L’enregistrement a été fait à la maison. Le mixage a été fait par Angelo et Rémy dans des studios plus pro à titre bénévole. Pareil pour le clip : Rémy Disch a réalisé le clip Cold Heart et le prochain clip de Holding On bénévolement aussi. J’ai vraiment de la chance d’avoir des gens autour qui aident, qui aiment le projet, et qui sont vraiment impliqués.

Mais il y a des dépenses nécessaires : le coût d’impression des vyniles, la promotion, etc.

 

C’était un besoin pour toi de sortir ton EP de manière physique à l’ère du numérique ?

C’était un petit caprice. (Rires)

L’EP sort principalement en digital. Je suis un peu nostalgique, même si je n’aime pas trop le terme et que je vais plutôt de l’avant. Et puis les gens ont de nouveau envie d’avoir un objet dans les mains. Je me rappelle le plaisir d’acheter des CD et d’ouvrir leur pochette, découvrir le livret.

Aussi étant graphiste, le visuel est important et donc le vynil offre un autre moyen de s’exprimer artistiquement.

 

Sur l’EP, TEPR, ancien membre de Yelle, remixe Holding On. Comment s’est faite cette rencontre ?

Mon manager le connaissait. Et avant de bosser avec Future Prospects, j’avais fait une petite session avec TEPR pour Holding On. Ça sonnait un peu comme un remix pour moi. Du coup, je lui ai demandé d’en faire un.

 

Pourquoi chantes-tu anglais ?

À la base toutes mes influences sont anglo-saxonnes. C’est aussi par pudeur, peut-être. J’ose dire des choses en anglais que je ne dirais peut-être pas en français. J’ai la sensation d’être un personnage plutôt que de parler de moi.

 

Ça veut dire que tu ne feras jamais de titres en français ?

Et bien, non. Ce n’est pas exclu en fait. C’est vrai qu’on m’en parle très souvent et je me dis pourquoi pas. Il y a pas mal d’artistes qui chantent dans les 2 langues : par exemple, Mina Tindle sur son dernier album. Je trouve ses titres en français plus touchants en fait. Ça me fait me remettre en question et me dire que je pourrais essayer peut-être.

Je n’ai pas eu le déclic encore de le faire. Mais ça commence à me trotter dans la tête.

 

Chanter en anglais est peut-être aussi un moyen d’être dans la peau de Jeremie Whistler.

Oui. Jeremie Whistler n’est pas si différent de moi. Mais c’est un peu une version exagérée, romancée, plus dramatique.

 

Si on compare ta musique plutôt intimiste à des artistes comme Jay-Jay Johanson ou Imogen Heap, tu en penses quoi ?

Ça revient souvent. J’ai d’ailleurs fait la première partie de Jay-Jay Johanson 2 fois, dont l’année dernière dans le cadre du Winter Camp Festival au Trianon. Et je suis moi-même un grand fan de Jay-Jay Johanson.

 

Lors de ton concert au Pop Up du Label tu portais un collier avec des oiseaux. Il y a une photo de promo où tu portes des plumes. Le clip de Cold Heart est tourné dans la forêt. Tu noues un rapport particulier avec la nature ?

C’est inconscient. Je ne sais pas pourquoi. En fait, au départ j’écrivais beaucoup de chansons sur les oiseaux. Pour moi, la forêt est un lieu où tout peut arriver, donc pour les histoires c’est vraiment un lieu propice à des rencontres inattendues, où on peut par exemple rencontrer une licorne ou des monstres.

Je travaille de manière très spontanée. Je n’ai pas la volonté de créer de concept particulier. C’est mon inconscient qui parle.

 

Pour en revenir à ton concert du Pop Up du Label, tu paraissais un peu stressé. Comment vis-tu la scène ?

La scène, c’est encore assez nouveau pour moi. J’ai commencé l’année dernière. J’ai du faire une dizaine de concerts. C’est toujours en voie d’évolution. Je suis quelqu’un de très réservé. Au départ pour moi c’était hors de question de faire de la scène. La musique c’est vraiment ce que j’aime faire par-dessus tout. La scène, c’est le passage obligé. Je me suis donc vraiment forcé au départ j’avoue.

Je me suis surpris à prendre du plaisir. Et de plus en plus, j’essaie de m’approprier ce lieu. J’ai créé une scéno avec une installation lumineuse que j’ai fabriquée avec une amie (Cécile Liénaux) qui me permet de me sentir dans un autre univers.

C’est vrai que j’ai toujours un peu cette timidité qui fait que je ne parle pas beaucoup sur scène.

 

C’est important pour toi que ça soit à la fois musical et visuel sur scène ?

Étant donné que je ne suis pas un grand show man sur scène pour le moment (rires), et étant graphiste à la base, c’est important pour moi le visuel. Les gens se déplacent à un endroit pour regarder aussi quelque chose, ils ne sont pas juste là pour écouter. Sinon on mettrait un rideau, on fermerait les yeux et on écouterait.

C’est important pour moi de proposer quelque chose de visuel et j’ai encore envie de le faire évoluer.

 

D’autres dates à venir ?

Rien de fixé pour le moment. J’ai un tourneur depuis peu donc ça se met en place. Le but n’est pas de faire le plus de dates possible, mais d’en faire régulièrement et de faire évoluer les choses progressivement.

 

La vidéo de Holding On sort le 24 novembre. Tu peux nous en parler un peu ?

Il a été tourné au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris. C’est assez surréaliste encore : c’est la même équipe que Cold Heart. Je joue un personnage coincé dans son manoir un peu flippant, qui va prendre possession de moi au fur et à mesure. Il y a des insectes, des branches qui poussent.

 

On lit que tu aimes Björk. On lit aussi que tu aimes Arca. Arca produit le prochain Björk. Tu aimerais toi aussi produire d’autres artistes ?

Je suis un grand fan de Björk. C’est grâce à elle que j’ai découvert la musique. Quand j’ai découvert « Vespertine » c’est là que je me suis dit que j’avais envie de faire de la musique. Je me suis rendu compte que la musique ça pouvait être presque de la magie.

Pour le moment je ne me sens pas assez producteur. Après c’est quelque chose que j’ai envie de développer. Au moins, être indépendant avec ma propre musique déjà avec ce que j’ai envie de faire, ce que j’ai en tête.

 

Tu écoutes quoi en ce moment ?

J’écoute beaucoup My Brightest Diamond. J’écoute The Dø en boucle : ça fait longtemps que je n’avais pas entendu un album parfait où tu as envie d’écouter de la première à la dernière chanson, je le trouve juste génial. Et j’écoute aussi Caribou ou Minda Tindle que j’ai découvert il n’y a pas longtemps.

 

On arrive presque à la fin de l’année. Si tu devais retenir un événement marquant cette année, ce serait quoi ?

J’ai participé à un radio-crochet France Inter. C’était nouveau pour moi.

 

Des projets à venir ?

J’aimerais bien un clip pour le titre Hollow. Je pense également à la suite. J’écris de nouvelles chansons.

 

« Flakes » sort le 10 novembre.

Interview réalisée le 6 novembre.

Remerciements : Lucie, Jérémie.

Chroniqueur