Festival Generiq (Tricky, Wire, Concrete Knives) @ La Vapeur, Dijon – 8 Février 2018


C'est dans une Vapeur toute neuve après 18 mois de travaux et inaugurée la veille que la grande soirée du festival Generiq a pris ses quartiers pour un plateau alléchant.

La salle de La Vapeur avait manqué aux fans dijonnais de musiques actuelles qui sortent des sentiers battus, ce qui faisait de cette soirée de la dixième édition du festival Generiq, qu’on appelle aussi les Eurockéennes d’hiver, un double événement. La Vapeur avait réouvert ses portes la veille en accueillant Nada Surf mais, pour beaucoup des festivaliers présents jeudi soir, c’était une redécouverte plutôt plaisante, la configuration de la grande salle, qui peut désormais accueillir 1200 spectateurs, se révélant bien conçue, avec des jeux de lumière au top et une acoustique enfin à la hauteur. Mais, au-delà de la curiosité, l’affiche de la soirée avait de quoi inciter à se déplacer. Les premiers à investir la scène étaient ainsi les Caennais de Concrete Knives qui avaient toute leur place dans une salle à peine réouverte puisque, pour eux, c’était le premier concert depuis bien longtemps, sachant que cela faisait cinq ans qu’ils n’avaient plus donné de nouvelles avant d’annoncer un second album à paraître le 23 février prochain. Musicalement, le groupe a livré une prestation solide, leur pop aventureuse, audacieuse et atypique a bien été mise en valeur, hélas, leur set aura été un peu plombé par le jeu de scène “emprunté” de Morgane Colas, leur chanteuse, et le manque de communication avec le public. Le set nous aura néanmoins convaincus de s’intéresser à leur album à venir, le groupe n’ayant rien perdu de sa verve musicale.

Le temps d’aller se restaurer ou prendre un verre, ce sont les vétérans de Wire qui se préparent à prendre la suite. Et le concert aura généré des sentiments variés : comme souvent quand on a affaire à un groupe indécrottablement anglais, plus encore dans le cadre d’un festival, on a la sensation que le combo fait le boulot sans se faire d’illusions, persuadé que, de toute façon, personne ne comprend rien à leurs paroles ni à leur démarche (ce qui n’est pas entièrement faux, reconnaissons-le). Toutefois, le groupe n’a pas non plus expédié le set et, en l’espace de 45 minutes, on sera passés de morceaux tendus et radicaux à d’autres ouvertement pop ou planants. Et, au final, Wire aura grosso-modo déroulé tout ce qu’on a entendu dans le rock depuis quarante ans, signe qu’ils ne sont pas encore là par hasard.

Deuxième interruption, on approche du milieu de la nuit quand le (plus si) kid (plus tellement) de Bristol arrive à son tour. D’entrée, on est sous l’emprise du jeu puissant de ses musiciens, des basses martelées, et Tricky ne tarde pas à envoûter le public de son chant cyanuré et de sa gestuelle convulsive. Puis, fidèle à son caractère imprévisible, il interrompt un morceau pour demander qu’on baisse la lumière (qui n’était pourtant déjà pas très forte au départ), sort de scène par moments pour laisser la chanteuse qui l’accompagne assurer le show le temps d’un superbe Overcome, revient et ensorcelle ceux qui sont conquis par son côté “transe chamanique” et lasse les autres quand il étire les morceaux parfois plus que de raison en répétant les mêmes phrases en boucle. Bref, Tricky est à la hauteur de sa réputation mais, pour ceux qui le connaissent un peu, c’était pour lui un bon soir, il se sera donné sans réserves et sans faux-semblants. Après 25 ans de carrière, pas de signes d’usure chez lui, qu’on se le dise ! Au final, cette soirée aura tenu ses promesses : de l’éclectisme, un public présent, des artistes à la hauteur. Que demander de plus ?

Rédacteur en chef