Interview de The Limiñanas

Interview des Limiñanas

IPR aime les Limiñanas, c’est un fait. C’est donc avec joie que nous avons saisi l’opportunité de les interviewer. Voilà donc le résultat de ce jeu de questions/réponses avec un des groupes les plus excitants de la scène française, n’ayons pas peur des mots…

 

Après le succès de Costa Blanca, vous avez entrepris l’édition de nombreuses raretés et autre rééditions (7″ & Rare Stuff 2009/2014 et Down Underground). D’où est venue cette démarche ? Un besoin de reconnaissance du travail accompli avant le succès ?

 

Il y a eu plein de démos et de titres enregistrés pendant cette période. On a sorti «7» and rare stuff» sur une idée de Bill et Lisa de Trouble in mind. On savait que les 45 tours étaient difficiles à trouver. Du coup, mettre tous les titres que l’on avait enregistrés pour des compiles,  singles ou magazines sur le même disque était une bonne idée. Ça rendait les chansons disponibles pour les camarades qui nous aiment bien sans qu’ils aient besoin de claquer 15 euros pour un 45 tours épuisé.

 

Le ton de “Costa Blanca” se voulait léger, parfois même un peu cynique. Avec “Malamore” on retrouve les sensations perçues dans des textes plus organiques rappelant La fille de la ligne 15, et globalement un son plus lourd, plus sale, des guitares plus présentes à l’image de vos collaborations avec P. Comelade). D’abord, avons-nous raison ? Secondo, cela signifie-t-il que “Malamore” sonne plus « Limiñanas » que son prédécesseur ?

 

Je ne pense pas que l’on ait jamais été cyniques. “Costa Blanca” était un disque sur nos souvenirs d’enfance et l’Espagne des 70‘s. En tout cas celle de la Costa Blanca que je connais. “Malamore” a été enregistré dans les mêmes conditions que les disques précédents. Il y a  effectivement des titres comme «Dead are walking»  qui sont plus garage et il y a plus de guitares qu’auparavant, vous avez raison. Je crois que le disque est mieux produit aussi. On a passé plus de temps sur le mixage avec Raph Dumas.

 

Avez-vous une explication sur le fait que ce soit un label américain qui vous ait soutenus, malgré nombre de textes francophones et des influences pour une bonne part bien françaises ?

 

On n’a pas cherché à sonner comme un groupe américain.  Ensuite, on enregistre nos disques nous-mêmes et globalement nous jouons comme nous pouvons  de tous les instruments.  Il s’agit donc de bricolage, de la prise de son à l’interprétation. Les disques sont pleins d’imperfections, ne sont pas lisses. On garde la plupart des premières prises aussi, pas par snobisme mais parce qu’elles sonnent mieux 80 % du temps. J’imagine que c’est ce «bricolage», ce son particulier qui les a intéressés.

 

A quoi ressemble le processus de composition chez les  Limiñanas ? Textes avant tout ? Structure musicale en premier ? Est-ce le même processus systématique ?

 

On travaille à la maison. On commence par bosser sur le riff, toute la musique est axée là dessus. Le riff et la répétition. En général, pour un album, on enregistre 25 ou 30 démos. On va écouter tout ça  pendant un certain temps et virer au fur et à mesure les chansons qui ne nous intéressent plus. On écrit les textes en même temps. Mon frère Serge écrit des textes pour nous aussi. Le disque se construit comme ça. Il n’y a jamais de remplissage, on calcule la place de chaque chanson, chaque instru,  à chaque fois. Le plus compliqué est de savoir que c’est terminé. On  respecte toujours les deadlines des labels, c’est primordial. Tu peux rester bloqué sur le mixage pendant des mois sinon ! On mixe un titre par jour en général. La fille de la ligne 15 par exemple a été enregistrée en deux heures et mixée en trois.

 

Revenons sur votre écriture, francophone du moins. D’où l’inspiration se fait-elle ? On perçoit une espèce de nostalgie latente et un rapport très charnel à chacune de vos histoires, qui installe à merveille l’ambiance. Avez-vous des références en la matière ? Des expériences qui vous ont conduit à ce phrasé particulier?

On aime les disques d’histoires lues, le «petit ménestrel», les feuilletons radiophoniques,  les livres audio. Ecouter les films aussi (ça consiste à mettre un film, fermer les volets et écouter le film dans le noir !). Mais aussi évidemment «Anna» et «Melody Nelson». L’idée de pouvoir poser  le disque sur la platine  fermer les yeux et entrer dans une histoire. C’est ce  qu’on a essayé de faire  modestement sur les deux derniers disques. Les histoires que l’on raconte sont la plupart du temps vécues, même quand il s’agit de chansons tordues comme La fille de la ligne 15. La fille de la chanson s’était assise en face de moi dans le bus et m’a fait flipper. J’ai pris des notes et écrit le texte en rentrant du boulot le soir. C’est souvent comme cela qu’on trouve les sujets de chansons.

 

Musicalement, où vous situeriez-vous entre vintage et modernité ? De fait, le style rétro semble moins marqué sur « Malamore », avec quelques moments presque Sonic Youth au plus haut de vos passages psychés.

On déteste le terme de «vintage» presque autant que celui de yéyés. Il se trouve  que  ce qu’il y a eu de plus intéressant dans la pop music a été produit dans les années soixante et soixante-dix, mais ça ne veut pas dire qu’il faut forcément chercher à enregistrer avec  des guitares en plastique italiennes ou des consoles à lampes. On bosse avec un mac et une carte son. On n’a pas du tout les moyens de travailler avec des bandes, par exemple. Ni d’aller en studio. C’est impossible. On a un instrumentarium de bric et de broc avec des orgues farfisa mais aussi des basses marocaines, des percussions qu’on achète au Perthus, des guitares 12 cordes cheap, des bouzoukis bas de gamme de chez Thoman. En gros on fait avec ce qu’on a. Sinon oui, je crois que ce disque est plus raccord que les précédents avec ce que le groupe donne sur scène. Particulièrement l’instrumental avec Pascal qui est le titre avec lequel nous finissons les concerts.

 

Votre histoire comme votre musique vous confère une place toute particulière dans le paysage musical français. Quels rapports entretenez-vous avec la scène hexagonale ? On connaît déjà vos superbes collaborations avec Pascal Comelade.

 

On est copains avec la scène toulousaine depuis toujours, les gens de Dig it en particulier qui nous ont toujours suivis et aidés. Et on aime beaucoup JC Satan, Destination lonely, Charlotte Gainsbourg, Hair and the Iotas. Les Satans sont un des meilleurs groupes que l’on n’ait jamais vus, Français et Anglo Saxons confondus. Ils ont un truc très particulier, vraiment classe et sonique, avec quelque chose des premiers Black Sabbath aussi. Vraiment unique.

 

En dehors de vos travaux personnels, qu’écoutent les  Limiñanas  en ce moment ?

On écoute les albums de Jacques Dutronc qu’on a racheté récemment, Nick Cave and the bad seeds, un live d’Ennio Morricone, le disque des JC Satan, la réédition de «traffic d’abstraction» de Pascal Comelade, les 45 tours de Jeanette la chanteuse de «porque te vas», le premier album de Bob Marley, Johnny Thunder ( celui de «I’m alive»), une compile de John Barry et les Troggs.

 

Merci au groupe de nous avoir accordé un peu de son temps.
“Malamore” est sorti le 15 avril, chroniqué par nos soins ici.
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  • Publication 1 017 vues21 avril 2016
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