Interview de The Bewitched hands

Bien sûr ils ne vont pas réinventer la « pop » (la vraie) ; mais, à grands renforts d’harmonies vocales (ils s’y collent tous) et, de guitares carillonnantes (pas moins de 3 membres à la six cordes,) on ne peut que se réjouir de retrouver cette musique teintée de psychédélisme qui, plus élaborée dans sa conception qu’elle ne le semble, faisait « pschitt » durant les sixties, presque à la même période où une équipe de Reims aux noms glorieux inventait ce qui faisait et fait encore rêver, le « football Champagne ».

Si je commence à dire que votre musique est pétillante ce serait un peu redondant…

Niko (Basse) : Un joyeux bordel…

Anthonin (Guitare) : Avec le temps ça devient moins le bordel. Au départ on était un groupe de bar et on était dix sur scène, alors bien sûr c’était un peu le bordel. Le moindre tambourin qui traînait on le donnait à quelqu’un, tout le monde chantait mais maintenant on essaie d’organiser toute ça.

Ça semble s’être vérifié quand il a fallu enregistrer.
Anthonin : On adore être en studio et trouver de nouvelles idées.

Baptiste (Batterie) : En même temps, dans ce cadre on a tendance à en mettre des couches et des couches, un piano par ci, un autre truc par là. Quand on réécoute on se dit qu’il faut alors garder l’essentiel.

Anthonin : Aussi bizarre que ça puisse paraitre l’adjectif qui me vient c’est « simple ». J’aime la simplicité dans l’écriture des morceaux. À l’écoute ça doit rester fondamentalement des mélodies accrocheuses.

Les compositions sont quand même assez alambiquées…
Benjamin (Guitare) :  On aime bien sentir énergie et fraicheur ce qui fait qu’il y a un morceau comme Cold, enregistré live dans une grange voisine, avec Hard To Cry qui est le prototype de l’enregistrement sudio.

Anthonin : On essaie toujours de concilier un déversoir très rock et un réel travail dans les harmonies vocales.

Les harmonies, vous en faites tous…
Niko : On a eu du mal à organiser tout ça en studio car au départ, tout le monde chantait sur scène. Quand on est passé à l’enregistrement on a tout mis à plat avec des harmonies un peu plus poussées.

Baptiste : Le fait de tourner pendant un avant nous a pas mal aidés. On a appris à apprécier la voix de chacun.

Anthonin : C’est en studio qu’on a pu alors se dire que telle voix correspondait à telle ou telle harmonie.

Composez-vous en fonction de ces divers paramètres ?
Anthonin : On fait déjà de la pop donc lez côté « catchy » va de soi. En terme d’harmonies vocales, on a tous été dans des groupes avant. On n’était jamais plus de 3 ou 4 et là c’est parti un peu comme un collectif convivial. S’est greffé alors le problème de comment gérer tout ça mais on ne s’est jamais dit : « On va faire un groupe à la Beach Boys. »

Sébastien (Guitare, claviers) : Ça n’a jamais été une démarche esthétique de faire un groupe vocal. On était beaucoup à chanter, il a fallu l’organiser mais après coup.

Anthonin : En plus les six d’entre nous écrivons des chansons ; cela donne un panorama de styles qui peuvent se mélanger. Très souvent nous partons d’une idée ultra simple où tout reste à faire. Une fois qu’on bosse tous ensemble, on a le son un peu « bewitched » avec la mise en place, les harmonies, tout ça…

Niko : C’est aussi voulu d’amener des morceaux très dépouillés de façon à ce que chacun puisse apporter sa touche personnelle.

Une autre particularité est ce mur de guitares et le fait de reproduire ça en live.
Anthonin : La question est en fait inverse parce que le problème qui se posait pour nous était de reproduire cela sur disque. On avait déjà 3 ans d’existence, on avait fait beaucoup de concerts et tout existait déjà.

Niko : On aurait pu enregistrer genre « live » mais on a plutôt voulu prendre la direction de peaufiner tout ça.

Anthonin : C’est assez facile avec les ordinateurs, on a un studio à nous du coup on a pu prendre beaucoup de temps, 3 ans sur certaines pistes.

Et les guitares alors ?
Anthonin 
: C’est comme les chanteurs et heureusement qu’il n’y avait pas 3 batteurs non plus. (Rires). Au niveau « live », Ben et moi on est en rythmique et Seb c’est surtout les arrangements.

Niko : Ça vient aussi des artistes qu’on a écouté, des groupes où il y avait toujours beaucoup de guitares. Seb joue sur une Gretsch, il a un son un peu tranchant, Anthonin joue plus dans les aigus et Ben avec son vieil ampli Vox.

Anthonin : C’est une manière de se compléter d’un point de vue rythmique.

Outre le côté ensoleillé, il y a aussi un petit ton gouailleur à la Small Faces comme sur Birds & Drums.
Anthonin : Je ne les connais que vaguement. La gouille c’est lié au fait d’avoir un disque spontané. Il y a plein de groupes qui ont fait des disques avec peu de moyens et qui, quand ils en ont eu, ont réalisé des choses moins bonnes. Je préfère presque toujours les versions « demo ».

Baptiste : Dans un premier jet, il y a plus d’émotion. Pour polir une maquette on garde toujours la version initiale comme point de repère.

