Interview de Wild Beasts

Interview de Wild Beasts

"Boy King" devait être différent de nos albums précédents. On sentait que nous forcer à sortir de notre zone de confort musical nous permettrait de conserver une excitation pour aller de l’avant.

Dans l’album précédent vous avez commencé à expérimenter des sonorités assez électroniques, cette fois-ci vous semblez vous orienter vers des sons plus pop, est-ce une évolution guidée, volontaire, où est-ce simplement le temps qui agit sur vous ?

Je pense que c’est un peu les deux en fait, nous savions tous les quatre que « Boy King » devait être différent de nos albums précédents. On sentait que nous forcer à sortir de notre zone de confort musical nous permettrait de conserver une excitation pour aller de l’avant. On ne veut absolument pas répéter toujours les mêmes choses. On espère aussi que le meilleur de Wild Beasts est encore à venir donc il était important pour nous de faire quelque chose de nouveau.

 

Vous en êtes à votre cinquième album, qu’est ce qui a changé dans votre façon de composer, de jouer, d’approcher la musique tout simplement, avec ce nouvel opus ?

Je pense qu’une des meilleures qualités qu’un album ou un groupe peut avoir est l’élément de surprise. Personnellement je suis plus intrigué quand mes artistes préférés repoussent leurs limites et deviennent par conséquent moins à l’aise. Avec ce genre d’idées en tête, on s’est échappé de la zone de confort qu’on s’était constituée dans notre studio à Hoxton et nous avons voyagé jusqu’à Dallas au Texas pour enregistrer « Boy King ». C’était une expérience incroyable et complément différente de ce qu’on était habitué à voir et à vivre dans l’agitation de Londres. Jon Confleton, qui a produit l’album, a apporté une toute nouvelle attitude « je m’en foutiste » qui nous était un peu étrangère en tant qu’anglais. Je pense en quelque sorte qu’on a laissé notre ego en dehors de cet album, avec de gros solos de guitare, lourdement soutenus par des grosses parties de batterie. On n’aurait jamais vraiment osé faire ça dans nos albums précédents.

 

 

Votre musique a donc beaucoup changé depuis vos premiers albums, est-ce que c’est aussi à cause de nouvelles influences ?

Encore une fois, c’est un mélange entre changements d’influences, et aussi un gain d’expérience, on s’améliore en tant que musiciens, on apprend de nouvelles choses, maintenant nous savons ce qui est le mieux pour chaque morceau. Mais oui évidemment en 10 ans notre façon d’écouter de la musique a beaucoup changé, comme pour beaucoup de gens. On est tous très fiers de notre premier album « Limbo, Panto », mais aujourd’hui on a du mal retrouver l’état d’esprit dans lequel nous étions à ce moment-là, j’ai presque l’impression que c’était une autre vie. Je pense que nous avions tant refoulé toute notre énergie que sur « Boy King » nous avons enfin lâché les chevaux et joué chaque seconde à 100%.

 

Quel est le message que vous aimeriez qu’on reçoive avec ce nouvel album ? 

Personnellement j’aimerais bien que les gens passent ce disque pour faire la fête, et qu’ils se sentent bien en l’écoutant. Mais je pense que l’album invite surtout tout le monde à sortir de l’inhibition est à commencer à appuyer sur le bouton « je m’en foutiste ».

 

Vous pensez à l’accueil que votre album va recevoir quand vous composez ?

Personnellement je n’y pense pas tellement, je pense qu’on essaye simplement de mettre la barre le plus haut possible. Je pense que quand on écrit et qu’on enregistre l’album s’il nous plait à nous et qu’il nous excite, alors il n’y a pas de raison que ça ne fasse pas le même effet aux gens qui l’écouteront.

 

Vos pochettes d’albums et vos clips sont toujours très travaillés, vous y travaillez vous-mêmes ?

En général on engage des artistes et des réalisateurs qu’on apprécie, ensuite ils nous présentent le travail auquel ils sont arrivés en écoutant notre album. Si on aime vraiment le travail d’un artiste, on s’intéresse de près à ce qu’il fait et on partage nos idées avec lui.

 

On va maintenant faire une petite playlist, peux tu me donner un morceau que tu écoutes depuis longtemps, mais que tu prends toujours autant de plaisir à écouter ?

« David Bowie – Heroes »

 

Un morceau que tu écoutes en secret parce que c’est un peu honteux ?

Je ne suis pas sûr que ce soit honteux, mais « Desiree – I’m kissing you » a une place particulière dans mon coeur.

 

Une nouveauté à ne pas rater ?

« The Range – Florida »

 

Un morceau que vous écoutez à fond dans le tour bus ?

« Rolling Stones – Can’t you hear me knocking »

 

Avec « Present Tense » vous avez commencé à amener de la politique dans votre musique, vous sentez que vous avez besoin de vous engager politiquement ? 

Bien sûr, je pense que ça affecte tellement le quotidien que c’est quelque chose dont on doit parler. Cependant je n’ai pas l’impression que nous sommes vraiment un groupe politiquement engagé. On essaye plus de parler de ce que nous trouvons beau au quotidien que de politique finalement.

 

 

Vous paressez très anglais dans votre musique, mais aussi évidemment dans votre façon de penser, pourquoi est-ce aussi important pour vous d’affirmer cette identité ? 

Je pense qu’on renvoie cette image très « british » parce que nous ne sommes que de misérables enfants du nord de l’Angleterre. Après je pense qu’on essaye un peu de briser ces chaînes avec notre nouvel album, on a quitté Londres pour les États unis, c’était vraiment une décision consciente de quitter l’Angleterre. Londres est une ville géniale pour y vivre, mais on a réalisé pendant nos tournées que ce n’était peut-être pas le centre du monde, contrairement à ce que pensent les Londoniens. Il y a beaucoup d’autres villes incroyables avec des choses intéressantes qui s’y passent, et on compte bien en visiter quelques-unes pendant notre tournée qui arrive. C’est toujours génial de voyager dans une ville qu’on n’a jamais visitée avant, et que des gens de cette ville viennent écouter et partager notre musique.

 

Que pensez-vous du  Bexit, et qu’est ce que ça représente pour vous en tant qu’artistes ? 

Je pense que cette décision est une honte… D’un point de vue purement égoïste et personnel, en tant que musiciens, nous faisons des tournées et nous avions la possibilité de profiter de cette Europe ouverte. En la quittant, ça va sans doute compliquer les choses pour nous et les autres groupes dans notre cas. Mais je pense surtout que c’est une grave erreur pour les générations futures qui ne pourront pas profiter des avantages de l’appartenance à un groupe de pays unis, qui pour nous était devenu une évidence et un acquis.

Chroniqueur
  • Date de l'interview 873 vues 2016-10-28
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