Interview de Until The Ribbon Breaks

Comment a commencé Until The Ribbon Breaks ?

Ça a commencé plutôt comme un concept, l’idée de marier mon amour des films et de la musique. Je me demandais comment j’y arriverais parce que je ne savais pas si je devais aller vers l’un ou l’autre. J’ai préféré attendre et trouver un moyen de vraiment combiner ces 2 passions. Voilà l’idée initiale.

Pendant un certain, j’étais seul en studio à projeter des films et à écrire de la musique dessus. Je ne savais pas si ça allait prendre la forme de partition, de bande originale ou de chansons. Ça a pris un certain temps de devenir ce que c’est.

 

 

C’est donc ton amour de la musique et des films qui ont créé le projet.

Exactement. C’est d’ailleurs de là que vient le nom du groupe : « the ribbon » c’est la bande de la cassette audio, la bande de la VHS. C’était un moyen de trouver comment marier ces 2 arts.

 

Vous êtes désormais 3 dans le groupe avec James Gordon (clavier) et Elliot Wall (batterie). Comment les as-tu rencontrés ?

Elliot a toujours joué de la batterie depuis que je le connais depuis l’âge de 15 ans environ.

James a un esprit très technique. Pendant l’enregistrement de l’album, je me suis rendu compte assez tôt que j’avais besoin de quelqu’un comme ça, plus doué que moi techniquement. Je sais ce que je veux entendre. Je peux avoir toutes les idées, mais il comprend mieux les « mathématiques » de la musique. Je peux juste lui dire quel son je veux et il sait comment y arriver. Il est désormais aussi batteur pour le live.

Plus le temps passe, plus on devient un vrai groupe.

 

Pendant l’enregistrement de l’album, tu projetais des films sans le son. Pourquoi ?

Pour créer un monde plus grand que notre propre vie. Si tu projettes une image de l’espace sur un mur, tout à coup ton monde s’élargit. Que tu sois au piano, ou sur un autre instrument, ton spectre musical devient lui aussi plus grand. Ce n’est jamais le film en lui-même qui compte, mais le montage de certaines parties.

Récemment, il y a un documentaire que nous avons utilisé, un documentaire de la BBC sur la migration des oiseaux. Tu peux imaginer le passage des oiseaux au-dessus de l’eau. Je m’imagine comme une GoPro sur le dos de ces oiseaux passant au-dessus de l’eau. Quand tu fais de la musique et que tes yeux voient quelque chose voler au-dessus de l’eau, ça permet d’avoir une approche plus cinématique.

 

Tu ne t’inspires jamais de films avec une histoire ?

Non. Je veux ajouter ma propre narration au montage. Même avec Romeo, inspiré du film Romeo + Juliet de Baz Luhrmann, j’ai dû avoir ma propre interprétation du sujet. Sans quoi j’aurais écrit 10 titres à propos de 10 histoires qui existent déjà.

 

 

Tu t’inspires seulement de films ?

Quand je suis en phase d’écriture, j’essaie de ne pas écouter beaucoup de musique. Je trouve ça distrayant. J’écoute beaucoup de bandes originales. J’ai tendance à écrire des paroles sur les bandes originales d’autres personnes. Juste avec un faible volume, ça crée un lit d’émotions, sans accords ni rythme.

 

Juste pour être en état d’écrire.

Oui. J’aime beaucoup écouter des morceaux de Hans Zimmer. Ça me met juste en condition sans me guider.

Mes parents sont tous les 2 musiciens classiques. La musique a toujours été présente dans la maison, il y a toujours eu des instruments. J’ai pu être influencé par ça.

Pour les paroles, ça peut venir de ma vie personnelle, ou de la vie de mon entourage. Je ne sais pas exactement d’où ça vient.

 

Il y a beaucoup d’émotions exprimées dans les paroles.

Si j’écoute l’album maintenant, ce que je fais rarement, c’est marrant d’entendre que j’étais dans un état d’esprit spécifique à cette époque. Quand je l’écoute aujourd’hui, il y a clairement un thème qui se dégage sur le fait de ne pas savoir où j’allais. Je passais la trentaine. La musique ne marchait pas vraiment pour moi, mais je ne voulais pas faire de films. J’ai construit ce petit studio où j’ai dû travailler seul. Je peux entendre comme un sentiment de crise existentielle. Où est-ce que j’en suis ? Où est-ce que je vais ?  Qu’est-ce que tout ça signifie ?

 

L’écriture de ton album a été donc comme une thérapie ?

Je pense. À l’époque ce n’était pas conscient. Mais je pense qu’il y a eu comme un besoin de me vider de manière inconsciente. Ça m’aide d’une certaine façon.

Ça me touche de voir que des gens postent un message ou font un commentaire sur un Instagram en citant des paroles et comment ça affecte leurs vies. C’est toujours génial de voir l’interprétation que chacun fait du sens initial des chansons. Elle est parfois complètement différente de la mienne, mais ça les aide d’une certaine façon et ça me satisfait.

