Interview de Son Lux

Interview de Son Lux

Tu as commencé à jouer du piano quand tu étais enfant. Qu’est-ce qui t’intéressait ?

Je commençais à entendre quelque chose dans ma tête qui était différent de ce qui était écrit. J’apprenais la musique, je la jouais et je me disais tout le temps que je devais changer la musique. C’était le début de mes envies d’écrire. J’ai commencé à écrire mes propres chansons au piano à partir de rien.

 

Comment en es-tu arrivé à ton premier album ?

J’ai étudié la musique toute ma vie : de mes 5 ans jusqu’à l’université. J’ai étudié la composition et le piano à l’école. J’ai aussi grandi en jouant dans des groupes.

Personne dans ma famille ne travaille dans la musique. Je suis le mouton noir. Mais mes parents étaient très cools et m’ont vraiment encouragé.

J’ai rencontré ma femme à l’école. J’ai commencé à écrire de la musique pour elle, et pour ses danseurs. Elle est chorégraphe. Elle m’a vraiment poussé à écrire de la musique de danse pour d’autres gens. Grâce à ça, j’ai découvert beaucoup de techniques avec l’électronique et j’ai développé une certaine esthétique et de la fascination pour les sons créés par des instruments moins traditionnels. Je cherchais le potentiel du son au travers de la manipulation et de la juxtaposition d’éléments hétérogènes.

J’ai écrit de la musique pour différents genres de danse. Ça pouvait être plus ou moins abstrait.

Quand j’ai commencé à développer des idées qui étaient plus pop et avant même que je ne le sache, je créais en fait mon premier album. Ce n’était pas planifié, c’est juste arrivé comme ça.

 

 

« Bones », sorti le 23 juin, est ton quatrième album. Peux-tu nous en parler ?

J’ai créé un groupe pour la tournée du précédent album “Lanterns ». Je ne m’attendais pas à ce que l’alchimie que nous avions sur scène et hors scène soit aussi magique. Soudain, je me suis retrouvé au milieu d’une concoction très créative et très fraîche que je voulais capturer. Ensemble, nous avons tout un tas d’idées. Nous nous sommes découverts un esprit créatif très fort et nous voulions commencer un nouvel album dans ce contexte. Nous avons travaillé sur l’album sur la route de la tournée de l’année dernière, pendant les 160 concerts.

 

En quoi ça change d’écrire un album en solo et en groupe ?

Ça a vraiment été une progression naturelle parce que nous nous respectons mutuellement en tant que musiciens. Nous apportons chacun notre force au projet. J’ai vraiment confiance et du respect pour Ian (Chang) et Rafiq (Bhatia) et je trouve leur force là où je suis faible. C’était un processus très confortable.

Je menais toujours la barque mais chaque idée, chaque expérience que je faisais, je les faisais avec leur aval. Je testais mes idées avec eux et ils m’en apportaient de nouvelles.

Pour la première fois, j’ai écrit un album avec plus que mon ego et un studio. Ça peut paraître difficile mais ça ne l’était pas. Il y avait une telle énergie positive que nous étions constamment créatifs sur la route grâce aux expériences de chaque concert.

 

Tu avais déjà travaillé dans un groupe. Je pense à Sisyphus (Son Lux, Sufjan Stevens, Serengeti). C’était différent ?

Le projet Sisyphus était beaucoup moins rigoureux. C’était juste pour le fun : s’amuser et expérimenter.

Ce qui était génial également avec Sisyphus c’est que nous pouvions faire de la musique sans qu’il y ait de conséquences. On fait un album. Pas d’interviews. Pas de séances photo. Pas de tournées.

 

Donc « Bones » fait partie d’une « stratégie » ?

« Bones » fait partie d’une trajectoire, d’une histoire, celle de Son Lux. « We Are Rising », « Lanterns », mais aussi les EP comme « Ultimate Worlds », « Weapons », tout ça fait partie d’un projet plus ambitieux.

