Interview de Yann Tambour

A la veille d’une très belle soirée organisée par Talitres au Rocher Palmer de Cenon durant laquelle nous pourrons assister au concert de Stranded Horse, Indiepoprock a rencontré Yann Tambour.

Pourquoi avoir supprimé le Thee de Thee, Stranded Horse ?
    J’ai pris des cours de branding, c’est mon manager qui a insisté, c’est dans l’ère du temps, il voulait un truc plus catchy, plus « in your face », tu vois. On a fait un séminaire de 6 semaines à la Grande Motte, payé par la prod, moi et l’équipe de communication à demi composée de gens de chez Cuir Center (on a préféré y allouer la partie du budget qui était initialement prévue pour des sessions au studio des variétés pour que j’apprenne à remuer mon popotin  sur scène dans l’optique de faire des Zéniths, vu que je suis assis sur une chaise ) et on a pondu ça : "Stranded Horse" et on en est pas peu fiers. Très en vogue d’emprunter aux techniques de communication de la grande distribution, y’a que du bon à prendre et plein de bons gourous.
Non, plus sérieusement, fort heureusement, chez Talitres, je suis épargné. En fait, ça avait un côté un peu désignatif et solennel qui ne correspond pas au point de vue du narrateur sur Humbling Tides.

Tu es désormais dans un registre acoustique, cela ne te manque pas l’électricité ?
    Non, pas vraiment. Tu sais j’ai toujours plus ou moins été dans ce genre de registres. Encre, sur disque (à savoir un travail en solo basé sur des micro-samples et donc différent de la formation live, qui était plus rock) était un travail électronique dans l’agencement du son, mais qui se servait quasi exclusivement de samples d’instruments acoustiques, j’ai donc toujours un peu eu ce genre de rélfexes, même de manière détournée. Et puis, tu sais , aussi bizarre que ça puisse paraître, c’est de là que je viens à la base. J’ai commencé la guitare classique jeune. Le premier album de Encre comportait à la base des morceaux à la guitare avec des arpèges proches de ce que je fais aujourd’hui. On les avait dégagés car ils ne cohabitaient pas avec le reste, puis, ensuite, j’ai gardé le cap du "style" Encre un moment, mais ça a toujours existé en fond tout cela. Aussi bizarre que ça puisse te paraître, ça a toujours été mon domaine de prédilection. Après, j’ai des envies multiples. Qui sait de quoi l’avenir sera fait…

Comment qualifierais-tu ta musique ? Dans quel style tu te classerais ?
    Elle est le fruit de mes envies les plus instinctives et les moins calculées. Cela implique souvent, surtout aujourd’hui, que je me refuse à prendre le moindre recul, à y réfléchir pour la faire suivre une mouvance, l’inscrire dans un courant ou même éviter des tendances ou des écueils. Je me fous de tout ça…de plus en plus. Je ne cherche pas de cohérence, ni à me renouveler. Ca me semble être une démarche très artificielle. Je me refuse à partir à la course aux bonnes idées pour plaire à un public ou aux journalistes, ni dans la dénomination de ma musique, ni dans son contenu. Je pense que l’illusion d’une certaine progression ou la soif de nouveauté systématique est calquée sur des pulsions consuméristes creuses et que c’est une immense foutaise. Attention, je ne dis pas que je n’aime pas être surpris. Mais je le suis quasi exclusivement par des gens qui ne le font pas vraiment exprès. Les bons disques, selon moi, traversent les ages et sont si singuliers qu’ils pourraient être faits n’importe quand. Certains dépendent davantage de la production de leur époque, mais ce ne sont pas ceux qui m’intéressent le plus. Il y a, bien sûr, des exceptions. Je remarque surtout que lorsque l’on s’extasie sur un nouveau courant, on omet, soit par ignorance, soit par aveuglement, soit parce-que c’est pratique, que quelque-chose de similaire a existé avant. Ce n’est pas un problème en soi. Ca le devient quand on attend de toi que tu participes à tout ce cinoche.

Comment en es-tu venu à jouer de la kora ?
    Un jour dans un festival de Jazz, je suis tombé sur un concert de musique malienne. Je trouvais les résonances sobres, sereines et magnifiques, surtout celles de la kora que j’ai identifiée petit à petit. Je me suis beaucoup intéressé à l’instrument par la suite et ai décidé que, d’une certaine manière, il correspondait à ce vers quoi je voulais aller.

Est-ce que tu es influencé par la musique africaine ?
    J’en écoute. Après, je ne sais pas et préfère ne pas essayer de savoir ce qui m’influence. Je me laisse imprégner de manière naturelle et naïve. Ça me permet de garder une certaine fraîcheur.

Sur ton album il n’y a que deux titres en français, est-ce le hasard ? As-tu une préférence pour les textes en anglais ?
    Oui et non. C’est assez naturel pour moi, je me pose pas trop la question. J’ai pu constater, cependant, que l’anglais permettait d’écrire des mélodies moins monotones. Peut-être que je penserai autrement à l’avenir. Difficile à dire. Et enfin, je vivais à Bristol quand j’ai écrit le disque, ça s’y prêtait donc particulièrement.

Je trouve que ta voix diffère lorsque tu chantes en français et en anglais, les intonations sont différentes, est-ce que tu ressens ça aussi ?
    Personnellement non. Je trouve qu’il y a deux types de voix, mais que la distinction se fait sur des timbres sur le disque qui ne sont pas liés aux langues. Les morceaux  Les axes déréglés, Le bleu et l’éther, They’ve unleashed the hounds for the wedding, Halos  sont, pour les parties graves, sur le même timbre et les voix très semblables, je trouve.

Sur scène cela se passe comment ? Tu es seul avec tes instruments ?
    Oui, à part sans doute à de rares occasions où Carla m’accompagnera.

Tu as déjà collaboré avec le musicien malien Ballaké Sissoko, envisages-tu à l’avenir une autre collaboration avec un artiste africain ?
    Pourquoi pas. Je t’avoue que quand j’envisage une collaboration, je l’envisage rarement en ces termes! C’est avant tout une question d’affinité. Ça m’arrive avec des gens de tous horizons. Je ne te cache pas que je trouverais bizarre de raisonner ainsi.

Et l’avenir, tu le vois comment, toujours acoustique ou de nouveau électrique ?
    Je dois t’avouer que je ne suis pas dans une dynamique qui se prête à penser à l’avenir. Je me prépare à tourner pas mal pour la sortie. Pour le coup, je suis très dans le présent. Ça ne durera pas, je me connais, mais là, c’est trop tôt.

Merci à Yann, Guillaume et Talitres.

Chroniqueur
  • Publication 255 vues27 janvier 2011
  • Tags Yann Tambour
  • Partagez cet article