Interview de Tom Sweetlove

Entretien avec Maxime Le Hung, membre du collectif liégeois JauneOrange, guitariste de Tom Sweetlove et membre unique de H.L.M.

Pourquoi avoir créé le collectif JauneOrange ?
Maxime : C’est dû à un manque de structure à Liège pour acceuillir les jeunes groupes, pour les produire, pour les produire sur CD, pour que eux se produisent sur scène. Il y a plein de choses qui ne se font pas à Liège et plusieurs groupes dont Tom Sweetlove, dont je fais partie, se sont assemblés et se sont dit : « Tiens, on va se mettre ensemble ». C’est le dicton belge « l’union fait la force », c’est la devise de la Belgique. Donc on a mis ça en application.

Lors de la création de JauneOrange, quels étaient les objectifs et les attentes ?
Il n’y avait aucun objectif précis, l’attente c’était de se faire un peu connaître via internet. Au tout début c’était juste faire une page avec tous les noms des groupes liégeois qu’on connaissait et « de qualité ». Il n’y avait rien d’autre, c’était juste pour qu’ils existent quelque part sur internet, qu’on puisse dire « Ah oui, ce groupe là je l’ai vu sur un site ». Il n’y avait rien d’autre, on ne pensait pas organiser des concerts ou passer à la radio.

Quel a été le plus qu’a apporté internet ?
C’est surtout des rencontres qu’on a pu faire à gauche, à droite, au Luxembourg surtout avec Own Records. Il y a aussi Helio de Matamore et plein d’autres rencontres : Mélatonine, Tomek et puis maintenant on s’attaque aux Pays-Bas. On a découvert un ou deux labels très intéressants aux Pays-Bas qui pourraient collaborer avec nous. On a d’autres contacts au Brésil, en Espagne. C’est ça le principal avantage d’internet.

Quels sont les styles de musique abordés par les artistes de JauneOrange ?
On peut dire que cela couvre l’étendue de ce qu’on pourrait appeler la musique indie contemporaine : de l’électro jusqu’au rock en passant par le post-rock.

Et l’actualité du collectif concernant les groupes qui y sont depuis le début ?
Je vais commencer par le mien, Tom Sweetlove, car c’est celui que je connais le mieux. Le progrès, c’est que l’on a réussi à jouer dans les meilleures salles de la ville tout en étant un groupe, au départ, totalement inconnu ; on peut dire que peu de groupe à Liège l’ont fait. On a fait des premières parties très intéressantes, de Calla au Botanique à Bruxelles qui est une des salles les plus grandes et les plus réputées de Belgique, ainsi qu’une première partie de l’Altra au Luxembourg peu de temps après, au mois d’avril. Ca n’aurait pas pu arriver si on n’avait pas fait partie de JauneOrange. On aurait été un petit groupe comme les autres à ramer, à jouer dans des petits cafés-concerts et, au lieu de ça, en l’espace d’un an et demi d’existence, on a joué à la Zone, l’Escalier -ce sont les premières salles de Liège- ainsi qu’à Bruxelles, au Luxembourg. A la rentrée, on jouera sûrement à Namur et à Andenne.

Concernant les autres groupes, y a-t-il déjà des signatures ?
Oui, il y a une signature sur un vrai label, si l’on peut dire. C’est le label Soundstation, un des 3 ou 4 labels wallons. C’est My Little Cheap Dictaphone qui a signé dessus. Il va sortir un album au début de l’année prochaine et il va enregistrer au mois d’octobre avec Mike Mogis de Bright Eyes, un excellent groupe américain alternatif, qui a déjà un peu bossé en Belgique sur Sharko et Melon Galia.

De combien de groupes est actuellement composé JauneOrange ?
De mémoire, je crois que c’est douze. Mais bon, il y aura sûrement des entrées et des sorties d’ici quelques mois.

Quels sont les futurs groupes de JauneOrange ?
Pas tellement d’entrées, peut-être Girls In Hawai, qui sont nos invités du mois d’août. Je ne pense pas qu’il y aura tellement d’entrées. Plus de sorties que d’entrées en tout cas.

