Eurockéennes @ Belfort – 30 juin au 2 juillet 2006


32 000 festivaliers par jour, une programmation d’une rare richesse et -incroyable- un soleil de plomb durant trois jours, voilà le bilan de ces Eurockéennes 2006 qui ont vu The Strokes, Two Gallants, Depeche Mode, Morissey entre beaucoup d’autres, tenir le haut du pavé. Et comme si cela ne suffisait pas, le premier concert de Daft […]

32 000 festivaliers par jour, une programmation d’une rare richesse et -incroyable- un soleil de plomb durant trois jours, voilà le bilan de ces Eurockéennes 2006 qui ont vu The Strokes, Two Gallants, Depeche Mode, Morissey entre beaucoup d’autres, tenir le haut du pavé. Et comme si cela ne suffisait pas, le premier concert de Daft Punk en France depuis 10 ans, c’était aussi ce week-end là. Récit.

Vendredi 30 juin :
Arriver aux Eurockéennes de Belfort sous un soleil éclatant, c’est un peu comme espérer faire bronzette au mois décembre en Bretagne. Improbable. Et pourtant, il semble que cette année, les organisateurs ont aussi pu régler ce paramètre. Du coup, commencer par les québécois de Malajube à la Plage (scène au bord de l’eau, avec du sable, du vrai) c’est encore plus agréable. A Belfort beach donc, le rock garage déjanté des Malajube donne encore un peu plus de plaisir à se trouver là. Frais et enjoué, leur set montre aussi que le rock avec des textes en français, c’est possible sans Noir Désir, et pas ridicule pour un sou. Bref, c’tait ben l’fun.
Rien à voir avec Deftones ensuite dont le set s’avère aussi pataud que l’est devenu le chanteur Chino Moreno, presque méconnaissable quinze kilos en plus. Commentaire glané dans l’assistance : « Deftones c’était bien sur les deux premiers albums, mais depuis qu’ils se sont mis à écouter Duran Duran, c’est parti en sucette ». CQFD.

Ensuite, et c’est un peu le luxe des Eurockéennes, il faut faire des choix car très vite les concerts se chevauchent. D’un côté, les déjà fatigués Arctic Monkeys sous un chapiteau inaccesible pour cause de hype persistante, de l’autre Two Gallants, duo guitare-batterie presqu’inconnu aux charmes bluesy-folk. Choix pas vraiment cornélien, donc retour à la plage, les pieds dans le sable. Adam Stephens (chant/guitare/harmonica) et Tyson Vogel (batterie), de San Francisco, n’ont pas de roadies. Affairés à leur balance, le set commence comme un brouillon de concert. Avant de décoller. Son brut, bluesy à souhait, une voix déchirante, synthèse parfaite entre Kurt Cobain et Johnny Cash, et un batteur au diapason, Two Gallants profite du coucher de soleil pour nous asséner la première claque du week-end.

Alors que le barouf provoqué par Arctic Monkeys fait office de repoussoir, on échoue sur la mini-scène du sound-system à l’entrée du site. Là, la pop raffinée autant qu’énergique des bordelais d’Adam Kesher s’épanche devant une audience clairsemée… Dure loi de la notoriété, ils auraient mérité eux aussi leur espace à la plage.

Ce qui n’est pas le cas de Dionysos et Synfonietta, qui pourtant squattaient la grande scène à l’heure de l’apéro. Projet bancal, cette alliance du groupe français et de l’orchestre classique de l’école de Belfort a en plus souffert d’une coupure totale de courant, l’espace d’une dizaine de minutes. Et, oui, Mathias Malzieu a quand même sauté comme un cabris pendant tout le concert. Les Gallois de The Young Knives, avaient eux, pour le coup, décidé de nous faire sauter. Leur pop efficace a ravi plus d’un péquin devant la minuscule scène du sound system, même si beaucoup avait choisi l’option Polysics.

Alors que l’on se dirige doucement vers le concert de The Strokes, Damian Marley joue les chauffeurs de salle sous le chapiteau. On pense alors à ce vieil adage du festivalier : il n’est pas de bon week-end musical sans un bon concert de reggae. Mouais. Ce soir là, pourtant, ça n’est pas aussi désagréable. Damian joue un reggae qui sort de l’ordinaire et très groovy.

