Interview de Tropics

Comment as-tu commencé à faire de la musique ?

J’ai commencé à utiliser de vieux ordinateurs qu’on m’a donnés quand j’avais 12 ou 13 ans sur lesquels j’écrivais des histoires. Puis j’ai réalisé que j’avais des copies de logiciels de musique comme Cubase. Je découpais des chansons. Je jouais aussi de la batterie et en enregistrais des morceaux.

J’ai juste continué à produire de la musique moi-même dans ma chambre. J’ai commencé à faire du hip-hop à 16, 17, 18 ans et samplé des morceaux de Motown. Ça a continué à évoluer et évoluer jusqu’à ce que je fasse ça plus sérieusement.

J’ai toujours été un producteur de musique d’une façon ou d’une autre.

 

Tu as sorti l’album « Parodia Flare » en 2011. Que s’est-il passé entre cet album et le nouvel album « Rapture » ?

Nous avons fait beaucoup de concerts. Nous n’avons pas tourné de manière intensive, mais d’une semaine à l’autre nous étions dans un pays pour un show. Ça nous a vraiment changé et ça a formé ma vie.

J’ai sorti 2 EPs qui avaient plus d’impact que « Parodia Flare » pour moi : « Home & Consonance » et « Popup Cinema ». J’essayais de trouver un nouveau son et de développer ma voix un peu plus.

J’ai changé de ville. J’ai voyagé un peu. J’ai fait beaucoup de choses que je voulais vraiment faire pour grandir.

 

 

Quand as-tu commencé à écrire « Rapture » ?

J’ai commencé à l’écrire il y a presque 2 ans. J’ai travaillé en studio un peu plus. Je ne l’avais pas beaucoup fait avec « Parodia Flare » : j’avais tout fait chez moi sur mon ordinateur portable. C’était intéressant de sortir et d’utiliser le studio pour enregistrer la batterie en live.

 

Ta voix est plus présente sur cet album. C’était voulu ?

Tout à fait. J’ai entièrement changé la façon dont je fais de la musique. J’ai mis l’ordinateur de côté, j’écris la musique au piano, je chante et écris toutes les paroles. Avec « Parodia Flare », je créais juste des beats en utilisant l’électronique et je posais ma voix dessus. Je suis plus confiant pour chanter.

 

Tu étais moins confiant sur ton précédent album ?

Oui. J’avais 21 ans. Je n’avais jamais chanté avant. J’essayais juste de mettre des tonalités dans ma voix. J’essayais d’y mettre des mots. C’était la découverte en quelque sorte.

J’ai regardé des vidéos sur comment chanter, comment respirer quand on chante, comment enregistrer la voix comme il faut, sur les différents types de micros. J’ai pratiqué, pratiqué et pratiqué. Puis j’ai écrit toutes les chansons pour « Rapture ».

 

Tu écris d’abord les paroles puis la musique ou l’inverse ?

J’écris les paroles et la mélodie ensemble. Puis je produis avec toute la musique de fond et la batterie, y ajoute de la texture, etc.

 

« Rapture » ressemble à une bande originale de film qui raconte ta vie, non ?

C’est un album très personnel, en effet. C’est très cinématique. Je ne pense pas que ça soit encore assez bon pour un film. (rires) Je pense que ça s’est écrit naturellement. J’étais dans état où j’ai commencé à écrire d’une manière plutôt triste, presque théâtrale d’une certaine façon.

 

 

Tu parles beaucoup des relations. 

Les relations me touchent comme tout le monde. J’ai juste réussi à les relier à ma musique. C’était naturel. J’essaie de mettre ma vie personnelle de côté. Mais c’est comme un aimant. Je l’ai donc juste embrassé plutôt que de la mettre de côté. J’ai juste essayé d’incorporer ma vie dans la musique et voir ce que ça donnerait.

 

C’est peut-être aussi une façon pour toi d’évacuer tes sentiments ?

Ça marche exactement comme ça. C’est étrange parce que pour moi c’est comme une thérapie. Une fois que c’est fait et que c’est sorti, c’est la fin d’un chapitre. Je peux avancer dans ma vie. Ce dont je voulais parler est sur un album comme une œuvre d’art ou quelque chose comme ça. Ça m’aide d’une certaine façon.

Pourtant je ne suis pas quelqu’un de triste qui déprime facilement. Peut-être que je suis un peu naïf.

 

Tu exprimes beaucoup de regrets et te remets en question sur l’album. Tu te sens peu sûr de toi-même ?

Je ne le suis pas autant que je l’ai été. Quand il y a beaucoup de drames dans ta vie, que ce soit dans l’amour, l’amitié, la famille, peu importe, c’est plus facile de se questionner soi-même.

