Interview de Migala

Rencontre avec Coque Yturriaga sur les quais de la Seine quelques heures avant le concert au théâtre de l’atelier.

D’où vient votre nom  » Migala  » ?

COQUE :  » Migala « , en espagnol, est plus utilisé dans les pays d’Amérique latine, c’est une sorte de grosse araignée, c’est aussi un conte de Cortes, mais en fait ça nous est venu à l’esprit une fois et ce n’est que maintenant que le nom a toute sa signification. On ne l’a pas choisi à cause de ces différentes interprétations…
Au début on ne pensait pas qu’on serait connu à l’extérieur de l’Espagne, et en Espagne personne ne sait ce que cela veut dire, car le mot est très peu utilisé…c’est un peu pour ca qu’on l’a choisi.

Quel est le thème de votre dernier album,  » Arde  » ?

C : Il n’y a pas vraiment qu’un seul thème….on parle surtout de situations que l’on traverse au cours de sa vie et au cours desquelles on fait ce que l’on est supposé faire ou pas…ou il est question d’instabilité, etc.…
L’album parle aussi de la nuit, de la manière de penser que l’on a lorsqu’on sort, qui n’est pas vraiment la manière de penser des autres gens….La façon dont la nuit passe, ce que l’on peut se dire quand on rentre chez soi en train a 6 ou 7 heure du matin, c’est très étrange de voir d’autres personnes et de se sentir totalement étranger. Il y a beaucoup de thèmes abordés, que je pense on ne peut regrouper sous une seule étiquette.
Il y a la culpabilité aussi…

Donc en quelque sorte, c’est le genre de sentiments que vous voulez rendre dans vos chansons…un peu comme dans ce genre de situations ?

C : Non, pas exactement…on essaie de faire passer des choses à la fois par les paroles et la musique. Si quelque chose parle de la mer ou tourne autour de la mer, on essaie d’incorporer des sons marins, ou de vagues, comme dans une chanson intitulée  » the whale  » , dans  » Asi duele un verano « . Dans le dernier album il y a des samples de trains, on essaie de rendre la même ambiance que dans les paroles, car pour nous les paroles sont très importantes, et les samples que nous utilisons dans les morceaux ont beaucoup en commun avec nos paroles.

Vous choisissez donc vos samples en fonction des paroles ?

C : La plupart du temps, pas tout le temps. Parfois c’est juste le hasard mais généralement ça marche vraiment bien avec les textes.

En parlant de  » Asi duele un verano « , quelle est la principale différence entre cet album et le dernier,  » Arde  » ?

C : La grosse différence est qu’on se connaît beaucoup mieux qu’avant. Le premier album est le fruit de chansons qu’Habel (le chanteur) avait écrites, et ils se sont rencontrés, etc.…car je n’ai intégré le groupe qu’après l’enregistrement du premier album. Donc le deuxième album est en fait le premier que nous ayons fait en tant que groupe, bien que nous ne nous connaissions pas autant que maintenant, nous n’avions jamais fait de tournée. A l’heure actuelle nous savons quand l’un de nous est triste ou joyeux, ou ce genre de choses, et nous pouvons intégrer ces émotions collectives dans nos chansons. Il y a beaucoup de sonorités que nous n’utilisions pas dans les albums précédents et que l’on utilise maintenant…pour résumer c’est comme si nous n’étions que récemment devenu un GROUPE.

Pourquoi avoir choisi de traduire les textes en espagnol dans le livret du dernier album au lieu de les chanter directement dans cette langue ?

C : C’est une question qu’on nous pose très souvent…majoritairement en Espagne, car ils ne comprennent pas pourquoi on chante en anglais. Mais c’est juste notre manière naturelle de procéder : si Habel ou Diego écrivent en anglais, c’est une chanson, s’ils écrivent en espagnol, ce sera plutôt un poème…
La raison pour laquelle nous traduisons les paroles est qu’il y a beaucoup de gens en Espagne qui ne comprennent pas. On se dit qu’on est un groupe espagnol qui vend des disques a l’extérieur de l’Espagne, c’est tout…et on a pense aux gens en Espagne, d’où la traduction.

Quelle a été la réaction de la presse en Espagne par rapport à votre musique ? Et celle des gens en général ?

C : On a vraiment eu une bonne réaction de la part de la presse qui appréciait vraiment notre musique, surtout la presse indé et rock. Mais pas de la part de la presse dite  » générale  » qui n’a pas vraiment compris pourquoi nous chantions en anglais. Et d’ailleurs je suis à peu près sur que les journaux étrangers parlent plus de nous que les journaux espagnols !
Pour ce qui est du public, je pense que c’est un peu comme partout, il y a cette part de la population qui écoute ce type de musique, et ce sont les gens que l’on voit à nos concerts. Mais maintenant, avec la sortie du troisième album, beaucoup plus de gens viennent à nos concerts, par exemple, lors d’un de nos derniers concerts à Madrid, 200 personnes n’ont pas pu rentrer parce que c’était complet. C’était vraiment incroyable pour nous car ça ne nous est jamais arrivé auparavant…c’est vraiment étrange pour nous ! Il y avait 500 personnes au concert de Paris, hier, l’album va bientôt sortir aux USA, c’est comme si ca allait trop vite …mais je pense que l’on doit gérer tout ça. J’ai horreur de la vie en tournée ! J’aime faire de la musique, pas parcourir le monde à faire des concerts ! Par exemple : je viens jouer ici ce soir mais je ne vois rien de cette ville ! On arrive, on fait la balance, on va à l ‘hôtel, on mange, ensuite on joue, on s’amuse, mais on ne voit pas la ville ! Ensuite on se lève et on doit partir. Si j’étais en Belgique ce serait exactement la même chose, et je n’aime pas ça. Beaucoup de membres du groupe apprécient cela mais pas moi. Je préfère faire de la musique…

C’est un peu voyager sans voyager…

C : Oui ! Tous mes amis me disent :  » ah tu pars en France et en Belgique, etc.…  » mais si j’étais en Espagne ce serait la même chose…

Qu’est ce que vous écoutez comme musique ?

