Interview de RY X

Interview de RY X

RY X est la version nue et dépouillée de moi-même, de tout ce que je suis musicalement, c'est une version très personnelle et honnête de qui je suis.

D’abord, comment ça va ?

Ça va bien ! Je suis très heureux d’être à Paris, j’ai l’impression que je n’ai pas passé assez de temps ici que je n’ai pas fait assez de concert. La dernière fois c’était il y a un an et demi, en février dernier.

 

Pour commencer, une question un peu stupide: qui est RY X ?

Non ce n’est pas stupide du tout ! C’est moi, c’est la version nue et dépouillée de moi-même, de tout ce que je suis musicalement. J’ai de nombreux autres projets, mais RY X est une version très personnelle et honnête de qui je suis.

 

Comment travailles-tu, quel a été le processus créatif de ton album ?

Quand je fais de la musique d’habitude pour Howling ou The Acid par exemple, je base ma composition sur un ordinateur, un synthétiseur ou quelque chose comme ça. Pour RY X je suis tout seul dans une pièce, avec une guitare ou un piano, c’est beaucoup plus traditionnel. Ça me permet d’écrire des choses beaucoup plus personnelles. J’ai écrit cet album quand j’avais une maison dans les montagnes californiennes au-dessus de l’océan et j’ai passé de nombreuses nuits éveillé au coin du feu, seul, à écrire de la musique. Donc la façon dont je crée ma musique pour RY X est très naturelle, j’essaye de mettre mon esprit à nu, je ne peux pas écrire avec des gens autour de moi, pendant une tournée par exemple. Je dois faire ça entre des séances de Yoga, ou de surf, quelque chose de très simple.

 

Et tu composes comment ? 

Oui je commence par me poser dans un endroit calme, avec ma guitare, et je joue quelques morceaux. Une fois que j’ai la version instrumentale, j’ajoute les paroles. La musique m’inspire les paroles. Je chante juste ce que m’inspire la musique, au début je chante n’importe quoi, tout ce qui me vient.

 

 

Tu as l’impression que tu peux écrire des choses beaucoup plus personnelles avec RY X qu’avec The Acid par exemple ?

Oui, j’essaye toujours d’écrire des choses personnelles, mais je pense vraiment qu’avec RY X je peux parler de choses que je ne dirais jamais à quelqu’un, même à quelqu’un que j’aime ou dont je suis proche. Ça me permet d’atteindre un niveau d’expression très libre et profond, où je peux être vraiment très honnête.

 

Tu es plus honnête dans tes chansons que quand tu parles à quelqu’un ?

Peut-être… (rires) Tu sais, on est en train d’avoir une conversation tous les deux, on pourrait parler de plein de choses, mais il y a des trucs qu’on ne se dira jamais, et moi je fais des chansons avec ces choses-là. Je fais des chansons avec ce que je ne peux pas communiquer avec les gens dans la vie. Je ne le fais pas exprès, ça se fait tout seul.

 

Dans Dawn, je pense que Shortline est mon morceau préféré. Est-ce que tu peux m’en dire un peu plus sur ce morceau ?

Merci ! C’est un morceau que j’ai écrit il y a assez longtemps. Les paroles me sont venues après avoir lu beaucoup de poésie, et l’idée de ce morceau est vraiment de s’interroger sur les relations, les relations amoureuses. Après tu ne peux pas juste lire les paroles et comprendre exactement de quoi je parle, il y a plein de significations à trouver. Pour l’enregistrement, on l’a vraiment joué comme on le joue en live. C’est un de mes morceaux préférés aussi, je dois l’avouer… (rires)

 

Sur ton EP Berlin il y avait déjà une version de Shortline, mais la version de l’album est totalement différente. À part les paroles elles n’ont rien en commun.

