Festival Beauregard @ Hérouville-Saint-Clair 4-5-6 juillet 2014


Orgie de lives, dont quelques souvenirs impérissables

Vendredi 4 juillet
Commençons par un mea culpa flagellaire, le patriotisme sportif nous aura fait manquer le début du festival, marqué -d’après une enquête rapide- par un très bon set de Midlake au top de leur art, qui auront bien capté l’assistance. Ce fut par contre plus mitigé sur London Grammar dont il est vrai que la musique froide et introspective semblait moyennement propice à un festival en pleine journée.
Nous arrivons sur place pour l’entrée de Blondie sur scène, par respect pour l’âge avancé de la dame et ses investissements chirurgicaux nous dirons juste que les musiciens étaient vraiment très bons, mais la pauvre dame doit clairement passer à autre chose, l’éternel Call me fut sauvé du marasme par la bienveillance du public anglophone… Nous nous échappons vite de cette embuscade pour nous installer confortablement près de la scène B où IAM s’apprête à prendre le relais. Un passage en revue de leur répertoire le plus connu agrémenté par des flows parfaitement calibrés et a cappella nous fera passer une heure fun et pas désagréable avec les Marseillais. Ce qui a, pour cette soirée, des allures de tête d’affiche pour le public présent, c’est Shaka Ponk dont prestance scénique donnera le change sur les premiers instants, mais, quand c’est pauvre musicalement, la scène n’y change rien, et le concert en question fut une vraie épreuve… La soirée s’achèvera doucement avec l’electro soft de Kavinsky et de Disclosure qui à l’image de cette première journée aura bien du mal à nous emballer. Il faut aussi reconnaître qu’à l’annonce du line-up nous ne misions que très peu sur cette journée.

Samedi 5 juillet
Nous revenons donc, le cœur plein d’espoir sur ce qui nous attend ce samedi, deuxième journée du festival. À 17h Serge Teyssot-Gay (croisé la veille incognito dans la foule de IAM) nous expose son nouveau projet Zone Libre Extended. Plus précisément il s’agit d’une nouvelle mouture du projet Zone Libre existant depuis un moment déjà. À l’image de la formule initiale, nous voilà avec Sergio à la guitare, accompagné d’un batteur et de deux rappeurs au micro. Plus abordables, cette nouvelle formule nous aura enchantés tant par leurs textes acérés comme les six cordes de STG que la prestance de ces membres ou le jeu exceptionnel d’un des guitaristes français les plus excitants. Les moult averses qui ont ponctué cette performance n’auront pas raison de notre enchantement et donneront à ce concert des accents dantesques, Zone Libre Extended : un projet à suivre de très près. C’est maintenant l’heure de We Have Band qui s’annonce bien, avec dès le début une énergie à bloc transformant  instantanément l’espace en dancefloor géant. Quelques soucis de saturations des basses ne calmeront pas les velléités du public à bouger son body. Malheureusement à en faire trop, le groupe s’essouffle et perd de son aura et comme une fatalité on décroche d’un set qui au final, sans être désagréable ne restera pas dans les anales. Nous pouvons alors noter tout l’engouement que le groupe suivant engendre, Foster The People dont l’arrivée enclenchera cris et sauts incontrôlés, l’accoutrement cuir, l’allure rockeur débraillé engage, il faut reconnaître. Sauf que dès les premières notes on comprend tout de suite où on se trouve, aux confins du cliché, une sorte de Words Apart à guitare, mèche rebelle, voix d’ado efféminé, et instru digne d’un sketch satyrique. Après cela Angus & Julia Stone, n’auront pas grands efforts à fournir pour emporter l’adhésion. Et de fait le couple et leurs compères nous livrent une prestation des plus honorables tout en délicatesse, une sorte de pop country intimiste qui ressemblera à une pause dans le festival, un peu longue sur la fin. Il paraîtrait qu’ensuite Vanessa Paradis s’est produite avec Benjamin Biolay à ses côtés, peut-être n’est-ce qu’une rumeur… Le dernier invité de la programmation arrive à son tour, Paul Weller, ancien des Jams et grand mentor des frères Gallagher, a pallié la défection des Madness, et avec le recul ce fut une très bonne nouvelle. Avec flegme et simplicité, le papy nous démontre à tour de titres de 3min toute l’aisance qu’il a à produire une pop furieusement efficace, tout en classe, une vraie belle heure passée avec un digne représentant de la première génération musciale british post-Beatles . Et le moment est arrivé, c’est l’heure, Beth Gibbons et Portishead sont là. Et quelle expérience qu’un tel concert! L’aspect très produit de leurs albums laisse présager des concerts peu prenants. Que nenni, d’une facilité qui tient du divin, le groupe et sa chanteuse magnifient leurs productions studio, avec des saturations, des effets hypnotisant, une puissance exceptionnelle et un visuel très travaillé. Bien entendu Beth Gibbons nous a, malgré son attitude à la limite de l’autisme, pris sous son aile d’ange, comme si l’on avait consenti à lui livrer nos cœurs, pour soins, pendant une heure. Un instant inoubliable où nous n’aurons jamais été aussi proches de lâcher une larmichette pour de la musique… À peine remis de ce moment hors du temps, Fauve s’affère, nous y allons quelque peu douteux sur la capacité du collectif à enchaîner. Les premiers instants de parlote, toujours indigents quand ils durent, n’estomperont pas nos craintes. Et alors, les amis se lancent dans une heure pleine de peps et d’authenticité, avec un live qui dépassera largement la puissance de leur album entraînant le large public qui sera réceptif du début à la fin, Fauve sera presque la surprise de ce festival. La clôture de la journée, Gesaffelstein et son electro dark ne nous empêchera pas d’aller nous sécher dans le confort de nous pénates, après une journée des plus humides…

