Festival International de Benicàssim @ Benicàssim – 17/20 juillet 2008


Comme chaque année, quelques jours avant le début du festival, Benicassim voit des hordes colorées envahir les terrasses et les bars à tapas…  et pour cette édition 2008, elles sont particulièrement imaginatives. Une fois de plus le ton est donné, le spectacle se situe autant en marge du festival que sur scène. Les jeunes filles […]

Comme chaque année, quelques jours avant le début du festival, Benicassim voit des hordes colorées envahir les terrasses et les bars à tapas…  et pour cette édition 2008, elles sont particulièrement imaginatives. Une fois de plus le ton est donné, le spectacle se situe autant en marge du festival que sur scène. Les jeunes filles arborent fièrement des peintures fluo roses ou jaunes ; les plumes, les paillettes et autres accessoires festifs sont de mise, y compris les costumes de cow-boy, de Marilyn ou de Wonder Woman. Le jeudi soir, la foule quitte les rues, sans se presser, pour une soirée fibstart alléchante.

Jeudi 17 Juillet 2008

Le temps d’entrer tranquillement sur le site et de prendre ses marques, la Escenario Verde a déjà pris les couleurs de Sigur Rós. D’énormes ballons blancs sont en suspension, la scène est couverte d’instruments : claviers, xylophones, guitares et même une estrade avec des pupitres qui ne semblent plus attendre qu’un petit quatuor… Le public n’est pas très dense mais tout le monde à l’air curieux. Lorsque les quatre islandais arrivent, la dimension de spectacle se fait plus présente car ils sont tous costumés. D’une sobre veste pour le bassiste à un débardeur étrange et coiffe à plume pour le batteur, l’ensemble est joli. Le set s’ouvre sur le désormais célébrissime Svefn-G-Englar, comme pour rappeler aux novices qui ils sont. Le son prend une ampleur chargée d’émotion dans la nuit espagnole, les ballons s’illuminent et la magie opère. Loin de rester dans l’atmosphère calme et planante qui les caractérise souvent, l’ambiance se fait gaie et énergique à grands renforts de cuivres (tout de blanc vêtus) et de cordes (puisque le quatuor Amiina les a suivi jusqu’à Benicassim !) Une parfaite ouverture au festival qui semble être donc cette année sous le signe de festivités inventives et colorées !

La tâche est ensuite ardue pour Mates of state. Le duo batterie-clavier ne semble pas très à son aise sur la grande scène, devant un public plus que clairsemé qui semble préférer profiter des joies de la pelouse et du sponsor du festival… Leur prestation demeure néanmoins honorable et les compositions sont fraîches.

Les Black Lips quant à eux décident de ne pas se laisser intimider par l’environnement et par le retour d’un public attentif. Tous très concentrés au centre de la scène, on devine qu’ils sont plus habitués aux ambiances de club qu’aux festivals internationaux et c’est justement ce qu’on regrette : ne pas les voir sur une petite scène au milieu de gens survoltés… Ils réussissent cependant un set plus qu’énergique. Ça parle, ça crie, ça gigote, c’est content d’être là et surtout ça crache, seul jeu de scène digne de ce nom (avec un guitariste-jongleur qui crache en l’air tout le temps pour rattraper son crachat… et qui parfois le rate, quitte à le garder sur la joue ! Surprenant.)

Après le show enflammé des Black Lips, la froideur de These New Puritans n’est pas aisée à supporter. Les morceaux sont ce qu’ils sont mais la prestation scénique est très posée et presque sans âme. La touche « fashion » est trop présente et le groupe en perd un peu son humanité… On choisira donc d’aller faire un tour des stands du FIB pour achever de se mettre dans l’ambiance et se réserver pour les intenses 3 jours à venir.

Vendredi 18 Juillet 2008

Celui que tout le monde espérait, malgré ses habitudes aléatoires, est bien là. Dès l’entrée sur le site du festival et plus on s’approche de la Escenario Verde, plus on se fait dépasser par des anglais essoufflés qui traversent le FIB en courant pour aller voir… Pete !!! Les Babyshambles nous font en effet l’honneur de leur présence pour un tranquille début de soirée. Le jour est encore là mais les premières notes de Delivery achèvent de mettre tout le monde sous tension. Malheureusement, la foule est très compacte et le concert se suit plus sur les écrans géants que dans une atmosphère intimiste et spontanée. Même si tout le monde semble motivé pour reprendre haut et fort l’hymne Fuck Forever, l’énergie du public ne tient pas la distance, comme en réponse au regard un peu absent de Mr Doherty. On entend même quelques français déplorer un concert inefficace comparé à celui des Eurockéennes… Imprévisible. On le savait.