Oui c’est un autre morceau. Souvent les gens dans l’art pensent qu’une fois qu’on a fait quelque chose on ne peut plus jamais la retoucher. Mais quand je fais de la musique, ça évolue. Ça fait longtemps que je joue ce morceau et petit à petit il a pris une nouvelle forme, et j’ai essayé de prendre ça en compte. Aussi pour mon premier album je voulais qu’il ait l’air d’un voyage, je voulais montrer tout ce que j’ai pu faire, pas seulement des nouvelles choses. Je voulais que ça fasse sens, c’est pour ça que j’ai laissé des anciens morceaux, pour que ça fasse un grand tout cohérent. Et pour revenir sur Shortline, je pense vraiment que la version de l’album est la bonne version finalement !

 

Je préfère cette version aussi !

Ça a pris pas mal de temps pour y arriver quand même… (rires)

 

Donc en fait tu ne penses pas qu’une oeuvre d’art est intangible ?

L’art évolue évidemment, et il faut laisser une place au changement dans l’art. Mais ça dépend des fois… Pour mon morceau Berlin je ne voyais rien à ajouter, il avait quelque chose, une certaine magie en lui, donc que je l’ai pas réenregistré pour l’album. Le but est toujours de présenter quelque chose de meilleur. Moi j’ai vraiment adoré revisiter mes morceaux en essayant de les rendre aussi bons que possible. La nouvelle version de Shortline représente l’état dans lequel je suis maintenant, l’ancienne représente l’état dans lequel j’étais, c’est normal que ça change, nous changeons.

 

Dans une interview tu as fait une différence entre l’art et l’argent, en disant que l’industrie musicale transforme souvent la musique en argent. Tu penses vraiment que l’art peut exister sans argent ? 

Je pense vraiment que ce n’est pas une bonne chose d’essayer de vendre l’art, de forcer les gens à acheter, en mettant ta musique dans une pub pour Coca-Cola par exemple. Ça ne fait pas sens pour moi parce qu’à mon avis les gens ont besoin d’un rapport très personnel à la musique, il faut que ce soit une rencontre entre un moment particulier et la musique. Il ne faut pas qu’on leur ait dit d’écouter, qu’on les ait trop invités à écouter cette musique. Quand tu écoutes un morceau qui te touche vraiment, tu penses à tout sauf à l’argent. Si tu parviens à créer un lien particulier avec l’art, l’argent n’a plus rien à voir avec ça. Après c’est aussi évident qu’en tant qu’artistes nous avons besoin d’argent, ça coûte énormément de faire un album. Mais l’art existe sans argent, c’est certain. Regarde, si on enlève la civilisation, la ville, il ne reste plus que la terre, et dans cette situation les gens auront besoin d’eau, de nourriture, d’amour, de relations humaines, etc… et forcément quelqu’un commencera à faire de l’art. L’art est beaucoup plus puissant que l’argent.

 

Revenons sur des considérations plus classiques, j’ai adoré Liminal, ton album avec The Acid, tu vas rejouer avec eux ?

On travaille toujours ensemble, on vient de tourner un film. On a des nouveaux morceaux à présenter bientôt. On a tous été pas mal occupés, après Liminal j’ai sorti un album avec Howling, maintenant je sors Dawn, mais oui ça va se faire.

 

 

Pour finir, on va faire une petite playlist, peux-tu me citer un morceau que tu écoutes depuis très longtemps ?

J’écoute beaucoup de compositeurs comme Philip Glass. J’écoute aussi énormément Yoshi Wada, c’est un Japonais, j’écoute souvent Earth Horns with Electonic Drone , c’est un morceau de 77 minutes, et je le mets pendant que je fais du Yoga, quand je veux être en paix. J’écoute aussi beaucoup de musique africaine, de la musique indienne aussi.

 

Un morceau récent que tu aimes ?

Daydreaming de Radiohead, ce morceau est magnifique.

 

Quelque chose dont tu as honte ?

Je suis assez fier de tout ce que j’écoute ! Je n’écoute pas beaucoup tout ce qui passe à la radio… Mais quand j’écoute, je me dis que même si c’est ringard ou commercial, si j’aime à un moment donné, ça va ! (rires)

Chroniqueur
  • Date de l'interview 1 170 vues 2016-05-09
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