Le rock dans tous ses états 2007

Pour la 24ème année consécutive, mais cette fois-ci en juillet, l’hippodrome d’Evreux accueille l’un des festivals rock les plus chaleureux de la saison. A mettre au crédit de l’organisation, ces trois scènes entre lesquelles on peut naviguer sans craindre de rater en trajet l’équivalent d’un album concept de Pink Floyd, et ce camping suffisamment exigu pour retrouver sa tente dans la nuit et en état d’ébriété avancée. Reportage de la très professionnelle équipe d’Indiepoprock.net, assidue et sobre, donc.

Vendredi 6 juillet

Le festival a déjà vu se succéder quelques artistes nationaux (MiossecBabet ou encore Nosfell) lorsque nous accédons au site, à point nommé pour le début du set de Maxïmo Park (photo 1), la première formation britannique à fouler les planches. Le feu d’artifice auquel on a habituellement droit sur scène avec le quintet de Newcastle se transforme vite en pétard mouillé, non pas à cause des intempéries mais plutôt pour des soucis techniques récurrents. Paul Smith a beau essayer de rattraper le coup par la suite en déployant une énergie folle, on sent le groupe un peu fatigué par les problèmes et sa tournée, on le serait à moins.

Sans attendre la fin du set, on se dirige vers la petite scène de la PapaMobile où la fanfare suédoise de I’m From Barcelona est annoncée. Le groupe est en train de gonfler des ballons et de faire la balance, ce qui prend plus de temps que d’habitude lorsque l’on est une quinzaine sur scène. La foule se presse pour voir ces joyeux drilles à la réputation flatteuse et loin d’être usurpée. Dès le premier titre (Tree House), les confettis et les sourires sont envoyés par centaines sur l’assistance. Emmanuel Lundgren se jette dans le public et gravit, tel un mât de cocagne, un échafaudage situé au milieu de la foule. Le reste du set est à l’image de cette ouverture, avec comme point d’orgue le tube We’re From Barcelona, toujours propice à déclencher une grande communion fraternelle entre le groupe et son public.

Il fait encore jour quand Sean Lennon entre discrètement en scène. A priori, ses ballades envoûtantes semblent être plus adaptées à une salle intimiste qu’à une configuration de festival en plen air… Mais quoi qu’il en soit, la pop cotonneuse de Sean Lennon est tellement séduisante qu’on se prend facilement au jeu, malgré un public mi-concerné mi-absent. La foule se manifeste un peu plus quand Sean Lennon entame la chanson Parachute, adaptée en français et reprise en duo avec M. Très élégant, parlant un très bon français, Sean dégage à la fois simplicité, convivialité et classe. Un joli moment avant d’attaquer une soirée plus pêchue.

Visiblement très attendus, The Rakes (photos 2 et 3) fédèrent un public nombreux et enthousiaste. Les premiers rangs, composés d’un fort contingent de néo-bacheliers et autres lycéens, s’adonnent aux joies du pogo et du slam, sous le regard détaché d’Alan Donohoe. Ce dernier, chemise rose et lunettes noires, ne semble pas perturbé par le mixage épouvantable de sa voix. Le groupe défend donc son post-punk spasmodique avec courage et énergie. Les titres des deux albums, à l’humeur pourtant différente, se marient aisément et les tubes s’enchaînent sans encombre, de We Danced Together à Open Book, en passant par le plus confidentiel All Too Human. Mission accomplie pour les premières têtes d’affiche du festival.

Belle surprise en clôture de cette première journée, avec la remarquable performance de !!! (Chk Chk Chk), illustrée en photo 4. Brouillons et obscurs sur disque, les New-Yorkais sont bien plus convaincants sur scène, où leur joyeux foutoir electro-rock révèle tout son potentiel groovy. Malgré la fatigue et l’heure tardive, les festivaliers se trémoussent, ne résistant pas à ces riffs de guitares funky à souhait, ni au jeu de scène très 70’s du leader Nic Offer. Vivement l’album live !

Samedi 7 juillet

C’est parti pour le deuxième jour du festival, dont la programmation est plus en dents de scie que la veille. Pour commencer, une petite déception : on rate Midlake, programmé trop tôt dans l’après-midi. On entend de loin le pop-folkeux suédois Peter Von Poehl, qui laisse ensuite la place à Jehro et son reggae métissé. Une bande-son plutôt sympathique pour accompagner une petite sieste et ménager ses tympans, largement attaqués la veille par !!! (Chk Chk Chk).

