Interview de Møme

Interview de Møme

Quand je suis parti en Australie j’y suis allé avec le strict minimum : mon laptop, une carte son et un tout petit pad pour les concerts. Je me disais que, plus que tout autre chose, j'avais à apprendre des autres.

Møme est un producteur français de musique électronique du label indépendant DDM Recordings. Après deux EP prometteurs, Eclipse (2014) et Cosmopolitan (2015), il se fait connaître du grand public en 2017 après la sortie de son single Aloha ainsi que de son EP éponyme.  

Dans le cadre de son Panorama Tour, la tournée de son premier album, il nous invite à partager un moment avec lui à deux heures de son concert tant attendu à la Belle Electrique de Grenoble.


  

Bonjour Møme, comment te présenterais-tu et comment définirais-tu ton style de musique aux lecteurs qui ne te connaitraient pas ?

 

Salut, je m’appelle Jé, j’ai 25 ans et je suis producteur de musique. Je dirais que je fais de la musique électronique à tendance house mais c’est quand même un mélange de plusieurs styles. Je me définirait aussi un peu comme un ‘voyageur-producteur’.

 

Justement, on sait que tu voyages beaucoup. Après des études d’économie, tu es parti par tes propres moyens en Angleterre, puis en Australie et le mois dernier tu étais encore à Bali … Est-ce que tu peux nous parler de ton attrait pour l’étranger, pour la découverte d’autres horizons ?

 

J’ai toujours voulu faire de la musique et je me suis rendu compte que quand je partais en voyage comme tout le monde, une semaine ou deux, je n’avais pas tous les instruments pour vraiment en faire. J’avais mon laptop mais bon… Finalement l’idée a germé et j’ai voulu me lancer dans une composition itinérante et c’est pour ça que je suis parti en Australie un peu moins d’un an.  C’est là que j’ai composé l’album Panorama que je défends aujourd’hui. Et puis ça a été le point de départ de Møme parce que à ce moment-là quand je suis parti en Australie ma musique a commencée à devenir populaire et ça m’a donné l’opportunité de pouvoir jouer un peu partout. Je suis rentré d’Australie depuis presque un an et demi et depuis je tourne, je défends cet album que j’ai composé là-bas. Entre temps ça m’a donné pas mal d’opportunités de partir aux Etats-Unis, à Tahiti, ça fait d’ailleurs deux années que j’y vais de suite et il n’y a pas longtemps j’ai fait un set là-bas sur une pirogue … (rires) C’est juste ouf et je compte continuer. C’est comme ça aussi que je prends mon inspiration.

 

Justement quand tu pars en tournée tu gardes cette inspiration et tu collabores même avec d’autres artistes. Récemment tu as sorti un morceau avec Petit Biscuit et Isaac Delusion Gravitation

 

Oui, tu as raison, mais ce n’est pas la même chose que quand je suis en voyage. Là ça fait bien un an que je tourne à block, que j’ai mon show et que je défends l’album et au bout d’un moment quand tu es sur la route t’as jamais vraiment le temps de composer parce que t’es toujours demandé à droite à gauche pour faire des balances, des interviews, ça fait partie du jeu. Mais en tournée on s’est rencontré avec Petit Biscuit, avec Isaac et avec Jason avec qui j’ai fait une track qui sortira à la fin de la tournée. Donc après c’est aussi une manière de pas s’arrêter de composer sur la tournée même si c’est plus difficile pcq tu n’es pas dans un studio, enfin c’est galère quoi … Mais bon c’est essentiel de remettre en question sa musique, de toujours composer même si on ne sort pas tous les sons, ça fait réfléchir tout ça.

 

Comment ça compose un ‘voyageur-producteur’ ?

 

Quand je suis parti en Australie j’y suis allé avec le strict minimum. J’avais mon laptop, une carte son et un tout petit pad pour les concerts et je me disais que j’allais trouver les instruments là-bas et que je les mettrais dans mon van. J’ai acheté un ukulélé, j’avais un micro pour enregistrer des ambiances, des trucs comme ça. Je me disais que plus que toute autre chose, j’avais à apprendre des autres. J’avais par exemple pas mal de masterclass à Melbourne pour rencontrer d’autres producteurs, le tout en anglais alors que je ne maîtrisais pas vraiment la langue (rires).

 

Après ton voyage en Australie, ton statut de producteur a complètement changé en France, tu deviens célèbre et c’est à ce moment-là que tu comprends la puissance des réseaux sociaux. Comment s’est passé ton retour en France ?