Nous prenons aussi en considération ce qui va venir après l’album, en particulier la tournée. Puis on pense au prochain album. Et à la prochaine tournée. Etc.

 

Que voulais-tu exprimer dans « Bones » ?

Il y a une sorte de contemplation de l’intersection entre l’expérience physique et l’expérience spirituelle. Autrement dit, la réalité telle qu’on l’imagine et celle vécue, le terrestre et l’extraterrestre, et la tension qu’il peut y avoir entre les deux.

L’album commence par Breathe In et se termine par Breathe Out. L’inspiration et l’expiration sont opposées mais identiques. Elles font partie du même process et sont toutes deux nécessaires.

 

Tu voulais confronter les opposés ?

Peu importe ce que tu cherches dans ma musique, il y a toujours l’aspect du contraste. Le blanc a besoin du noir, l’obscurité de la lumière. Il y a toujours une recherche d’éléments opposés et de contrastes.

 

Change Is Everything est le premier single issu de l’album. Le changement dont tu parles est celui de Son Lux comme groupe désormais ?

Oui et non. Toutes mes chansons sont importantes, peu importe la signification qu’on veut leur apporter. Il y a différentes métaphores qu’on peut donner à l’expérience de ce moment comme groupe. Nous nous changeons en trio. Son Lux évolue. « Bones » sert de fondation et au travers de ce nouveau groupe, je crée une nouvelle fondation. On peut faire des parallèles mais ça ne s’arrête pas là.

Il y a beaucoup d’autres significations qu’on peut apporter à ce morceau.

 

 

Tu as sorti « We Are Rising » en 28 jours. Le temps a une importance sur la création ?

« Lanterns » a pris 3 ans. « We Are Rising » a pris 28 jours. « Bones » a pris un peu moins d’un an.

J’ai produit et mixé un album de musique de chambre cette année. J’ai sorti une bande-originale de film. Nous avons fait une tournée. Il y a tellement de choses qui se passent. Au-delà de ça, je suis toujours en train de créer et de recréer la même matière. C’est important pour moi d’investiguer toutes les possibilités autour d’une même idée : finir quelque chose, l’écarteler, y trouver de nouvelles possibilités, ajouter des morceaux ou en abandonner d’autres.

Par conséquent, les choses prennent plus de temps à explorer. Et souvent, à la fin, au moment où je pense être proche du résultat, quelque chose arrive et change tout. Je me retrouve à pivoter vers quelque chose de complètement différent à la dernière minute.

 

Maintenant que tu es dans un groupe, c’est toujours aussi simple de changer radicalement d’idée ?

C’est même plus simple avec le groupe. Rafiq et Ian on des esprits créatifs pour me guider vers une nouvelle direction et m’aider à arriver rapidement à ce qu’elle doit être.

Sur « Bones », il y a un morceau qui s’appelle Flight. Je pensais en avoir fini. Je leur ai envoyé. Ian sentait qu’il manquait une partie importante sans pouvoir vraiment dire ce que c’était. On a alors ajouté « Are we now what we’ll be ? Are we fixed or free ? ». Je serais peut-être arrivé à la même conclusion mais j’étais tellement dans le morceau que je ne pouvais pas voir cette possibilité. Ça a été plus rapide grâce à leur réaction.

 

Tu as travaillé sur la bande originale du film Paper Town qui sort le 24 juillet aux États-Unis. Tu peux nous en parler ?

J’ai commencé à écrire pendant que j’étais sur la route ce printemps. C’est mon premier film en studio. C’est un film indépendant, une histoire d’adolescents basée sur un livre très populaire. C’est une sorte de Breakfast Club qui rencontre Juno. L’alchimie entre les gamins est très bonne et ça m’a donné l’opportunité de travailler sur différents genres de musique. J’ai travaillé avec un orchestre à cordes et je n’ai pas beaucoup eu l’opportunité de travailler dans un environnement traditionnel comme ça. J’ai appris mais peu pratiqué.

