Festival Beauregard @ Hérouville-Saint-Clair 1-2-3 juillet 2016


Une huitième édition toujours avec de bons moments, dont certains inoubliables !

Ne nous le cachons pas, cette édition nous l’attendions surtout pour PJ Harvey et à moindre degré Robert Plant et les Chemical Borthers. Ils étaient bien là et ne nous ont pas déçus. Mais d’autres nombreux artistes dont les styles ou les récentes sorties faisaient craindre le pire ont également étoffé allègrement ce beau week-end pas aidé par la météo…

Vendredi 1er juillet

Hey Boys, Hey Girls…..

La journée, et donc le festival, commence pour nous avec le concert des Brian Jonestown Massacre. Cela fera office de faux départ au prix d’une prestation insipide d’un Anton Newcombe en manque de café/guronsan (ou autre), par crainte de tomber d’entrée en crise d’apoplexie nous nous empressons vers des places de choix pour le concert suivant. Nous arrivons en terrain connu avec Feu! Chatterton réputés, à juste titre, pour leurs prestations scéniques. Dans un style différent, il faut remonter à Noir désir pour trouver un groupe français aussi captivant sur scène sans jamais délaisser la qualité des textes. Un chanteur au charisme certain, un vrai acteur sur scène accompagné de musiciens bien rock, mais, légèrement en retrait, un live de Feu! Chatterton c’est du théâtre et du rock, une vraie bouffée d’énergie pour quiconque y adhère. Déjà très pros malgré leur jeune carrière, le groupe saura notamment profiter d’ennuis de sono (la météo sans doute) pour amener un peu plus le public à les suivre. En résumé, pas surpris, mais très loin d’être déçus, nous gardons en tête bien gravé le nom de Feu! Chatterton… Après cela, la question qui ne se pose pas : affronter la « prose » de Nekfeu ou attendre bien sagement un gros morceau de la soirée, Beck, bien entendu nous restons sur place. L’Américain faisait office des doutes sur la programmation, eu égard à l’ancienneté des productions qui nous ont fait l’apprécier. Ouvrant le bal par un Devil’s Haircut toujours brûlant, enchaîné sur un Looser délicieusement classique, le garçon n’aura pas tarder à éteindre toute crainte de notre part. Par la suite le génie de composition qu’on lui reconnaît transpirera de tout le set, au bord du décrochage sur trop de pop, il arrivera toujours à nous maintenir dans son monde, faisant presque évoquer à certains un côté Bowiesque. Alternant ses succès avec d’autres titres plus méconnus, et s’appuyant sur un très bon groupe, Beck va nous offrir une prestation agréable et très pop, dans le sens accessible, aux confins du rap, du funk et de la disco (entonnant même quelques mesures de Donna Summer) pour au final un excellent moment du week-end. Nouvelle question bien moins évidente, s’afférer vers les Belges de Ghinzu ou préserver son strapontin pour les Chemical Brothers, stars dancefloor incontestées de notre jeunesse. Nous sentons la désapprobation poindre, mais les chemical emporteront le débat. Il faut dire que la venue en 2010 de nous voisins du Nord ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable… En tout état de cause, loin de regretter notre choix, nous garderons du concert des Chemical Borthers la sueur, les crampes et le sourire béat. A-t-elle duré 30 minutes ou 3 heures, nous n’en savons rien, mais la prestation des Britaniques, tant par le beat que par le décor (un jeu de lumière dantesque), demeurera clairement un moment mythique de cette édition. Une petite enquête auprès de l’assistance confirmera l’unanimité du public sur ce point. C’est totalement vidé que nous laissons The Shoes et Rone clôturer cette belle première journée sans nous.