Bonne surprise en revanche pour les New York Dolls. On est toujours un peu dubitatif devant les reformations de groupes cultes, plus encore quand c’est la fougue de la jeunesse qui a construit la légende… Mais là, malgré quelques fautes de goût, notamment vestimentaires (il faut vraiment cesser de vouloir réhabiliter la garde-robe de ses débuts quand on à 60 ans), la formation toujours menée par David Johansen parvient, sans en faire trop, à faire vibrer la foule à coup de riffs incisifs. La nuit est tombée sur le festival et on se laisse vraiment prendre au jeu. Le show est bien rodé mais l’effet est spontané. Sagement en rang sur le devant de la scène ces vieilles poupées chiffonnées nous montrent qu’elles sont encore là et qu’elles ont encore envie de faire du rock’n’roll.

Accaparé par les New York Dolls et le temps de traverser le site, le set de Hot Chip touche à sa fin lorsqu’on arrive. Même trop loin de la foule hurlante et bondissante pour pouvoir apprécier pleinement l’ambiance sur les 3 derniers morceaux, on comprend qu’on a raté gros en voyant les gens quitter la scène Fiberfib avec le sourire et les cheveux mouillés… Un gros choc live aux dires de beaucoup. Pas le temps de se morfondre cependant, il faut déjà retourner sur la Escenario Verde pour un des évènements du festival : My Bloody Valentine.

On prend soin de s’éloigner un peu des murs d’amplis Marshall dans une volonté (bien vaine) de préserver quelque peu ses oreilles ; d’ailleurs, la foule devant la scène n’est pas aussi dense qu’on aurait pu l’imaginer et c’est plus sur les écrans que le public semble choisir d’assister au grand retour des maîtres du shoegazing. Tout comme les voix sont très en retrait dans la musique, ils sont eux-mêmes peu mis en avant. La lumière paraît les éviter, le jeu de scène est inexistant et ce sont les vidéos qui font le spectacle. Plus le set se déroule, plus le plaisir est un peu altéré par la puissance du son, qui ne semble avoir aucune limite quand il est lancé à ciel ouvert ! On connaît les amours et le fonctionnement du groupe mais le mur sonique de la fin, qui s’étend sur plus de 10 minutes d’une énorme montée en intensité, transperce aisément les ear plugs pour s’attaquer aux tympans. Si les premières minutes sont assez jouissives, c’est dans la douleur que les dernières déflagrations sont reçues. C’est dans un état second, un peu nostalgique et gratifié d’une hypersensibilité aux basses pour quelques jours, qu’on décide de se préparer pour la nuit qui commence en préférant Erol Alkan à Roísín Murphy…

Il est encore assez tôt et la foule est fraîche pour danser, le mix est plutôt sympathique et la température monte rapidement sous la tente Fiberfib. Le public est assez mélangé, on retrouve les habituels noctambules du festival qui arrivent tout juste et des popeux dansants et sautillants. Juste de quoi se mettre dans une ambiance de fête avant d’aller voir Mika, pour un show qu’on prévoit haut en couleurs.
Et ce n’était rien de le prévoir… on se retrouve à la fête foraine. Tout est rose, jaune ou bleu, un énorme clown à la bouche béante est peint en fond de scène. Le décor est posé pour un vrai spectacle ! Après une courte intro, Mika entre en scène, vêtu d’un simple t-shirt blanc…. et d’un jean pailleté. Il est déjà bondissant et il bondira pendant une heure, courant d’un bout à l’autre de la scène sans que cela paraisse affecter son chant. La choriste semble tout droit arrivée du carnaval de Rio, des poupées géantes flottent au-dessus d’eux… et soudain au début d’un morceau, le clown se met à cracher de la neige créant une atmosphère quasi hollywoodienne et Mika s’avance sous son parapluie dans un faisceau de lumière douce et orangée. On se dit que décidément, qu’on adhère ou non au style musical, au moins le concert ne laisse pas de marbre. Tout le monde se met d’accord sur les Grace Kelly et autre Relax, tout le monde s’apaise sur les morceaux simples, seul au piano, tout le monde est ravi devant la battle entre Mika et sa batteuse sur des tambours de métal… ! L’apothéose arrive avec un Lollipop aux allures de feux  d’artifices. Les confettis remplissent bientôt l’air et le concert se termine sur un lancer de serpentins en plastique…

