Interview de Stephen Malkmus

Commençons par le titre du nouvel album, "Real Emotional Trash" : comment a-t-il été choisi ?
Ca sonnait bien. J’avais d’autres idées en tête, mais une des filles du groupe, a insisté pour qu’on choisisse ce titre. Et en définitive je suis d’accord, c’est un bon titre. Ca n’a réellement de rapport ni avec l’ensemble des paroles ni avec la musique de l’album, ça reste simplement une expression frappante. On n’a pas choisi d’accrocher le public avec, mettons, une fille à poil sur la pochette, mais avec ce titre, frappant à notre manière.

Sur le plan musical, le début de l’album est très pop, le milieu de l’album fait figurer des chansons plus longues, plus complexes, plus sombres, puis toute la fin de l’album renoue avec cette veine pop du début.
Oui, c’est vrai, il y un flux et reflux d’humeurs sur ce disque, tu as raison, mais je ne sais pas vraiment quoi t’en dire de plus…

Vous semblez avoir beaucoup de plaisir, collectivement, à jouer sur ce disque.
Il y a de la vie dans notre son. Nous étions tous très motivés à l’idée de travailler sur ce nouvel album. Ca faisait vraiment longtemps que l’on n’avait pas eu l’occasion de jouer ensemble en studio. Pour le précédent album, c’est moi qui avais presque tout fait chez moi. Jenna, notre nouvelle batteuse, insuffle également une joie de vivre dans l’ensemble. On a toujours besoin d’éléments nouveaux pour être meilleurs, et je crois qu’elle apporte beaucoup à notre son et à notre musique, avec certaines harmonies vocales, certains chœurs…

Quelle est ta situation par rapport au groupe ? Tu composes et écris toutes les chansons, ou bien y’a-t-il une certaine collaboration ?
J’écris tous les morceaux, mais on a vraiment fonctionné comme un groupe : j’ai enregistré des démos vraiment très brutes, et les ai présentées au reste du groupe pour que l’on travaille dessus ensemble. Après tout, si les Beatles étaient un groupe, on peut aussi considérer qu’on est un vrai groupe. (pince sans rire) J’en serais un peu le Lennon et le MacCartney. Plus sérieusement, je ne me sens vraiment pas l’âme d’un dictateur… On pourrait très bien s’appeler The Jicks. On a gardé SM & The Jicks puisqu’on avait commencé par là, pour garder une certaine continuité. Notre label n’était pas très chaud à l’idée de garder juste “The Jicks”, peut-être également que ça aide à vendre. J’essaie d’insister sur l’aspect groupe autant que je peux, aussi souvent que je peux. Je crois que les choses se mettent naturellement en place d’elles-mêmes en live. Il y a trop de personnalité dans ce groupe pour qu’on le considère juste comme un backing band à la Chuck Berry.

Il y a aussi bon nombre de petits gimmicks dans cet album, comme ce son de guitare dans Cold Son.
Oui, c’est vraiment un son génial. Honnêtement je l’ai obtenu un peu par accident, en bidouillant les effets. J’avais trouvé ce son et j’étais en train de divaguer depuis plusieurs minutes avec ça, l’ingénieur du son a trouvé que c’était pas mal. Ca provient essentiellement d’une sorte de filtre placé sur la guitare. C’est assez difficile à contrôler… et comme je n’ai pas noté les réglages, je crois que je n’arriverai jamais à le rejouer. De la même façon, il y a cet énorme son crissant entre les deux parties de Real Emotional Trash. On ne peut pas réellement le dupliquer.