Samedi 2 juillet

Been Dazed And Confused For So Long It’s Not True…

Clairement, c’est la perspective presque risquée de voir les vestiges de Led Zeppelin qui aura le plus motivé notre venue ce samedi. En attendant, la journée sera un peu longue… Commencée sur le shoegaze psyché des Horrors, l’après-midi s’annonce mal, avec un groupe qui suscitait tout de même de l’intérêt. Peut-être que le style ne s’intègre tout simplement pas au contexte d’un festival, mais le set du groupe ressemblera à une pâle copie des productions studio, par un groupe sans énergie ni charisme, de l’ennui pur et simple… S’en suivront les français Naïve New Beaters, Brigitte et La Femme dont nous pouvons clairement reconnaître l’engouement du public fidèle, public dont nous ne faisons juste pas partis. C’est alors que le moment est venu, le moment où l’on se sent fébrile de voir son illustre idole, grossie et vieillissante espérant toucher un peu du doigt aux souvenirs de nos chanceux aînés, Robert Plant and The Sensational Space Shifters font leur entrée… Ouvrant d’entrée sur le répertoire de Led Zeppelin, le public, nous y compris, est conquis. Profitant des Dazed And Confused, Whole Lotta Love, I Can’t Quit You Baby ou encore Rock And Roll moins puissants et revisités certes, mais toujours jouissifs à souhait : nous n’avons jamais autant touché de si près au culte. D’une voix étonnement préservée à 67 ans, Robert Plant nous présentera aussi son univers personnel. Celui qui aura été à la base des inflexions orientales du zeppelin de plomb va intégrer à son set ses propres compositions folk blues très marquées par des instrumentations « exotiques ». Le public venu en majorité pour récolter les miettes d’une époque révolue restera bien accroché à la prestation clairement intègre de l’artiste. Et mon dieu, soyons honnête, la chair de poule ressentie aux premières notes de Dazed… on ne les reniera pas, loin de là! Nous laissons ensuite à d’autres le soin de s’extasier devant Lilly Wood And The Prick et prenons place pour les samples survitaminés de The Avener, et quelle réussite!  S’appuyant sur un jeu de lumière réussi l’artiste va clairement transformer le parterre en dancefloor géant avec classe et grande maîtrise. L’éternel débat « le sampling est-il de la musique? » trouve sa réponse dans ce public immense à se déchaîner sur les beats de l’artiste. C’est alors que se présente à nous, notre grande déception studio de l’année : The Kills. Bien sûr, nous ne sommes pas tous d’accord à l’écoute de « Ash & Ice », mais le virage entrepris légitimait clairement la peur d’un set plat. Mea Culpa, s’il y a eu un concert rock’n’roll cette année à Beauregard, c’est bien celui-là avec une Alison Mosshart au firmament de son art, animale, sexy et syncopée, une vraie prêtresse chamane. Mister Hince, pas en reste, va faire de nouveau résonner ses saturations suintantes symptomatiques du groupe avec rage et flegme désabusé, du grand art! Nous resterons tout de même bien plus fans de la première période musicale du groupe également sur le live, décrochant par moment sur les rythmiques trop complexifiées de la période plus récente.  Mais clairement nous aurons retrouvé en l’espace d’une petite heure de live toute l’essence du rock sale instantané des Kills, ouf! La soirée s’achèvera sur le « produit local » Fakear dont les premières notes n’auront pas raison de notre fatigue…

Dimanche 3 juillet

PJ? To Bring you my love…

Le voilà, le jour que nous attendions depuis l’annonce de la venue de la déesse de l’underground. Le dimanche sacré par l’arrivée de PJ Harvey! Et nous allons patienter encore quelques heures, en très bonne compagnie, exclusivement féminine! Première de la liste, Jeanne Added, va réellement nous bluffer avec une performance tenant du sport de haut niveau. Bondissante, occupant tout l’espace le concert durant, l’artiste française a vraiment un charisme tenant du hip-hop sur scène. Nous délivrant un pop rock survitaminé, la jeune fille va très rapidement emporter les suffrages par son intégrité et sa générosité sur scène, à tel point que l’on se dit qu’il s’agirait de s’attarder un peu plus longuement sur ses diverses productions. Jain nous offrira le loisir de prendre une petite pause avant l’arrivée de Lou Doillon. Récemment produite par le leader Timber Timbre, nous avons été autant charmé par l’album que nous étions circonspects quant à sa retranscription live. De toute évidence, le charme est toujours là, il en est même exacerbé. L’actrice a un don certain pour happer son audience entre introspection et sensualité et ainsi faire honneur à son producteur, grand artisan de l’édition précédente. L’intervention d’une heure de Lou Doillon pourrait se résumer à une forme d’enchantement un peu sombre, suave avec sa forme de violence tacite. On imagine cette atmosphère d’autant plus prégnante en salle… Dernier dilemme du week-end, la foire baroque de Beirut ou la place privilégiée pour PJ Harvey, vous aurez vite compris l’issue. Et alors, voilà donc l’argument-choc de cette année, nous concernant du moins. Une kyrielle de musiciens débarquent sur scène au son des tambours, PJ au milieu de 9 acolytes. On repère, cuivres, cordes et percussions qui seront employés avec une maestria désarmante pour une prestation tenant de l’hypnose et du mysticisme. Que dire de l’élégance presque ostentatoire de la dame, que dire de la majesté des arrangements qui l’accompagnent. Il s’agit bien de cela, on est littéralement désarmés. Dans ces cas-là, on tente de se situer par rapport à d’autres expériences et là, on pense au magnétisme glaçant d’une Beth Gibbons et à l’aura artistique d’un Nick Cave et ses bad Seed croisés quelques années plus tôt sur cette même scène. Nous sommes montés pour l’occasion bien haut dans la magie métaphorique et instinctive qu’offre parfois la musique, ce genre de moments où il n’y a plus que vous et la musique, un dialogue entre l’artiste et votre âme duquel vous êtes spectateur… Certains iront critiquer le manque de communication direct avec le public, soit, mais ces personnes souffrent probablement d’un lourd problème de chakras… S’ajoutant à la liste déjà bien fournie des moments inoubliables de ce festival, PJ y côtoie Mogwaï, Nick Cave, les Pixies ou encore Portishead.

 

Voilà donc, pour cette 8ème édition qui confirme que le festival Beauregard sait faire plaisir à un public des plus disparate. Ceci occasionne une programmation cocasse: cela nous aurait tout de même fait mal de nous attaquer à Louise Attaque cinq minutes après ce que PJ Harvey venait de nous donner. Néanmoins, toujours pas une année noire dans un festival réellement bon enfant, globalement bien géré malgré les aléas du temps ou des restrictions de sécurité plus drastiques. Le festival Beauregard a décidément bloqué pour longtemps les premiers week-ends de juillet de nos agendas…

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