Interview de Will Butler

Interview Will Butler

Quand on fait partie du groupe qui connaît le succès le plus colossal de la sphère indie-rock, il peut paraître un peu hasardeux de tenter une carrière solo. Heureusement pour nos oreilles, car son album « Policy » est une vraie tuerie, Will Butler en a décidé autrement.

Rencontre avec un mec très décontracté, à l’humilité réellement surprenante.

 

Salut Will ! Alors raconts un peu, quand as-tu décidé de te lancer en solo ? Est-ce que c’est un truc que tu as toujours voulu faire ?

Oui, l’idée trottait dans un coin de ma tête depuis longtemps, j’imagine que tous les musiciens pensent à ça à un moment donné. J’écris des chansons depuis toujours, enfin, depuis mes 15 ans ou quelque chose comme ça…Mais ce n’est que ces deux dernières années que c’est devenu un projet sérieux, et je me suis rendu compte que j’avais de plus en plus de chansons abouties et suffisamment différentes d’Arcade Fire pour qu’elles puissent vivre par elles-même…Il y a aussi eu la BO de « Her » (Will a composé la BO du film de Spike Jonze avec Owen Pallett, nous y reviendrons plus bas) qui a en quelque sorte précipité les choses : lorsque nous avons été nomminés pour ça, je me suis dit « Oh, mon nom existe en fait ! » J’avais toutes ces chansons et le timing était le bon.

Tu viens d’un groupe au succès colossal ; dirais-tu que c’est quelque chose qui t’as aidé – vu comme il peut être dur pour un jeune groupe d’attirer l’attention – ou au contraire est-ce que ça t’a rendu la tâche plus difficile – à cause d’une certaine pression ?

C’était vraiment beaucoup plus facile pour moi que pour d’autres, j’en suis conscient. Déjà, parce que d’une manière purement logistique, j’étais super équipé. J’avais des amis qui avaient des studios, je connaissais de bons musiciens, typiquement j’avais Jeremy (Gara, qui joue de la batterie au sein d’Arcade Fire) qui est génial, grâce à lui la moitié du travail était presque déjà fait, car quand tu as une bonne batterie, c’est déjà la moitié de la bataille qui est gagnée ! Il est vrai que les gens attendaient quelque chose vu qu’ils me connaissaient, mais c’était des attentes positives, excitées… Du coup oui ça m’a rendu la tâche vraiment facile !

Tu es habitué à être sur scène avec une dizaine d’autres personnes, ça a dû te faire bizarre la première fois en solo… Comment était-ce ? Flippant ?

En réalité c’était plutôt super fun ! C’est génial  de tourner avec un nouveau groupe, c’est encore plus facile et gratifiant que ce que je croyais… La chose la plus différente et nouvelle pour moi est de chanter pendant si longtemps ! Quasiment pendant une heure ! Et la manière dont je communique avec mon public est différente. Mais globalement ça reste un concert, et je me suis toujours senti à l’aise avec ça.

De la même manière, tu es habitué à jouer dans  d’énormes salles, aimes-tu l’idée de recommencer à jouer dans des endroits plus intimes ?

Oui, j’adore ça ! C’est super de pouvoir vraiment communiquer avec le public dans des lieux plus cosy, vraiment ressentir l’atmosphère… C’est top.

Tu viens d’une famille de musiciens ; si cela n’avait pas été le cas, peut-être n’en serais pas tu un toi-même.. .Qu’aurais-tu aimé faire, alors ? Poète? (Will a étudié la poésie dans une vie antérieure)

C’est dur à dire, je n’y ai jamais vraiment pensé… Et puis d’un coup, PAF ! J’étais dans un groupe de rock ! L’écriture m’a toujours attirée, mais c’est un métier très difficile, plus difficile encore que le mien ! Il y a nettement plus de groupes qui réussissent que de poètes… Si j’avais juste été poète, j’aurai probablement dû avoir un job alimentaire à côté !

Qui sont tes groupes ou albums préférés de tous les temps ?

De tous les temps ? Oh c’est dur ! Bon il y a cet album de Randy Newman qui s’appelle « Good Old Boys », qui est vraiment très puissant… New order, « Power Corruption and lies », qui est un album très profond, spirituel. J’ai aussi beaucoup écouté de musique classique en grandissant, ça fait partie de mon héritage. Ma mère mettait souvent du Debussy , danses sacrée et profanes, ça m’a vraiment marqué… Beaucoup de harpes, il y a ce harpiste du nom de Salzedo également… Quoi d’autre ? Ah oui ! Les Violent Femmes, notamment le premier album, est extraordinaire.

Ton album « Policy » contient beaucoup d’inspirations diverses : du rock’n’roll pur jus, un peu de Talking Heads, en passant par du Motown… Quand tu as commencé ce projet solo, avais-tu une idée précise de ce que tu voulais faire ?