Suit une séquence revival 90’s, avec Cake (photo 5), combo américain qui connut son heure de gloire par la grâce d’une reprise décalée de I Will Survive, bien avant que ce titre ne s’invite sur tous les terrains de foot hexagonaux. Quelques discrets albums plus tard, les hommes de John McCrea n’ont pas perdu la main, et s’ils ne jouent pas le tube tant espéré, ils déclenchent les clameurs des spectateurs les plus nostalgiques dès les premières mesures de Never There ou The Distance, autres singles à succès.

Alors que la foule se presse en masse pour voir les fameux Clap Your Hands Say Yeah, on va faire un tour dans la PapaMobile, la petite scène qui accueille (notamment) les quatre groupes régionaux programmés cette année. C’est le cas de Your Happy End (photo 6), un duo havrais qui propose une folk pop doublée par des sons électriques et une rythmique électronique. Un mélange habilement dosé et un univers captivant, où l’on se balade dans des eaux troubles, flirtant avec de l’abstract hip-hop puis s’engouffrant dans des envolées plus rock, le tout servi par une voix impeccable. Le set d’Aurélien et Guillaume, maîtrisé et très habité, est d’une intensité saisissante : Your Happy End constitue sans aucun doute la « découverte-surprise » du festival.

Pendant ce temps-là les Clap Your Hands Say Yeah récoltent plus que des applaudissements sur la grande scène et leur mauvaise réputation concernant les performances scéniques s’en voit écornée. Bien sûr Alec Ounsworth a toujours un timbre aussi particulier, dira-t-on, mais c’est ce qui fait (ou pas) le charme des New-Yorkais. Les titres de leur premier album passent beaucoup mieux en live que ceux du petit dernier “Some Loud Thunder” sorti en début d’année. S’il existait une récompense pour le groupe ayant le plus progressé sur scène, les CYHSY seraient à n’en pas douter de sérieux prétendants.

Devant un public pas encore aussi dégarni que lui, Frank Black (photos 7 et 8) prend possession de la scène avec (beaucoup) d’assurance et (énormément) d’ironie. Si le répertoire proposé ne vaut évidemment pas celui des Pixies, l’Américain a de beaux restes et il le prouve ce soir. Accompagné par trois musiciens concentrés et dévoués, il livre un honnête best-of de sa carrière solo. Y domine un punk-rock rentre-dedans, pas toujours très raffiné, mais salutaire et fort bien exécuté. En fin de set, une reprise cataclysmique du Rockafeller Skank de Fatboy Slim permet aux musiciens de faire monter les décibels. Frank Black peut quitter la scène, fier du travail accompli.

Peter, Bjorn And John sont étrangement relégués sur la plus petite des trois scènes, alors qu’ils rassemblent un grand nombre de festivaliers. Pour un aperçu en son et en images de leur set, voir l’extrait ci-dessous de leur prestation du tube de l’été 2006, Young Folks.

Les Kaiser Chiefs étaient en quelques sorte la cerise sur le gâteau pour les festivaliers venus se gorger de groupes internationaux. La bande à Ricky Wilson est devenue une grosse machine de scène, un vrai rouleau compresseur qui emporte tout sur son passage grâce à quelques tubes calibrés. Tout l’arsenal qui a fait d’eux les vainqueurs du Brit Award du meilleur groupe live était de sortie en ce samedi soir. Les titres de leur premier album (“Employment”) sont toujours aussi efficaces et entraînants (de Everiday I Love You Less And Less à I Predict A Riot) tandis queRuby reçoit le meilleur accueil grâce à une couverture média plus large de leur nouvel album. Comme à son habitude, Ricky saute, harangue, gesticule, escalade, provoque, charme… un vrai petit manuel illustré de la rock-star à lui tout seul. Au point qu’on se demande parfois s’il n’est pas un peu l’arbre qui cache la forêt. Qu’importe, l’efficacité est de mise et la mayonnaise servie par le quintet de Leeds semble avoir bien pris auprès du public…

Crédit photos : Thomas Lafont

Chroniqueur