Quelles sont les raisons qui les poussent à quitter JauneOrange ?
Ce n’est pas le fait de quitter JauneOrange, c’est le fait qu’ils arrêtent, qu’ils passent à autre chose.

Passons maintenant à Tom Sweetlove… Quelles sont les influnces du groupe ?
Les influences… elles sont assez variées, chacun d’entre nous écoute des trucs assez différents. Patrick (le batteur) écoute beaucoup de jazz, de l’électro, du post-rock, un peu moins maintenant mais il en a beaucoup écouté avant. Jean-Michel, le guitariste, écoute un peu de post-rock, pas énormément, et beaucoup de chansons françaises, comme Dominique A et Françoiz Breut. C’est aussi un grand fan de Will Oldham, il aime bien les songwriters un peu triste. Puis Henri, lui, il écoute des trucs rock’n’roll complètement barrés, je n’ai pas de nom en tête… Guitar Wolf entre autres. Moi, j’écoute du post-rock et puis surtout du rock indépendant, des trucs plutôt calmes.

Vous vous démarquez des autres formations post-rock par l’utilisation fréquente des percussions et aussi parfois du mélodica. Pourquoi avoir fait ce choix et quels sont les apports de ces instruments?
Le mélodica, déjà, on ne s’en sert plus vu qu’il est cassé et qu’on n’a pas d’argent pour s’en racheter un autre (rires). Pour les percussions, on n’a pas dit « Tiens, on prendrait bien des percussions ». Henri est venu un peu jouer avec nous quand le groupe n’existait pas encore vraiment, à la fin de Tokyo House, quand on cherchait de nouveaux musiciens. A la fin de Tokyo House, il ne restait plus que Christophe (le chanteur) et moi. Puis Jean-Michel, qu’on connaissait depuis quelques années, est arrivé. Puis Christophe est parti parce qu’il se sentait un peu exclus et qu’il n’avait pas vraiment envie de faire cette musique-là. Donc j’ai rappelé mon cousin, Corentin, qui est bassiste maintenant. Puis l’ancien bassiste de Tokyo House, Patrick, est revenu, parce que c’est lui qui avait fait splitter le groupe et il est devenu batteur. Il a amené avec lui Henri, qu’on connaissait un tout petit peu, de vue, qui est percussionniste. On a fait deux ou trois répétitions, deux ou trois jams, et ça marchait bien. Et puis officiellement, on est devenu Tom Sweetlove au mois de février 2000.

Vous êtes un groupe essentiellement instrumental, compez-vous incorporer du chant à l’avenir ?
Il y a déjà une chanson où l’on chante. C’est en fait une chanson de H.L.M. que l’on a repris dans le groupe. Peut-être que dans l’avenir on reprendra deux ou trois chansons d’HLM. Ca dépend si elles rentrent bien dans le contexte du groupe.

Donc c’est toi qui te chargera du chant ?
Oui, et Patrick aussi, on chantera en duo. ce ne sera pas primordial dans l’avenir du groupe en tout cas.

Quels sont les projets de Tom Sweetlove dans l’immédiat et à plus long terme ?
Dans l’immédiat, on sort le CD démo live intitulé « 4% » que je suis en train d’envoyer à gauche à droite pour avoir des chroniques, des interviews, des dates de concerts. Puis j’ai reçu quelques réponses pour des interviws, deux propopsitions de concerts pour l’année prochaine. Puis… j’attends la suite.

Un album est prévu ?
On aimerait bien enregistrer dans l’année qui va venir. Peut-être pas un album, mais un six-titres en studio.

Comment vois-tu l’évolution musicale de Tom Sweetlove par rapport aux deux titres parus sur la compilation de JauneOrange ?
Les deux titres de la compilation JauneOrange, c’est pratiquement les deux premiers qu’on a fait. C’était deux mois après la naissance du groupe. On ne va pas dire qu’on les renie mais on a évolué comme chaque groupe évolue. Ces deux titres ont des qualités mais… « Carrousel », on va le garder, mais le changer. « A Stranger », on ne va plus la jouer de toute façon. On est passé à un truc plus… pas plus calme, mais plus nuancé peut-être que ce qu’on faisait au début. C’est normal, c’est l’évolution du groupe.