 

Comment s’est passée l’écriture de l’album ?

C’est marrant parce que ce n’est pas comme si on s’était assis, avons écrit une centaine de morceaux et en avons choisi 10. Nous avons juste écrit les chansons de la manière où elles sont sur l’album et avons rempli les trous. Si un morceau sonnait de telle façon, nous cherchions à écrire une chanson plus ou moins forte, et joindre les bouts. J’ai toujours su que je voulais 10 morceaux, sans l’intro.

 

Tu voulais créer une histoire ?

Seulement pour le début et la fin. Ça commence avec The One Ones et ça se termine avec le morceau Until The Ribbon Breaks. Je voulais créer une sorte de calme avant la tempête et à la fin la tempête disparaît à nouveau. Au milieu, il y a toute cette folie.

 

Tu as remixé des morceaux pour d’autres artistes comme Sam Smith ou London Grammar. Qu’est-ce que tu veux y ajouter ?

On doit toujours essayer d’ajouter un éclairage différent.  Je ne veux jamais vraiment remixer de manière littérale. C’est bien de garder la voix et le tempo et de réimaginer complètement l’esprit du morceau. Je pense que c’est le traitement principal : réinterpréter totalement un sentiment.

 

 

Dans les clips, ta musique s’ajoute à des extraits de films alors que pour l’écriture tu dis ne pas vouloir regarder des films avec une histoire. Pourquoi ?

Parce que mon amour pour la réalisation de films est complémentaire à celle de faire de la musique. Éditer la musique de fond d’un film crée un tout autre monde.

La musique a été inspirée d’un film ou d’une collection d’images. Je trouve ça bien de prendre la musique composée et voir ce qu’elle peut inspirer visuellement. Ça crée une sorte de cercle vertueux.

 

Tu as travaillé avec le groupe de rap Run The Jewels sur Revolution Indifference. Comment s’est passée la collaboration ?

Je travaillais avec un rappeur à Brooklyn qui s’appelle Mister MNF exQuire. Il ne comprenait pas vraiment mon amour du rap et du hip-hop. Il m’a demandé comment je suis tombé dedans et quels étaient mes rappeurs préférés, ce à quoi j’ai répondu El-P. Il m’a dit le connaître. Je n’y croyais pas. El-P m’a envoyé un email quelques mois après, mais à l’époque je n’avais pas de titre ou d’album en cours. Quand j’ai commencé à me mettre sur l’album, c’est moi qui l’ai contacté parce que je le voulais vraiment.

C’est une collaboration incroyable. El-P réfléchit de manière géniale, il est incroyable dans l’écriture des paroles ou dans la production musicale, c’est un mec brillant. C’était un plaisir de travailler avec lui.

 

 

Tu es en tournée maintenant. Comment la tournée a évolué ?

Je ne savais pas si je voulais du live à la base. Je n’arrivais pas à imaginer ce que ça pouvait donner.

James et Elliot me poussent à faire des concerts. En live, nous sommes un groupe. Ils ne s’intéressent pas à la complexité du sujet du morceau ou aux visuels. Ils me poussent de plus en plus pour que le show devienne de mieux en mieux. Voilà comment ça évolue.

 

Vous étiez en concert à Paris à la Flèche d’Or. C’était comment ?

Une vraie surprise dans la mesure où nous nous attendions pas à ce que les gens nous connaissent ou connaissent nos morceaux. D’une part nous n’avons pas sorti de musique en France. D’autre part, il y a la barrière de la langue.

Voir les gens dans un endroit où tu n’as pas sorti de musique et les voir chanter, ça a été à la fois un vrai choc et une surprise incroyable.

 

Tu aimerais collaborer avec des artistes français ?

J’aimerais. Je me rappelle avoir ces compilations avec beaucoup de rap français avec des artistes comme MC Solaar. C’était un tout autre monde pour moi. J’aime tellement le hip hop.

Je suis tombé amoureux du hip hop de New-York et de là m’est venue la découverte du hip hop d’autres pays. L’un d’entre eux était la France.

 

Until The Ribbon Breaks en 2015 c’est quoi ?

J’aimerais prendre le temps de travailler sur un second album et faire autant de concerts que possible. Je comprends maintenant pourquoi les gens disent que la réalisation du second album est difficile. Tu as des engagements, tu fais une tournée et en même temps tu veux être en studio à enregistrer un nouvel album. Je suis ravi de faire des festivals comme Coachella ou SXSW. Mais j’aimerais aussi être en studio parce que j’ai déjà des idées et des concepts.

 

Tu vas encore t’inspirer de films ?

J’adore toujours la musique et j’adore toujours les films. Si ce n’était plus le cas, ça serait injuste de continuer à s’appeler Until The Ribbon Breaks. Pourquoi choisir ? Les 2 sont géniaux.

 

L’album « A Lesson Unlearnt » est sorti le 20 janvier sur le label Kobalt.

Interview réalisée le 24 février à Londres.

Remerciements : Pete, Alice.

Chroniqueur