La voie est donc libre pour The Strokes. Aperçus en conférence de presse un peu plus tôt, Nick Valensi et John Hammond Jr avaient plutôt l’air contents d’être là. C’est déjà ça. Casablancas, lui avait sans doute décidé d’évacuer le stress ailleurs. Pas vraiment réussi, car visiblement nerveux à son arrivée sur scène. Pour se décomplexer il lance ses petits camarades sur un « juicebox » tonitruant, chantant à s’en faire sauter les cordes vocales. Le gang New-Yorkais égrène ainsi les meilleurs titres de First Impression On Earth (You Only Love Once, Razorblade) et d’autres évidences antérieures (Reptilia) dans une exécution toute personnelle, lisse et policée. Lors d’un rappel qui ne viendra jamais, on aurait aimé entendre un NY City Cops survolté, histoire de finir en beauté. Dommage, tout avait été parfait jusque-là…
Tandis que les furieux The Gossip prennent la relève, (lire la chronique de leur concert de la veille, au festival Mo’Fo), difficile de ne pas piétiner d’impatience en attendant les Daft Punk. Après huit ans d’absence, on ne sait pas ce que Bangalter et de Homem-Cristo peuvent nous réserver hormis ce qu’ont pu laisser espérer des vidéos de leur première à Coachella, en mai dernier. A savoir quelque chose de pharaonique. Et puis, enfin, les premières notes raisonnent. Les deux dj débarquent en combinaisons noires et casques, esprit secte robotique. D’abord méconnaissable, l’intro de Robot Rock annonce toute de suite la teneur des évènements : son dantesque, d’une précision et d’une pureté inouïe, décore numérique hallucinant. Installés sur un vaisseau pyramidal aux parois luminescentes, les deux humanoïdes s’affairent à leur platine tandis que sur les écrans (au-dessus, derrière sur les côtés, partout !) se déversent des torrents de lumières et d’images. Cloué sur place, on observe ces deux fous s’agiter dans un éblouissement béat. S’enchaînent évidemment les tubes planétaires, « Technologic », ou « Da Funk » , joués dans des versions revisitées et transformées, mais toujours dotées du refrain identifiable, de la mélodie qui tue. La puissance des basses est telle qu’on vibre sur place. Une expérience quasi sensorielle. Au bout de 90 minutes qui en paraissent 10, les lumières se rallument. On reste quelques minutes sur place à contempler la scène d’un air hébété, abasourdi par ce show monumental.

Samedi 1er juillet :
Encore un peu sous le choc de la veille, on se dit que le meilleur est déjà derrière nous. A tort peut-être, car la programmation du samedi laisse encore espérer quelque bonne réjouissances. Sous un soleil de plomb, les Hushpuppies attisent un public déjà chauffé à blanc. Quant à I Love UFO à la Plage, la chaleur ne semble pas avoir diminuer leurs ardeurs. Plus calme, et surtout sous le chapiteau de la loggia, Seb Martel livre pour sa part un set plaisant, tout simplement.

Alors que les festivaliers se préparent à squatter les quelques écrans disséminés sur le site pour regarder France-Brésil, le premier gros morceau de la journée, Morrissey se profile. Tout en retenue, chemise noire de rigueur, le Moz fait une entrée discrète sur scène. Bien qu’un peu enrobé et vieilli, ce romantique transi chante encore comme dans ses plus belles années. Entre titres de The Smiths et compos perso, il passe en revue une bonne partie de sa carrière dans un registre très rock, très pêchu. La présence dans son groupe (par ailleurs excellent) de Matt Walker, batteur phénoménal, qui avait joué ici-même avec les Smashing Pumpkins en 1997 n’y est pas étrangère. Morrissey donc, son groupe d’orfèvre, un rock sensible et lyrique. Mais aussi un humour bien anglais et un brin de paranoia: « J’ai un single qui a à peu près marché en France… silence… Merci à vous !? » ou s’excusant alors que la chaleur le fait changer trois fois de chemises : « Désolé, nous faisons de notre mieux et c’est déjà beaucoup… ».

Il est environ 21h00 pile quand le Moz rend l’antenne. Au même moment, la France affronte le Brésil sur TF1. Autant dire que le concert de Camille and Pascals, est déserté par une bonne partie de la foule masculine présente sur le site. Une foule regénérée lorsqu’il s’agit d’acclamer Depeche Mode sur scène plus tard. Il faut dire que pour qui n’a jamais vu Gahan et consorts sur scène, ça n’est pas rien. Entre tubes absolus (Personal Jesus, Enjoy The Silence) et morceaux récents, en passant par des titres plus méconnus, le groupe se montre à la hauteur de sa réputation : une grosse machine à distiller du son et de l’émotion. Peut-être aussi que le résultat de France-Brésil est pour quelque chose dans cette appréciation!

Malheureusement, les Animal Collective nous passe sous le nez. Du coup, c’est Coldcut, groupe de DJ à l’origine du label Ninja Tunes, qui clôt la soirée par un show intéressant, visuellement très captivant. Côté son, Coldcut est en forme. Mais Daft Punk, la veille, a écrasé toute concurrence.

Dimanche 2 juillet :
Pour cause de départ par le train de19h pour Paris, la journée est courte. Le temps tout de même d’apprécier les canadiens d’Islands, formés d’ex membres de feu Unicorns. Tantôt festive et virevoltante, tantôt lascive et contemplative, la pop d’Islands demeure un savant montage d’influences diverses. Sur scène, ça ne manque pas de conviction, mais on a du mal à rentrer dedans. Peut-être l’horaire, (16h10) ou la fatigue de la veille.
C’est un peu le même problème pour Blackalicious, qui investissent la Grance Scène dans la foulée… Seul Gift Of Gab, l’un des trois mc du groupe est présent sur scène, accompagné d’un DJ derrière les platines. Du coup, la batterie de tubes et de perles hip-hop-soul qui jalonnent leur discographie perd un peu de son attrait. Qu’importe, le quota de frisson a déjà été largement dépassé. Et ça n’est pas un déchirement que de laisser Muse, le soir, sur sa grande scène. Tout a déjà été dit.

Légendes photos:

Two Gallants : photo 2
The Strokes : photos 3 et 4
Daft Punk : photos 5 et 6
Morrissey : photo 7

Chroniqueur