Interview de Montevideo

Interview de Montevideo

C’est dans notre ADN de chercher un compromis entre un guitariste et un DJ

Les Belges de Montevideo sont de retour après une absence de six ans, justifiée par la préparation d’un nouvel album attendu à l’automne prochain. On les a rencontrés aux Bains Douches à Paris lors de la release party de leur nouveau morceau Fun House, sur TIGERSUSHI RECORDS. L’occasion de poser quelques questions à Jean Waterlot, chanteur / guitariste du groupe.

 

On est à la release party du nouveau morceau Fun House qui sort aujourd’hui. Qu’est-ce que représente ce nouveau titre annonciateur d’un retour ?

On est ravis car c’est le morceau qui a été fondateur pour l’album. C’est toujours un peu le dilemme, une question assez compliquée : quel morceau sortir en premier quand on a dix titres pour ne pas forcément révéler le morceau le plus fort de l’album? Mais Fun House était une des premières maquettes quand on a abordé l’écriture de l’album, c’est donc tout un symbole de le sortir et de le fêter ici aux Bains Douches.

 


Votre 3e album – “Temperplane” sur TIGERSUSHI RECORDS –  arrive cet automne, six ans après le dernier album, “Personal Space”, lui-même sorti six ans après le tout premier “Montevideo”. Vous êtes un peu superstitieux ?

C’est assez fou parce que nous n’avons pas du tout fait exprès, on s’est rendu compte de ça il y quelques mois. Ce n’était pas voulu puisque l’enregistrement à New-York s’est déroulé il y a déjà plus d’un an et demi, avec beaucoup d’allers-retours avec notre producteur Joakim, notamment au niveau du mix et des arrangements. On a voulu se poser et trouver le bon label pour sortir ce disque, on n’a pas eu envie de se précipiter et commettre les erreurs produites sur les albums précédents. On est de plus en plus exigeants avec le temps. Entre le premier et le deuxième album, nous avons tous eu beaucoup de projets parallèles, un album electro avec Compuphonic (pour le projet MVSC et l’album “Sunderland” sorti en 2010), j’ai aussi rejoint Ghinzu en tournée… tout ça à un peu repoussé le reste. Cette fois, on s’est dit qu’il fallait reprendre à zéro, on a encore tout à faire en France et finalement ces six années sont tombées par hasard.

C’est donc la seconde fois que vous travaillez avec Joakim Bouaziz (à la production), dont vous rejoignez le label TIGERSUSHI RECORDS ?

Pour nous, c’était une sorte de continuité assez logique dans la mesure où l’on était très fiers de “Personal Space” (l’album précédent), très contents de la production, de l’apport et de la patte de Joakim, enregistré à Paris où il avait son studio. Il y a eu cette réflexion pour savoir si nous voulions rester dans la lignée de ce que l’on a fait à l’époque, avec la nouvelle mouture du groupe, c’est-à-dire un changement de bassiste, un guitariste en plus. On n’a pas trop réfléchi, même si il n’y a pas eu le côté international que l’on souhaitait, l’album a bien marché en Belgique avec une presse unanime, on était très contents de ça, donc on n’a pas fait les calculateurs en voulant absolument un Kanye West à la prod (façon de parler) ou en ayant peur que ça ne marche plus… Ça fonctionnait très bien comme ça, c’était naturel, alors c’était une évidence. Joakim, entre temps, avait déménagé à New-York où il avait créé un nouveau studio. On s’est dit que ce serait super d’être en immersion à New-York pendant un mois et de travailler sur ce disque. Ça s’est fait très naturellement, Joakim à écouté nos démos, à bien senti les maquettes et nous a dit qu’il fallait y aller ! On n’avait pas encore décidé de le sortir sur son label, on se posait la question, ce qui a aussi retardé un peu la sortie : aller chercher quelqu’un et faire écouter le projet… ce qui prend du temps. Alors on s’est dit que le plus naturel pour finir cette belle collaboration était de le sortir sur son label.

Il a trouvé la bonne formule pour vous plaire ?

Il a vraiment eu un rôle de médiateur, mais médiateur taiseux qui travaille à l’instinct ! Son studio est un endroit où tu peux faire ce que tu veux, tous les synthés sont allumés,  c’est un espace de jeu infini, avec Joakim toujours à l’écoute et pas du tout dirigiste. C’était vraiment le cinquième membre du groupe. Comme un Brian Eno le faisait pour U2, il y a eu un véritable apport de Joakim avec des propositions permanentes. On est tellement en perpétuelle recherche d’une identité sonore, ce qui prend beaucoup de temps dans un groupe, que c’était inenvisageable de travailler avec quelqu’un d’autre. On a trouvé une sorte de compromis entre le rock des débuts et la pop plus electro du second album. Travailler avec quelqu’un d’autre aurait chamboulé ce que l’on avait construit.

Fun House est un titre avec des sonorités beaucoup plus dreamy et une guitare acid, d’où vient cette inspiration ?

C’est dans notre ADN de chercher un compromis entre un guitariste et un DJ. On voulait retourner à quelque chose presque années 90, comme The Verve, Oasis (pas les gros tubes…), parce que c’est ça finalement un album, se remettre à la table de travail avec ce que tu écoutes dans l’instant, tes influences et les albums précédents digérés. J’ai énormément écouté les Beach Boys, que j’ai découvert presque trop tard, je voulais donc plus d’harmonies, plus de voix, me doubler, me tripler… On est arrivé à ça, autour de la dance, avec des guitares plus acid effectivement. On a aussi toujours été de grands fans de ce qu’il s’est passé à l’Hacienda à Manchester et tous les groupes de la Factory qui ont été une grande inspiration. C’est un peu tout ce mix qui est la résultante de ce morceau fondateur de l’album.