 

J’étais super bien en Australie (rires). Mais je devais rentrer parce que pour la première fois ça me permettait de vivre de ma passion, ce qui est une chance énorme. Juste après ma licence j’avais un choix à faire, soit partir en master soit me lancer dans la musique à plein temps. Quand j’ai fait ce choix ça a été très dur.  Pendant 6 ans j’ai fait des reprises dans des bars … J’attendais pas du tout ce succès. C’est énorme aujourd’hui car ça me permet d’avoir des projets encore plus grands et surtout avec une sécurité qui va avec. Si je suis parti en Australie c’est aussi parce que j’avais du mal à rencontrer des gens dans la musique en France et dans notre pays si on ne te connait pas, si t’as pas de fanbase c’est ultra compliqué. Je me suis dit que là-bas les contacts seraient peut-être plus simples avec la mentalité anglo-saxonne. C’est exactement ce qui s’est passé. Ça a été une chance de développer autant ma musique là-bas.

 

Est-ce que c’est uniquement pour la mentalité ou est-ce qu’il y avait aussi un attrait pour les stars de la musique australienne comme Tame Impala, Chet Faker, Flume ou le label Futur Classic qui était en grande expansion à cette époque ?

 

Oui l’origine de tout ça c’est eux. Ma première date je l’ai fait en première partie de Flume. À la base je voulais juste faire de la production chez moi, produire pour les autres … Et puis un organisateur de festival à Nice m’a dit qu’il voulait booker Flume et m’a demandé si je voulais faire sa première partie. Mais à l’époque, 4 mois avant je n’avais pas de live. C’est comme ça que j’ai rencontré Flume et Chet Faker. C’est à ce moment-là qu’ils ont décollé et qu’ils ont fait des tournées en France et dans le monde. C’est un moment super important pour moi qui m’a fait réfléchir et qui est très important pour le projet en tant qu’artiste.

 

Et justement tes lives ont évolué. Aujourd’hui, les gens s’attendent à ce qu’un « dj-producteur » soit derrière ses platines et c’est pas du tout ton cas. Tu joues de la guitare, tu as des synthés, des launchpads … Comment se déroule un live de Møme ?

 

En fait j’ai vraiment décidé de me mettre entre les deux au moment où je construisais mes lives. Je suis simplement musicien au départ. Je jouais dans un groupe de rock qui s’appelait Kitches pendant 5 ans. Quand je me suis mis à l’électro j’adorais les sonorités et ça me plaisait 20 fois plus que le rock c’était vraiment des sons qui me transportaient mais j’aimais pas du tout le côté ‘clubbing’. Je détestais aller en clubs. Les seuls clubs qui me plaisaient c’était ceux en Angleterre, c’était autre chose quoi, 10 fois plus ouvert musicalement qu’ici. Et donc quand j’ai fait le live j’ai essayé de faire un entre-deux parce que pour moi mon rôle c’est pas de jouer dans des clubs qu’avec des platines, ce que j’aime c’est jouer en club en live dans un petit espace comme ça ça tape de ouf. Ce que j’aime c’est jouer. Après je suis seul sur scène c’est pas évident de tout gérer donc il y a forcément des bandes sons et ça s’apparente beaucoup à une scène de DJ. Beaucoup d’artistes font ça aujourd’hui parce que c’est plus facile de jouer seul.

 

Est-ce que tu n’aimerais pas faire un live avec un autre artiste qui a construit ses lives de la même manière, je pense à FKJ par exemple …

 

Oui j’aimerais beaucoup ! On s’est parlé pas mal de fois, ça serait le genre de collab qui me plairait vraiment. Je ne sais pas comment lui de son côté le voit mais je sais qu’il en a déjà parlé à travers les médias. Ça ne m’étonnerait pas que ça se passe. Ça peut partir d’un bœuf, d’une session studio et on pourrait créer un titre. Mais dans tous les cas ces collab doivent se faire hyper naturellement, ça ne doit pas être quelque chose de calculé à l’avance. Étant donné qu’on est dans la même agence aujourd’hui, Allo Floride, je vais le voir en concert et il viendra aux miens aussi donc c’est possible. Mais le plus dur c’est vraiment de caser des sessions studio parce que quand je ne suis pas en studio ça veut dire que je suis en tournée, fatigué … (rires)

 

Et comment on se sent à 25 ans après un Olympia ?