Je dirais que ça s’est éclairci au fur et à mesure du process d’écriture… Une fois que tu as quelques chansons, tout s’éclaircit. Lorsqu’on est entrés en studio, on avait 6 des 8 titres qui étaient prêts. Anna, par exemple est arrivée en studio, pas avant ! Je sentais qu’il manquait quelque chose d’un peu electro, de dansant, alors voilà Anna est arrivée pour combler ce manque !

J’adore Anna, je l’écoute en boucle ! Elle est addictive !

Oh merci beaucoup ! (rires) Je l’aime bien aussi !

« Policy » est plein d’humour et d’ironie. Qu’est-ce qui, ou même qui est-ce qui te fait rire le plus dans la vie ?

Tu connais la série Broad City ?

Oui

Eh bien en ce moment c’est ça qui me fait beaucoup rire. J’adore cette série pour sa modernité, elle a un côté tellement actuel !

On sent que tu as un rapport particulier à la religion, comme un genre d’attraction/répulsion ou quelque chose comme ça… Quoi qu’il en soit tu as l’air de quelqu’un de spirituel, peux-tu nous en dire un peu plus sur tes croyances ?

Oui… La religion a toujours, d’une manière ou d’une autre, fait partie de ma vie. Comme la musique ! Mes parents étaient tous deux musiciens, mes grands-parents maternels ( les frères Butler sont à moitié mormons de ce côté-là de la famille ) étaient musiciens d’église. J’aime vraiment beaucoup la Bible, comme étant un texte descriptif du monde. Il y a tout un monde dans la bible, et pour moi une partie de la Bible elle-même remet en question la religion. Tout cela est vraiment ancré en moi. La Bible du Roi Jaques est une vraie inspiration. Après, en termes de croyances personnelles, je t’avoue que je suis inconstant. Ca dépend vraiment des périodes. Parfois je sens que rien n’a absolument aucun  sens, rien n’a d’importance au fond. Mais après je change d’avis… Quoi qu’il en soit, il est résolument vrai que ces questions me travaillent.

Tu joues du piano, du synthé, de la guitare, du trombone, des percus… Y a-t-il un instrument que tu aimerais encore apprendre ?

En fait ce que j’aimerais, c’est exceller dans au moins UN instrument.

Ah. Ce n’est pas déjà le cas ?

Non. Je sais jouer de pas mal d’instruments, c’est vrai, mais je voudrais avoir le temps me perfectionner dans UN, mais il en faut tellement, du temps !

A part Jeremy Gara, qui joue avec toi sur cet album?

Matt Bauder et Stuart Bogie jouent du saxo, les backing vocals sont des amies, et tout le reste c’est moi.

Avec ton ami Owen Pallett, tu as composé la BO du film « Her »  de Spike Jonze. As-tu aimé faire ça, ou est-ce que c’était un peu contraignant d’être « encadré »?

C’était un exercice super difficile car collaboratif; on était nombreux. Il y avait le groupe, les comédiens, Spike Jonze… Et tout ce monde-là devait accorder ses violons ! Donc c’était chaud… mais en même temps très gratifiant car ce n’est pas évident d’arriver à un résultat avec ce genre de « contraintes ». Je suis très content de l’avoir fait, même si ça m’a épuisé, et je le referais avec plaisir, si j’avais du temps.

 Alors tu recommencerais l’expérience de la BO ? Pour quel réalisateur ?

Dur à dire comme ça ; mais une chose est sûre c’est que Spike Jonze qui fait un film de science fiction, ça ne se refusait pas. Maintenant si un projet aussi intéressant me tombait dessus, et si j’avais le temps, alors oui je le referai sans hésiter.

Est-ce que tu aimes venir à Paris ? Que préfères-tu ds cette ville ?

Oui. J’adore Paris. Surtout que maintenant les choses sont bien plus faciles, confortables…je dors dans de beaux hôtels, je dîne dans de bons restaurants… En plus j’ai logé dans suffisamment de quartiers différents maintenant et partout où je vais il y a toujours un endroit un peu familier pas loin. Il y a un quartier que j’aimerais explorer car c’est un des rares où je n’ai jamais mis les pieds, c’est le 13ème arrondissement. Tiens, peut-être que j’irai dîner là-bas ce soir ? Mais toi, as-tu un quartier à me recommander ?

Tu connais le canal St-Martin ?

Ah oui ! Je devrais explorer plus ce coin-là. Attends je vais le noter.

Dernière question pour toi Will, y aura-t-il un autre album signé Will Butler, ou était-ce plutôt une sorte de truc cathartique d’une  fois ?

Ah non, ce n’est que le début d’une longue lignée.

Ouf! C’est une bonne chose, car cet album, il déchire ! Merci Will !

 

 

 

Tam
Chroniqueur
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