Il se fait tard. Peu convaincu par le DJ set de The Glimmers et la fatigue aidant, le courage pour attendre Josh Wink à 6h manque…

Samedi 19 Juillet 2008

Samedi, 20h. L’affiche de la soirée s’annonce délicieuse et sans temps mort ; en commençant par Heavy Trash, projet de Jon Spencer, sur la scène Fiberfib. 20h10. toujours personne. 20h20, un peu d’animation mais sans plus. 20h30, enfin, mais avec un retard qui interdira de profiter de tout le concert, le groupe arrive sur le plateau. On s’attend avec bonheur à déguster l’énergie brute et rockabilly de la bande… Et là, c’est le drame ; le son est affreux, beaucoup trop fort et imprécis. Le public, déjà clairsemé ne semble pas convaincu. Passons.

On retrouve avec plaisir The Brian Jonestown Massacre sur la Escenario Verde. Anton Newcombe est de bonne humeur, pas de tension palpable entre les membres du groupe. Mr Tambourine man est de retour, sur le devant de la scène, lunettes de soleil et rouflaquettes impassibles. Tout est réuni pour un excellent concert. C’est le cas ; pas de jeu scénique extravagant ou de grand discours tenu à l’audience, juste une sobriété toute rock’n’roll qui permet de mettre en valeur les morceaux. Il y a peu à ajouter ; la musique occupe tout l’espace, le son est bon, l’audience accrochée.

Le soleil est maintenant caché et Tricky va monter sur scène. Encore un beau nom sur l’affiche, beaucoup se pressent pour le voir après tout ce temps. Torse nu et toujours aussi tatoué, il arrive accompagné d’une jolie choriste (qui se trouvera plus souvent dans la lumière que lui). Il a beau être précédé d’une forte réputation, on est rapidement déçu par l’ambiance, somme toute assez plate. Le public est attentif mais calme et Tricky lui-même se montre un peu trop posé. Finis les mouvements de tête saccadés proches de la transe. Ce n’est pas un mauvais concert, loin de là, mais le son et la présence manquent d’épaisseur ; tout est trop ‘normal’ pour être excitant.

Un grand moment annoncé du festival se prépare au même moment sur la Escenario Verde : dans un peu moins d’une demi-heure, The Kills vont monter sur scène. Les amateurs de ragots people espèrent en riant que Jamie Hince n’aura pas croisé Pete Doherty… A leur arrivée, la part masculine du public bave de désir devant la belle VV alors que les filles font plus dans le vert-jaloux devant tant de classe et de froideur torride. Tout est parfait chez ces deux là ; le tombé du slim sur les boots, la mèche rebelle sous le chapeau (qui cache juste ce qu’il faut de visage), la technique du glissé latéral de Jamie jouant de la guitare ou les grands pas autour de la scène, style défilé, de sa comparse… Tout est parfait. La musique est cassante et radicale, la voix rauque est sexy en diable. Tout est parfait. Sauf que. On n’est pas dans Vogue. VV, le lion en cage dissimulée derrière ses cheveux et perdue dans ses t-shirts larges, a disparue. Les choses sont trop pensées, trop posées. The Kills live ont lourdement perdu en rage et en générosité, on le déplore et on écoute sans ferveur.