Ce premier morceau définit donc un peu toute l’ambiance de l’album ?

Je me souviens parfaitement de Joakim qui l’a très bien dit, d’autant plus en étant patron de label : “Pour moi c’est important de montrer aux gens dans quoi vous êtes maintenant et Fun House fait très bien cette conclusion entre tous ces morceaux.”

C’est ce que vous appelez la “Belgian nonchalant Pop immediacy” ? Qu’est ce que c’est ?

En fait, cette nonchalance me colle à la peau depuis que j’ai créé mon groupe, elle est plus liée à une personne très timide qui sur scène avait du mal à avoir, étant Belge, ce charisme à l’anglaise. Cette nonchalance vient du fait que nous sommes un groupe de riffs, assez brut, sans faire des milliers d’accords et de la musique “haute couture”. C’est ça la nonchalance, ne pas être là pour faire quarante accords mais simplement un riff, un beat, une voix, quelque chose de catchy qui s’assemble parfaitement.

Et plus globalement quelles sont vos inspirations dans la musique actuelle ?

Ça part un peu dans tous les sens ! Je suis très friand de Spotify ce qui me donne la possibilité d’écouter beaucoup de choses différentes, mon frère Pierre (batteur de Montevideo) l’est moins… Ce qui est très étrange c’est que j’écoute énormément de hip hop, c’est cette façon de lâcher prise sur les textes avec une prod de plus en plus osée qui me nourrit énormément en ce moment. Mais je redécouvre aussi mes classiques tout le temps. Je viens de retomber sur Wings (projet post Beatles de Paul McCartney), que je découvre encore une fois très tard mais je trouve ça vraiment génial, alors que je n’étais pas un grand fan de McCartney. Mais aussi plus récemment Andy Shauf pour sa pop mélo magnifique que j’ai écoutée en boucle pendant 6 mois… On est très différents dans le groupe, j’essaie de centraliser les énergies et c’est ce qui est intéressant, rassembler tous ces univers. Manu avec sa guitare est dans une dimension plus rock, moi je suis plus soul et rap (Tyler The Creator, Franck Ocean…) et mon frère reste une peu braqué sur DFA (Records)… C’est un peu toujours les mêmes inspirations qui reviennent, et ce n’est pas plus mal en fait.
Les frontières sont d’ailleurs de plus en plus minces entre les genres (Hip hop / Rock) dans la production, et c’est ce qui qui est intéressant en musique, pouvoir transcender les codes et arriver à cette liberté totale de création qui est incroyable. Je trouve que cet état d’esprit où l’on se cantonne à la scène qui nous définit est un peu fini, vous êtes rock vous resterez rock. Avec la manière dont les gens consomment la musique aujourd’hui, tout va très vite, d’un point A à un point Z sans transition.

Il y a une énorme effervescence de la scène musicale belge depuis quelques années (notamment la scène rap), vous le ressentez ? Ça motive ?

C’est difficile de s’identifier à une nouvelle génération, comme Romeo Elvis par exemple, que j’ai vu au Bataclan il y a quelque mois, mais la dégaine de ce mec est fascinante, c’est presque un rockeur ! Mais tout le monde à l’air de s’emballer un peu en disant que Bruxelles n’a jamais été aussi attractive musicalement, mais ça fait en fait 30 ans que ça dure, ça n’a jamais vraiment changé. Les Disques du Crépuscule, la scène post-punk, Ghinzu et consorts… ça se recycle, ça se renouvelle, de la bonne manière. Nous, on n’est pas hip hop mais ça fait longtemps que l’on fait partie des meubles à Bruxelles, donc pour moi ce n’est pas nouveau.

L’automne, ça parait loin… Comment allez-vous vivre cette période d’attente ?
Des concerts prévus ?

On va faire quelques dates de chauffe en Belgique avec des festivals petite catégorie donc on est assez enthousiastes. Mais aussi une date pour officialiser la sortie de l’album en février prochain, dans une petite salle de l’AB à Bruxelles. Je ne peux pas trop révéler ce qu’on va faire entre temps… Mais nous sommes ravis et pour la première fois de notre vie, avec la maturité, on aborde les choses plus sereinement. L’erreur que tu peux faire en musique est de vouloir jouer partout, tout le temps. Mais après avoir fait 150 concerts dans les centres culturels français, quand l’album sort, plus personne ne l’attend ou n’est étonné. La stratégie en musique est assez importante et doit être prise au sérieux, grâce à notre manager on ne fait plus ces erreurs. Un second clip, un package de remixes de Fun House… il y aura quand même des choses à se mettre sous la dent d’ici l’automne !

Alors, que se passe-t-il dans cette Fun House pour que vous souhaitez tellement qu’on y aille… ?

“What happens in the fun house stays in the fun house !” C’est un peu cette image d’un endroit apocalyptique, clairement quelque chose qui se passe la nuit. Avec Dan, qui a réalisé le clip, on a mis une belle image un peu décalée, encore plus à l’extrême avec ces nageuses de natation synchronisée, ce que je trouve génial et qui illustre bien ce lieu de perdition. Emmener la personne dans cet endroit où l’on va s’oublier !

Chroniqueur
  • Date de l'interview 462 vues28 juin 2018
  • Tags Montevideo
  • Remerciements Merci Jean & Chloé @Phunk Promotion
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