C : On écoute pas mal de trucs différents, Jordi, l’autre claviériste, écoute beaucoup de jazz, Ruben écoute je pense des trucs comme Piano Magic, Godspeed you black emperor, etc.…, c’est un peu le genre de groupe que tout le monde écoute dans Migala. Diego écoute pas mal de Flamenco, Habel et moi écoutons un peu de hip hop. Rodrigo écoute beaucoup plus d’indé que la plupart d’entre nous. Le groupe que je trouve intéressant à l’heure actuelle est Godspeed you black emperor, je les trouve étonnants…

Etes vous influencés dans vos compositions par ce que vous écoutez ?

C : L’influence que nous avons lors de l’écriture vient plus de la vie en général, nos copines, nos familles, des expériences que l’on vit…ce sont des choses qui modifient notre approche de la musiques, qui déterminent la manière dont on va jouer ou écrire telle ou telle chose…Migala est aussi une influence pour Migala. Les relations que nous avons entre nous nous influencent aussi de ce coté la…

Vous avez écrit la musique d’une pièce de théâtre,  » Flors « . Comment cela s’est il passé ?

C : Ce n’était pas aussi bien que ce que l’on pensait, même si c’était par Migala. Tout le monde n’était pas la car à cause de nos emplois respectifs tout le monde n’a pas pu se libérer. On a aussi beaucoup écrit, et à la fin il y a juste eu deux chansons de  » asi duele un verano  » dans la pièce . On a en fait beaucoup bossé pour pas grand chose ! Et résultat : il nous reste beaucoup de chansons qui ne sont pas sorties…et qui ne sortiront probablement pas, il y a de la bossa nova, du hip hop, deux remix de mos chansons…
Et pour ma part, je n’ai pas vraiment compris la pièce, je n’ai pas senti qu’il y avait un lien quelconque avec Migala…

Votre musique est assez visuelle pourtant, peut être Migala fera un jour une B.O. de film ?

C : Si l’occasion se présente, pas de problème ! Non, vraiment, on adorerait écrire la musique d’un film… on adore le cinéma, on essaie d’aller voir des films autant que possible. C’est aussi une de nos grosses influences, partiellement à cause des samples que l’on incorpore à nos chansons, autant sur les albums que sur scène.

En 1997 vous avez accompagné Will Oldham lors de sa tournée espagnole en tant que groupe. Comment cela s’est il passé ?

C : C’était vraiment super, d’autant plus que je suis un fan… Il voulait venir en Espagne pour faire une dizaine de concerts, il venait seul. Or il adore jouer avec un groupe, et nous a proposé de l’accompagner. On a répété pendant une semaine environ, pour le tout, et c’était vraiment fantastique, on allait faire notre première tournée, et c’était avec Will Oldham ! C’était aussi très intéressant car on jouait en première partie en tant que Migala, et ensuite avec Will Oldham. Ce qui fut dur mais on a appris pas mal de choses, en particulier à se concentrer, il nous a transmis un peu de cette expérience qui nous manquait à l’époque et qu’il avait, lui…et franchement tout ca reste un très bon souvenir. On est d’ailleurs toujours en contact avec lui.

Peut être l’occasion de renouveler la chose ?

C : Oui, nous le ferons peut être aux USA, mais rien n’est sûr… en ce moment il a un super groupe avec lequel il a joué en Espagne il y a environ trois semaines…

Toi et Habel jouez dans un autre groupe, Emak Bakia, quelle est d’après toi la principale différence entre ces deux groupes, de ton point de vue ?

C : La principale différence avec Migala est que dans Emak Bakia, j’écris les paroles et je chante. C’est aussi à la base quelque chose de totalement diffèrent car je jouais dans Emak Bakia avant même d’intégrer Migala. Il y a évidemment des similitudes mais nous faisons plus de « home recording », il y a une petite influence hip hop, nous ne faisons pas de concerts, nous ne sommes pas aussi célèbres que Migala. On va sûrement faire un troisième disque, probablement cet automne, ou alors l’année prochaine. Dès que Migala nous en laissera le temps ! Migala passe en premier, en ce qui concerne le « music business », mais musicalement je considère les deux comme étant égaux.

Une dernière question : que semble réserver l’avenir pour Migala ?

C : Déjà, l’album va bientôt sortir aux USA, ensuite on se réserve une petite pause…on fait beaucoup de concerts en ce moment donc on va essayer de faire un break cet été, car on va sûrement devoir aller faire quelques concerts aux USA. Apres ca, j’espère pouvoir enregistrer le troisième album d’Emak Bakia avec Habel. Et puis on verra ! Mais vraiment j’aimerais arrêter cet été, au moins pendant trois mois histoire de récupérer. On a enregistré  » Arde  » d’avril à novembre 2000. Ensuite on est allés en Belgique, aux Pays Bas, en France, en Espagne, de retour en France, puis au Luxembourg…c’est beaucoup trop fatigant ! et on aimerait bien voir nos familles…

Jul
Chroniqueur
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