 

En janvier j’ai fait « la Cigale » à Paris et on m’a appris que cinq mois plus tard j’allais faire l’Olympia. Je n’étais clairement pas prêt. C’était la première fois que je faisais un set avec un show, j’avais peur de pas avoir assez de public … Du coup j’ai mis la barre très haute et le soir du show, même si j’ai pris beaucoup de plaisir, j’étais vraiment très concentré, rationnel. C’était ouf de pouvoir jouer dans cette salle, de voir autant de gens venir pour moi et de pouvoir le dire. Quand j’ai vu mon nom sur l’entrée de la salle c’était une fierté. Et pour la petite histoire le ‘Ø’ n’existait pas avant donc on l’a fait créer et je l’ai ramené chez moi après le concert (rires) …

 

Après ça, de quoi on peut rêver ?

 

À vrai dire je n’y pensais pas, je m’étais pas mis au niveau de l’Olympia. En trois ans tu te dis que c’est déjà fait, c’est totalement ouf. Après le plus dur pour l’Olympia c’est pas de le faire parce qu’il faut juste payer la salle. Je connais des artistes qui la louent et qui mettent juste des vinyles et qui peuvent jouer. Quand je l’ai fait il y avait une vraie idée de construire un live.

 

Après j’ai pas forcément envie de faire des grosses salles. Je n’ai pas envie de faire un Zénith par exemple, ce n’est pas vraiment le truc qui me fait rêver tout de suite. C’est le genre de truc qui me mettrait le stress. Des salles comme ça c’est après une longue carrière, il faut que je sois sûr de les remplir, d’être prêt matériellement, d’avoir les bons kit sons etc. … Il y a vraiment quelque chose à faire techniquement. En attendant ce qui me fait rêver c’est vraiment de composer (rires) …

 

Après être beaucoup parti à l’étranger, est-ce que le fait de tourner et de revenir en France ça ne te prive pas un peu de ta liberté ? Est-ce que ça ne te manque pas de partir à l’aventure avec ton sac à dos ?

 

Oui ça me manque de ouf. Je finis ma tournée le 25 novembre, je vais peut-être faire quelques dates aux Etats-Unis en décembre et l’année prochaine je dois faire un tour du monde normalement qui va être assez long et je vais revenir avec un album fait. Mais justement c’est la récompense. Si tu tournes pas tu partages pas et tu finis par ne faire que le métier de producteur et au bout d’un moment le live me manque. Par contre je ferai moins de lives l’année prochaine que ce que j’ai fait cette année. Là, je dois être à 100 dates. Mais j’aurai un gros show avec des musiciens et ça demande une grosse organisation au niveau de la logistique. Ça fait un an que c’était du ‘tous les jours’. Il y a un aspect rigoureux, il faut être sérieux. Il n’y a pas vraiment de place pour la création. Si je crée en live mon équipe ne va pas me suivre. Ça te bride dans un sens mais d’un autre côté ça te donne envie de créer une fois chez toi, de pas sortir pendant des jours (rires).

 

En tout cas quand tu reviens en France tu fais des concerts assez atypiques comme celui de la Tour Eiffel. Qu’est-ce que t’en gardes comme souvenir ?

 

C’était il y a un an hier, le 17 Octobre. J’étais sur la plateforme de maintenance au-dessus du deuxième étage, c’était organisé par Cercle. Il y avait à peine la place pour jouer et puis le vide. C’est assez impressionnant. Tu vois l’étage qu’il y a au-dessous à 10 mètres mais surtout ce qui marque c’est la vue imprenable sur Paris. C’est vraiment le côté emblématique de la chose qui m’a plu. J’en suis fier, ça ne s’était jamais fait au moment où j’y suis allé. Un autre dj, Kölsch, y est allé il y a deux ou trois jours et ça m’a refait penser à mon concert. C’est un très bon souvenir, mais c’est également de la nostalgie parce que ça m’a fait réaliser que l’album avait deux ans ce qui est complètement ouf.

 

 

Merci Møme, l’interview touche à sa fin, est-ce qu’il y a un artiste de ton label DDM Recordings (Dealer de musique) que tu aimerais mettre en avant, présenter à nos lecteurs ?

 

Oui, InClose. DDM c’est vraiment un label ultra large en termes de direction artistique. On a du rock, de la minimale, du hip hop. InCLose c’est de la mimimal house/tech house et je trouve que ce qu’il fait est vraiment cool et il est en train de sortir des tracks de son EP, donc allez l’écouter ! Merci à vous !

Chroniqueur
  • Date de l'interview 834 vues18 octobre 2017
  • Tags Møme
  • Remerciements Antoine Marie
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