Dimanche 6 juillet
Malgré ces superbes moments de la journée de samedi, nos plus grands espoirs étaient fondés sur ce dimanche, et nous commençons avec le vieux papy bluesman adepte des confections et rafistolages de guitares des plus improbables, j’ai nommé le génial Seasick Steve. Du haut de ces 70 ans, la casquette John Deere bien vissée sur la tête, la barbe de 3 – 4 ans pendante, le doyen nous a balancé un set garage blues jouissif au possible usant d’humour et de clin d’oeil, charmant l’audience en un claquement de doigts. Il faut avouer que quand le bonhomme vous explique que la guitare qu’il a dans les mains lui a été fabriquée par Jack White avec un enjoliveur auquel lui-même a rajouté une vieille boîte de conserve, on est vite emballé, du moins amusé. Rythmé, trash, un instantané de pur redneck dont le public aura du mal a accepter l’absence de rappel, Seasick Steve ou, pourquoi a-t-on électrifié les guitares. Après un tel début, la journée – enfin ensoleillée – partait du mieux possible… Au tour alors de Yodelice qui se fendra d’un live très bon voir vraiment plaisant par moment, dansant et avec un style vraiment marqué. Agnes Obel emboîte le pas, et comme prévu, la gentille jeune fille seule au piano à chanter son intimisme ne semble vraiment pas à sa place dans le cadre du festival. Cet intermède nous aura amenés à patienter dans les transats avant que, l’une des grosses révélations de cette année, le groupe Breton ne prenne possession des lieux. Fort d’un large succès critique, la bande se livrera à une prestation au service minimum n’apportant pas grand-chose de plus à leur album au risque d’en devenir presque ennuyeux. Et dans la famille des poids lourds, je demande Damon Albarn, venu défendre un ‘Everyday Robots’ dont l’adaptation sur scène nous aurait certainement bloqués si l’on ne connaissait pas l’oiseau. Plus dansante, plus contrastée et surtout bien plus vivante, la prestation scénique de Damon s’affranchit rapidement des défauts poussifs de son album et l’incartade Gorillaz avec Clint Eastwood aura embrasé le nombreux public. Avant dernier concert, le John Butler Trio va nous plonger dans un rock funky tantôt heavy tantôt hypnotique du plus bel effet, une belle réussite, une vraie claque quand on n’en attendait pas grand-chose. À noter une interprétation exceptionnelle du titre Ocean qui restera un moment très fort de cette édition. Seul défaut de ce concert, et il en fallait bien un, était leur créneau qui les plaçait avant les grands et cultissimes Pixies. C’est bien avec 20 minutes d’avance que nous prenons place au plus près de la scène, et on est déjà loin… Fébriles quant à savoir l’état de forme de Franck Black et de ses acolytes, l’absence de Kim Deal, la proportion des anciens titres dans la setlist. Nous patientons donc jusqu’aux premières notes de Debaser. Sans respiration, les trois premiers titres nous amène rapidement à un Rock Music des plus fous joué à fond, hurlé à pleins poumons. Et on aura tous les titres, Nimrod’s Son ou encore Isla De Encanta et bien sûr le passage obligé Where Is My Mind, une mention spéciale pour le génial Gouge Away.  La rage, la fureur anime toujours les Pixies et on l’entend très bien, à tel point qu’on a le sentiment d’assister à un concert d’époque. Une claque de plus, on n’a jamais touché autant au mythe, mais un mythe qui n’a pas pris une ride, une clôture du festival en apothéose avec ce pied monumental que nous avons pris.

Conclusions
En somme, IAM fut sympa, Zone Libre Extended plus qu’excitant, Paul Weller efficace, Fauve franchement bluffant, Seasick Steve jouissif et emportant l’unanimité, Damon Albarn impérial et John Butler Trio, un super moment.

Mais par-dessus tout, on pourra résumer les prestations de Portishead et des Pixies en paraphrasant un grand penseur de notre temps : “Vous l’croyez ça? … Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille. Enfin l’plus tard possible, mais… on peut. Ah c’est superbe! quel pied, ah quel pied! Oh Put***!”

Beauregard ne s’est jamais caché d’être un festival large et familial, il est donc logique de ne pas tout aimer non plus, voir, en passionnés que nous sommes, clairement être révulsé par certains, quelques part nous doutons fort que le fan de Vanessa Paradis ait pris un grand plaisir sur les vociférations de Frank Black. Il n’empêche qu’à l’image de l’an dernier, il y a eu de vrais immanquables pour nous, indéistes, largement assez pour souhaiter que le festival perdure.

Merci John Beauregard, pour cette édition 2014 qui aura encore une fois tenu ses promesses et longue vie à toi!

Nous attendons les photos du festival pour compléter au mieux cet article, mais d’ores et déjà plusieurs lives sont à revivre en replay sur le site de culturebox

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