Ca rappelle l’histoire du larsen au début de The Queen Is Dead des Smiths. Johnny Marr expliquait qu’ils avaient obtenu ce son totalement par hasard, en faisant tomber une guitare…
Johnny est vraiment un type super. Il vit en partie à Portland à présent. Il joue avec un groupe de Portland de temps à autres. Il doit encore avoir une maison à Manchester ou à Los Angeles mais il passe vraiment beaucoup de temps à Portland. Il a l’air si jeune… On ne dirait pas qu’il est passé par toutes ces épreuves, qu’il a joué avec les Smiths dès le début des années 80…

Ton son de guitare se rapproche de plus en plus de celui de Neil Young – sans épilepsie.
Oui, d’une certaine manière, j’aime beaucoup sa manière de jouer sans aligner trop de notes… Si tu écoutes le solo de Cinnamon Girl, il n’y a quasiment qu’une seule note. Je ne suis pas du genre à aligner des millions de notes à la seconde, je préfère prendre le temps de laisser sonner chaque note. Pour en revenir à Neil Young, c’est un grand songwriter bien entendu.

C’est un modèle pour toi, ou bien te considèrerais tu plus proches d’autres grands comme Dylan (que tu as récemment repris sur la BO de "I’m Not There" ?
Je ne peux pas réellement me rapprocher de Neil Young, je suis vraiment trop lié à la Côte Ouest. Je l’apprécie beaucoup, mais ce n’est pas un modèle. J’aime Dylan également, mais je n’ai jamais essayé de faire comme eux ou de les imiter. Sur We Can’t Help You, je fais un peu mon Dylan, ceci dit.

Y’aura-t-il un single tiré de l’album ?
Oui, je pense, je ne sais pas quelle chanson ils ont choisi, peut-être Gardenia. C’est une chanson courte, avec un refrain accrocheur. On aurait malgré tout pu mieux enregistrer cette chanson. Ce n’est pas horrible, loin s’en faut, mais ce n’est pas tout à fait ce qu’on avait en tête. Les chansons courtes sont plus difficiles à réussir. Il faut qu’elles soient parfaites de bout en bout, on n’a pas vraiment le droit de se tromper. Sur un morceau plus long, on peut jouer deux minutes tout en s’accordant, avant d’entamer les choses sérieuses !

As-tu un instrument favori, une guitare fétiche ?
En fait je prends ce qui me tombe sous la main, je n’ai pas réellement d’instrument fétiche. J’aime bien les Jazzmaster. C’est difficile d’avoir une opinion tranchée, mais je suis plus porté sur les Fender que les Gibson. Sur l’album, j’ai joué sur presque toutes les guitares qu’il y avait en studio. J’aime bien essayer sans cesse des modèles différents pour obtenir des sons différents. Beaucoup de parties de guitare ont été enregistrées dans le studio de Wilco, ils ont un véritable Temple de la Guitare. Quand ils ont commencé à gagner leur vie à travers la musique, ils ont acheté des guitares… Moi j’ai acheté une maison…

Bon, la traditionnelle question sur Pavement…
Ah oui, quand est-ce qu’on se reforme, et tout ? Ca ne se produira pas. On a eu beaucoup de propositions, c’est vrai, mais on n’est pas allé plus loin.

Que penses-tu de cette vague incroyable de reformations ?
Je trouve ça super, les gens veulent le faire, le public a envie de payer pour voir ses idoles. Si les groupes veulent revenir, qu’ils le fassent, si le public a envie de les voir, qu’il y aille. Ca peut être bien de voir son groupe préféré jouer de vieilles chansons. En ce qui me concerne, j’ai plus envie de faire ce que je fais maintenant, de m’adresser à un public peut-être plus âgé. Je ne trouve pas ça très pertinent de vouloir à tout prix remonter dans le temps. Ce qui est dommage c’est que les gens adorent Pavement, mais se ferment un peu à ce qu’on fait maintenant. On doit se former une nouvelle audience, trouver des gens qui ont envie d’écouter des choses nouvelles. On n’aura pas beaucoup de jeunes de 18 ans qui s’intéresseront à ce qu’on fait, comme à l’époque de Pavement. Mais c’est normal, je n’en tire aucune amertume particulière…

Crédit Photos : Antoine Legond

Chroniqueur
  • Stephen Malkmus

    Pas de concert en France ou Belgique pour le moment