Anthonin : Quand tu enregistres directement ce que tu as écrit, tu es dans l’humeur de ce que tu as créé. Plus tu réenregistres, plus tu perds cela. Par conséquent on se soucie peu s’il y a une fausse note ou un micro mal placé et on se refuse à privilégier la technicité.

Que représente pour vous l’aspect technique ?
Anthonin : Il est important dans la mesure où il sert l’idée que tu as.

Niko : On s’est aperçu que le côté technique de l’enregistrement est déjà assez compliqué d’ailleurs. On a donc pris le strict minimum pour pouvoir arriver à nos fins. On a fait mixer l’album par un copain issu de la scène électro, Yuksek, parce que ça dépassait totalement nos compétences.

Sébastien : Ça a permit aussi d’avoir un recul par rapport au travail que l’on fait d’autant que c’était quelqu’un de confiance qui nous connait bien.

Anthonin : Qu’il vienne d’un autre univers musical n’était pas forcément voulu mais c’était intéressant car on avait tendance à mettre les guitares en avant et lui, venu de l’électronique, est plus dans le rythme et la dynamique basse/batterie.

Et la production ?
Sébastien 
: Elle vient de nous-mêmes sauf sur Hard To Cry où on avait perdu un peu le fil du morceau et c’est lui qui l’a reconstruit. C’est pour ça qu’il est très différent, avec non pas le format couplet/refrain mais avec plusieurs montées. Yuksek a tout recomposé en partant des bandes.

Niko : En même temps on est six à avoir des idées d’arrangements. Celui qui ramène le morceau en devient un peu le chef d’orchestre.

Anthonin : Mais on ne veut pas d’un groupe où quelqu’un vient avec un titre et les autres ne sont que les musiciens. De toute manière, même si on arrive avec quelque chose de presque abouti il va forcément changer, même dans la structure.

Marianne, quel va être alors ton rôle ?
Marianne : C’est tout un travail sur m’émotion. Avant on était trois filles alors bien sûr…

Anthonin : Je suis un grand fan des Pixies. La voix féminine apportait de la douceur à ce qui était assez criard et, quand je pense à Marianne, je pense immanquablement à celle de Kim Deal. On a chacun des voix très différentes, Sébastien est dans les graves, Ben aussi, Niko et moi on est plutôt dans les aigus. Après on utilise les voix comme des instruments, des textures sonores.

Vous avez mentionné les Pixies ; moi j’ai pensé à un groupe comme Sparks ; période "Kimono My House" ou "Propaganda"…
Anthonin : C’est vrai que le côté ironique est présent chez nous, je dirais potache. On adore aussi Ween ou Pavement.

Diriez-vous qu’il y a chez vous un côté subversif à cet égard ?
Sébastien : On introduit juste un petit décalage. Rien n’est jamais à prendre totalement au premier degré.

Anthonin : Ce que j’aime chez Ween c’est leur façon d’approcher les clichés rock.

Sébastien : En même temps ils les respectent. Ils jouent avec certains codes du rock.

Vous aussi vous jouez avec…
Anthonin
: C’est sûr ; dans Work on joue avec le côté épique en disant : J’arrive comme un héros/Je donne le meilleur de moi-même. Ça a un côté un peu mégalo.

Niko : Dans le travail de studio on se dit parfois que ce serait bien si on pouvait faire un truc à la We are the world. Mais c’est autant sérieux qu’ironique et en aucun cas de la moquerie.

Baptiste : Ce serait un mix entre Guns and Roses et Neil Young (Rires).

C’est large…
Sébastien 
: C’est également lié à la génération du « home studio ». On a tendance à utilser les codes que nous donnent les moyens techniques…

Anthonin : Un peu comme Beck qui est quelqu’un qu’on a beaucoup écouté.

Vos références sont plutôt les sixties, n’y a-t-il pas un aspect nostalgique ?
Sébastien : Le problème est qu’on aurait peut-être pas sorti de disque à l’époque. Là on a pu le faire sans être signés. Si on avait pas eu ces moyens on serait peut-être encore à Reims à faire des concerts.

Anthonin : Et puis je crois qu’à l’époque les groupes faisaient leurs trucs de façon aboutie. Ils les répétaient, les jouaient en concert et après ils allaient en studio. Ils étaient donc déjà comme des ingénieurs du son, des professionnels..

Benjamin : Et en trois jours l’album était sorti…

Tout le monde n’avait pas non plus George Martin…
Anthonin : Exactement. Il y a eu un album de Nick Drake qui je crois a été enregistré en deux heures. Depuis 50 ou 60 ans que la pop existe on a toute une culture de la production et comme on peut jouer avec des codes de musique, on peut jouer aussi avec des codes de production. On a des idées très précises sur comment doit sonner telle guitare, telle reverb’ ce qui fait qu’on est pas véritablement nostalgique de ce qui se passait avant.

Et le titre de l’album, "Birds & Drums" ?
Sébastien : On nous a parlé d’un disque de XTC, "Drums & Wire". C’est un groupe qui nous parle.

Et le nom de votre combo ?

Ben : Au départ on s’appelait The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads. Et puis on s’est débarrassés de ce côté un peu psychédélique qui nous ramenait à nos pojets personnels divers avant que le groupe n’existe.

Anthonin : The Bewitched Hands correspondait à ce que nous étions à ce moment-là ; à savoir un truc assez folk.

Tout comme le fait de chanter en Anglais…
Sébastien et Ben : C’est le langage pop-rock par excellence !

Chroniqueur