Avec un peu de chance il y a aura un album pour la bande originale pour que les gens qui n’ont pas la chance de voir le film puissent écouter les morceaux.

 

Tu as travaillé sur des pubs, des bandes originales, en solo, en groupe. As-tu une configuration préférée ?

J’aime vraiment tout. J’ai aimé travailler sur des pubs, c’est un bon challenge. Maintenant je ne suis plus obligé de faire des jobs chiants, je peux choisir seulement les projets qui m’intéressent et me créer un bon challenge artistique. Je travaille désormais directement avec les clients plutôt qu’avec des agences.

Je préfère faire plusieurs choses en même temps. Quand l’énergie n’est pas disponible pour un projet, je peux pivoter et travailler sur un autre. Si on ne travaille que sur sur un seul projet et qu’on perd l’inspiration alors c’est mauvais parce qu’il faut persévérer. Mais si on a cinq choses à faire en même temps, on peut peut toujours trouver un projet sur lequel dépenser son énergie.

 

Ça doit être plus fatigant de travailler sur autant de projets, non ?

Ça l’est moins. Chaque projet génère de l’énergie pour un autre. Si on se remet dans le contexte de l’école, est-ce que c’est plus fatigant de faire des maths toute la journée ou d’aller en cours de maths, puis faire de la physique, aller déjeuner, etc. ? Chaque partie est difficile mais on peut faire une pause et passer à autre chose. C’est comme ça que ça marche pour moi, je passe d’un projet à l’autre.

 

Tu as travaillé avec Nathan Johnson sur la vidéo de Change Is Everything. Qui a eu l’idée ?

Il a tout le mérite pour cette vidéo. Nathan est un créatif visionnaire follement talentueux. Je ne connais personne comme lui. Son frère et lui ont une boîte qui s’appelle The Made Shop.

Ils ont déjà réalisé la pochette de l’album de « We Are Rising » avec 28 bombes colorées placées en grille à la manière d’un calendrier. Les 28 bombes représentent les 28 jours pendant lesquels j’ai composé l’album.

Ils ont aussi créé la couverture et le logo pour « Bones ».

Nathan est aussi un compositeur de musique talentueux. Il a écrit la musique pour le film Looper sur lequel j’ai aussi collaboré. Il a écrit de la musique pour le film Brick. J’ai également travaillé avec lui sur le film Don Jon.

En ce qui concerne la vidéo de Change Is Everything, il est venu de lui-même avec l’idée. Je me suis dit que je ne devais pas comprendre ce dont il parlait, parce que ce que ça me paraissait impossible. Puis j’ai vu le résultat. J’ai réalisé que j’avais bien compris ce dont il me parlait. Ce que je voyais comme impossible, il l’a pensé « Faisons-le, bordel ! ». C’est comme ça que fonctionne Nathan. Il ne soucie pas de savoir si c’est difficile ou gênant. Il a une idée, et il trouve toujours un moyen d’y arriver.

 

 

Que peut-on attendre de la tournée à venir ?

Je suis tellement excité par cette tournée ! Nous avons déjà commencé à jouer 2 nouveaux morceaux : Change Is Everything et You Don’t Know Me. C’est les 2 chansons que nous jouons le mieux en live et pour lesquels nous avons une réponse très positive. Maintenant que nous écrivons de la musique comme un groupe, nous allons avoir un sentiment et une énergie incroyables sur scène.

Nous jouons dans de grandes salles et participons à de grands festivals. L’année dernière était géniale. Je pense que cette année va même être spectaculaire. Nous sommes meilleurs techniquement, en intégrant plus de technologies d’une façon qui est fluide et qui nous permet cependant d’improviser et de rendre chaque show unique.

 

L’album « Bones » est sorti le 23 juin sur le label Glassnote Records.

Interview réalisée le 4 juin 2015.
Remerciements : Ryan, Mélissa.

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