S’il y avait un groupe dont Tom Sweetlove se sent proche, ce serait lequel ?
(rires) Je ne veux pas être le porte-parole à la place des autres, je ne sais pas…

Alors, personnellement, qu’en penses-tu ? Pas forcément au niveau de la musique, mais au niveau de l’esprit…
Je ne sais pas, je n’ai pas vraiment d’idée… Concernant la musique, j’aimerais vraiment me rapprocher de Godspeed You Black Emperor!, mais bon, c’est quasiment impossible. Ils sont dix sur scène, on est cinq et leur musique est quasi symphonique. On n’est pas vraiment post-rock à 100%. On est entre post-rock et le rock indépendant. J’écoutais hier Elysian Fields et je trouve qu’il y a un truc, une espèce de ressemblance dans la manière d’aborder l’ambiance, un peu chaude, un peu sensuelle. Le post-rock, généralement, c’est assez froid, c’est mécanique et je crois que l’on n’est pas aussi froid et mécanique que les groupes de post-rock normaux. C’est peut-être dû au percussions qui rajoutent une touche un peu acoustique. A mon avis c’est dû à ça.

Finissons maintenant par H.L.M., ton projet solo. Il est complètement différent de Tom Sweetlove. Est-ce que, pour toi, c’est davantage une récréation, ou est-ce vraiment un projet très sérieux que tu comptes prolonger ?
C’est plus une récréation. Ca date de l’époque où Tokyohouse existait encore, où je composais la moitié des chansons. Il n’y avait pas vraiment de nom, j’ai trouvé un nom à la va-vite. J’ai fait quelques concerts, mais ce n’est pas vraiment mon but de m’améliorer dans ce style-là.

Pas de projet d’avenir concernant H.L.M. ?
Peut-être une démo d’ici un an ou deux, mais pas vraiment de projets.

D’où puises-tu l’inspiration pour tes textes ?
De problèmes sentimentaux. Les trois-quarts des chansons que j’ai composées, c’était quand… Pas vraiment de problèmes sentimentaux, parce que je composais même avant mes problèmes sentimentaux (rires). Disons que je me suis bonifié grâce à ça. L’inspiration… c’est dur à dire. Chaque fois, avant de composer une chanson, je me demande un petit peu comment je vais faire pour arriver à trouver puis, d’un seul coup, il y a un truc qui vient, ça vient tout seul, c’est difficile à expliquer. Ca se renouvelle à chaque fois. A chaque chanson, il y a un nouveau processus qui se remet en marche.

Est-ce qu’il y a un artiste ou un groupe qui t’a donné envie de faire de la musique ?
C’est les Beatles. Quand j’avais 9-10 ans, ma mère m’a offert le double rouge et le double bleu des Beatles en cassette. Mon rêve, à ce moment-là, c’était jouer les chansons des Beatles à la guitare. Jouer « I Feel Fine » ou « Ticket To Ride ». Je me suis dit, je ferai ça plus tard et voilà. Sinon, dans les contemporains, on peut dire que c’est Sophia qui m’a le plus influencé dans la manière de composer, et les textes, et la musique.

Au niveau de la scène rock belge, dont on parle beaucoup, est-ce que le collectif JauneOrange a des connexions avec cette scène ? Ou vous sentez-vous complètemet à part ?
Comme dans chaque pays, on appelle la scène rock les groupes qui sont médiatisés, comme, chez nous, dEUS, Venus, Zita Swoon, Arid, des trucs comme ça. Et puis tu as, en-dessous, la scène rock que certains osent appeler « alternative ». Et il y a la vraie scène underground, c’est la scène pas des connaisseurs mais de ceux qui fouillent un petit peu. On fait plutôt partie de cette scène-là, avec d’autres labels en Belgique, comme Studio Muscle à Gand ou Morc Records aussi, des structures un peu similaires à JauneOrange et qui travaillent totalement dans l’ombre, qui sont quasi-inconnus du grand public et qui fournissent un travail de très grande qualité.

Chroniqueur
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