 

Et trouver des réponses ?

Je ne pense pas en avoir eu besoin. Naturellement, je suis passé à autre chose en étant capable de faire un album.

 

Blame est le deuxième clip issu de « Rapture ». Tu peux nous en parler ?

Par chance, je suis en charge de tout le contenu créatif. Je suis venu avec mes idées pour les clips, la pochette, etc. Je voulais faire quelque chose de très coloré par rapport à ce que j’avais pu faire auparavant.

J’ai pensé que ça pouvait être bien si je pouvais relier ce qui définit la pochette de Blame avec les liquides colorés et la pochette de l’album où les gens se demandent pourquoi je suis allongé de côté. J’ai mis ça en images avec le réalisateur : on échangeait des idées sur des émotions qui tourbillonnaient et je voulais les voir bouger.

 

 

Il y aura d’autres vidéos pour cet album ?

Je tourne le dernier bientôt pour le titre Kwiat. Il ne sortira pas en single, mais on a eu le budget pour une troisième vidéo. C’est génial !

Nous ferons quelque chose qui est aussi très arty : des coups de pinceau, de la couleur, de l’art des années 80 en mouvement. Ça sera comme une sorte de vidéo d’animation.

Je suis content de me retrouver avec 3 clips totalement différents pour ce projet. J’ai adoré avoir eu l’opportunité de tourner des clips. L’une de mes activités favorites, en dehors de la production musicale, c’est la vidéo.

Il y a tellement de clips qui se ressemblent de nos jours. J’en ai fait. Un clip où une fille danse en fond, un peu flou, et le chanteur devant. Parfois sur la plage, parfois dans la forêt. C’est bien de se donner la chance de pouvoir faire quelque chose d’un peu étrange et original.

 

Donc tu aimes expérimenter la musique et la vidéo ?

Oui, quand ça fonctionne ensemble. Je pense qu’il y a tellement de textures et d’ambiances dans ma musique, que le visuel en bénéficie.

 

Quand tu écris de la musique, tu vois des images ?

Oui, occasionnellement. Parfois je vois la pochette avec la couleur.

 

C’est un peu de la synesthésie, non ?

Oui, exactement. C’est clairement relié à ça.

Avec la musique que je fais actuellement, je vois une sorte de forêt colorée, violette, très boisée. D’autres fois, je vois des textures, de la peinture sur du bois, des choses comme ça. Ça paraît assez bizarre.

 

Où puises-tu tes influences ? 

J’aime beaucoup lire. Parfois je suis inspiré par la mode. J’aime voyager et j’ai été chanceux de pouvoir beaucoup le faire. Je suis inspiré par la rencontre avec les gens, la famille, mais aussi la photographie ou la nourriture.

 

Aimerais-tu collaborer avec d’autres artistes ?

Oui. J’y travaille actuellement, mais je ne peux pas trop en parler. J’aimerais travailler sur un projet plus féminin : ma musique avec la voix féminine parfaite. J’y pense en ce moment. On verra bien.

 

Sur un autre EP ou un autre album ?

Oui. Ou peut-être sous un tout autre nom…

 

Tu es en tournée actuellement. C’est différent de ta tournée précédente ?

Oui. Pendant longtemps nous avons beaucoup joué les derniers EPs. C’est bien d’avoir ce tout nouvel album à jouer devant les gens. Nous nous sentons plus confiants et plus à l’aise.

Nous sommes 3 en live, moi compris.

 

Tu te sens comment de jouer à Paris ?

Je suis vraiment excité. J’y ai déjà joué 3 fois. Nous avons principalement fait des premières parties.

C’est bien d’être ici chez Because et me dire que j’vais pouvoir faire plus de bruit.

 

Que peut-on attendre de Tropics cette année ?

Nous faisons quelques festivals. Je suis impatient de sortir le nouveau clip. Je vais voir comment faire mes concerts de manières différentes avec des projections sur les murs. Je vais travailler aussi de nouveaux morceaux.

Après la sortie d’un album, il y a toujours un creux. Je pense que cette fois je veux voir comment je fais de la musique juste après, travailler sur un nouvel album  de suite et essayer de le sortir juste un an après. Il devrait sortir pour février (2016), mais je ne sais pas si je serai prêt. (rires) Je n’ai jamais sorti un album aussi rapidement, on verra ce que ça donne.

 

 

L’album « Rapture » est sorti le 17 février 2015 sur le label Innovative Leisure.

Interview réalisée le 14 avril 2015.
Remerciements : Chris, Anicée.

Chroniqueur
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