Interview de Pone

Interview de Pone

De toute façon moi je n’arriverais pas à faire tout le temps pareil, il fallait que je change.

Pour ton premier album solo, tu as enlevé le DJ devant Pone, est-ce que Pone et DJ Pone sont la même personne artistiquement ?

J’avais peur qu’en mettant DJ Pone sur l’album, ça me classe tout de suite dans un truc DJ, et ça ne me plaisait pas parce que mon album, c’est pas un album de scratch, avec des rappeurs, etc… C’est pas que je ne veux plus qu’on m’appelle DJ Pone mais c’est juste que, pour cet album, je pense que Pone était plus adapté. Et puis, j’avais envie de marquer un changement, tout simplement.

 

Comment décrirais-tu ton évolution ? 

J’aurais jamais pu faire un album qui ressemble à du Bridy Nam Nam, ou aux Svinkels… Pour moi, ça a été naturel et logique. Je deviens plus âgé, plus calme. J’ai toujours écouté beaucoup de musique dans pleins de styles, et j’ai toujours fréquenté beaucoup de gens très différents. J’ai un rapport très émotionnel à la musique, j’aime la musique violente et la musique très douce. Donc je ne me suis pas découvert, pour cet album, une passion pour les mélodies douces, j’ai toujours aimé ça. Donc c’est vrai que quand tu produis dans des groupes, tu n’as pas forcément le dernier mot, il faut toujours faire des compromis. De toute façon, moi, j’arriverais pas à faire tout le temps pareil, il fallait que je change.

Et toi qui a été un grand DJ, comment as-tu approché ton live pour Radiant ?

En fait, il y a eu deux lives. Un avec des musiciens que j’ai dû arrêter pour une question de budget, malheureusement, et le live que je joue maintenant pour cette nouvelle tournée où je suis tout seul. Je suis avec mes platines, j’ai pas de claviers ou autre. Y a eu un gros travail en amont pour construire ce live et, sur scène, je suis avec mon pad et ma platine comme je sais le faire, je scratche tout ce que je peux scratcher. Pour moi, que ce soit live ou dj set, c’est presque pareil, en tout cas dans la construction. En DJ set, je ne joue jamais mes morceaux, donc là, pour mon live, c’est assez kiffant !

 

Dans ton album, on ressent évidemment plusieurs influences, entre le Hip Hop et une musique électronique douce, parfois techno, ou même pop. 

Je pense que c’est surtout les voix qui amènent ce coté pop, mais on aurait pu les retirer, ça serait très bien passé.

 

Pourquoi avoir mis des voix alors ? 

Déjà y a eu des voix qu’on a pas gardées… Et, à la base, j’avais pas forcément prévu de mettre des voix sur tous ces instrus mais quand j’ai fait écouter le morceau à Jaw, tout de suite, il a posé quelque chose, et j’ai trouvé ça tellement bon qu’on l’a gardé. Pour moi, cet album, c’était l’occasion de poser une nouvelle base à ma carrière et je trouvais que c’était intéressant de faire une moitié d’instrus et une moitié avec des voix. Et puis, avec les voix, t’espères toujours qu’une radio puisse prendre la décision de le passer. Avec Slow Motion moi, j’espérais, bon, c’est pas arrivé malheureusement. Et puis, quand tu sais que tu peux avoir des chanteurs de talent, tu peux pas dire non. J’avais envie de me faire plaisir, avoir un super son. D’ailleurs, là, avec Superpoze, on va retravailler ensemble sur mon deuxième album, c’est sûr. Mais peut être que sur celui-là il n’y aura pas de featuring, ou peut-être un.

 

Mais c’est sûr qu’aujourd’hui, malheureusement, les radios veulent souvent des morceaux avec des voix… 

Oui, c’est quasiment indispensable, cette fois ça s’est pas fait, mais de toute façon j’ai fait cet album en indé, et j’ai appris beaucoup de choses, autant dans le business que dans plein d’autres domaines. Ce que je pensais être des désillusions sont devenus des trucs cools. Je me rappelle avoir quand même fait le tour des maisons de disques avec mes morceaux, même si j’y croyais pas, juste pour faire écouter mon truc. Et j’ai vu des gens accrocher. Après, y avait pas de single potentiel mais j’ai perdu 4 ou 5 mois à attendre des réponses. J’ai plus rien à perdre, maintenant. Finalement, le deuxième album,ça va être le plus simple, j’ai lancé le truc et les médias m’ont bien aidé.

Tu as dit dans une interview « il y a des ghost sounds que tu n’entends pas mais qui sont là », pourquoi avais-tu besoin de faire ça ?

C’est des trucs de geek… (rires) Y a des bouts de voix, ou des sons, jamais tu pourras savoir ce que c’est, et heureusement pour toi d’ailleurs ! (rires) C’est mon disque, c’est le premier que je sors tout seul, donc j’avais vraiment envie de me faire plaisir.

 

Quand on écoute ton album, on perçoit une certaine lumière mais aussi un coté froid. C’est dans cette optique là que tu as travaillé ton album ?

De toute façon, c’est un album qui m’a permis de sortir d’une période difficile. Je me suis remis à taffer en studio et ça m’a mis dans une bonne dynamique. Donc, oui, forcément, il y a un peu des deux. Y a beaucoup de douceur de Superpoze, et encore un peu de violence de ma part. La pochette raconte l’album, une tête froide avec de la chaleur autour. Et puis, cette dualité, ça fait aussi partie de mon personnage. Ma chanson préférée au monde c’est L’Amour et la Violence de Sebastien Tellier, elle est extraordinaire, elle me bouleverse à chaque fois.

 

Tu as dit dans plusieurs interviews qu’aujourd’hui, nous avons besoin d’une musique douce et de détente, et pourtant la techno, par exemple, n’a jamais eu autant de public. 

Oui mais quand même, tu ne peux pas nier qu’aujourd’hui, c’est beaucoup les trucs un peu planants qui marchent le plus, que ce soit dans le rap ou autre. Je pense que la musique doit répondre à une attente sociale, même si, souvent, c’est inconscient. Et aujourd’hui, les gens ont plus tendance à s’orienter vers des choses qui leur font du bien. Donc, moi, j’ai envie de faire de la musique que tu peux écouter chez toi.

 

Tu as été assez engagé politiquement, quel est ton état d’esprit à l’approche de la présidentielle de 2017 ?

On va bien se marrer ! (rires) Franchement, là, je sais pas quoi penser, ça a jamais été autant n’importe quoi. Moi, au premier tour, je vote toujours pour un Poutou ou quelqu’un comme ça, ça me parle plus. Mais là, c’est vrai que ça me fait peur, c’est quand même hallucinant, et c’est assez fantastique tout ce qui leur tombe dessus. Donc moi j’ai envie d’un peu de douceur, et je pense que les gens là n’ont plus envie d’être agressés, ils ne veulent plus de musique agressive.

Chroniqueur
  • Date de l'interview 1 334 vues 2017-03-17
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