Quant aux Raconteurs, dernière tête d’affiche rock de la soirée, ils marqueront sans aucun doute les esprits. La mise en scène est simple, le décor léger mais suffisant pour nous inviter à les suivre dans leur petit univers. Steady as she goes déchaîne bien évidemment les passions du public, mais ce qu’on découvre là véritablement, c’est un groupe de live, rock, avec de profondes racines blues. Jack White est absolument incroyable mais tous les musiciens sont brillants. Le son est fort et chaleureux et on se laisse avec plaisir happer par les solos de guitares (et pourtant les solos de guitares ce n’est pas toujours le plus plaisant… !), les mélodies et les lignes de chant. Quelque chose se passe entre les cinq et cette électricité se transmet à la foule. On retiendra un morceau de bravoure, Blue veins, dans lequel Jack White montre toute l’étendue de son talent, enchaînant les ‘chorus’ de guitares pendant de longues minutes sans pour autant oublier de passionner l’audience. C’est totalement bluffé qu’on entend les dernières notes résonner. On ne s’en relèvera pas pour la soirée et, comme le vent porte, on choisit plutôt d’écouter Gnarls Barkley d’une oreille sur le chemin du retour.

Dimanche 20 Juillet 2008

L’intensité de ces quatre jours de festival les fait passer en un éclair, le FIB 2008 touche déjà à sa fin et on préfère ne pas y penser ! De très bonnes choses en perspective pour cette soirée de clôture.

On commence très calmement avec la fin du concert de Moriarty sur la scène Vodaphone. Malgré le manque de public, ça s’écoute avec plaisir : Un côté folk avec une présence un peu à l’ancienne ; on aimerait être transporté dans un autre temps pour profiter de cette bande là. Contrebasse, paravent, guimbarde, robe violette, éventail, solo d’harmonica, autant d’ingrédients qui reconstruisent leur univers très personnel en terre benicassienne. Mlle Rosemary attire les regards et joue avec ses yeux ; l’atmosphère est tout à fait théâtrale et on regrette de n’avoir été là dès le début…

On continue dans le calme sur la Escenario Verde dans une douce lumière de fin d’après midi, avec le grand Leonard Cohen ! … à qui on ne pourra pas reprocher de faire du jeunisme. On assiste là à un gros show à l’américaine avec choristes et solos de saxophones (!!) qu’on préfèrera voir, nonchalamment posé sur la pelouse. La voix inimitable est pourtant bien présente et il nous gratifie d’un nombre de classiques absolument phénoménal. Son charisme vocal, la chaleur et la douceur de son timbre sont assez impressionnant pour son âge. On se laisse complètement porter par les Hallelujah, Bird on a wire ou encore I’m your man. On a beau être un peu déçu par l’emballage policé et formaté, on ferme les yeux et on se laisse aller. Mais pas trop longtemps… Il faut aller voir Death Cab for Cutie ! Ambiance totalement différente sur la scène Fiberfib, où un folk survolté accueille un public déjà conquis. Les ingratitudes de l’organisation ne permettent de voir que quelques morceaux mais il n’en faut pas plus aux américains pour convaincre. On aurait aimé en avoir plus !

C’est le moment un peu creux de la soirée. Tous les anglais se pressent pour voir Calvin Harris et son electro(dance ?)-pop de bon aloi, surtout très tendance mais pas terriblement convaincante. Pendant que ça danse, mangeons.

Le dîner, léger, dans l’herbe, est bienvenu et permet de se préparer au choc Justice (tout chauvinisme mis à part). Le décor annonce la couleur et on fait semblant d’être impressionné par les murs de Marshall (neuf de chaque côté mais aucun branché…). La tente Fiberfib déborde de public, comme si ce concert était le passage obligé du festival. La tension et la chaleur montent rapidement, de grandes croix (et même une lumineuse) s’élèvent ça et là dans la foule et on compte bon nombre de jeunes hommes torses nus et de jeunes filles en maillot de bain. Lorsque les lumières s’éteignent enfin et que deux ombres arrivent derrière les machines, l’apocalypse commence. On se croirait dans un club géant ou les gens hurleraient et sauteraient comme dans un concert de punk. On s’imagine rester sur place mais c’est une marée humaine qui déferle et on fait rapidement 10 mètres d’un côté ou de l’autre. Si certains morceaux font revenir un semblant de calme (comme ces milliers de voix reprenant en chœur, a capella, « we are your friends, you’ll never be alone again, come on ! ») les deux compères savent ménager des montées en intensités qui achèvent de rendre leur public totalement fou. On ne sait pas où passe l’heure mais lorsque les derniers crissements de machines disparaissent, que les lumières reviennent, tout le monde se regarde, hébété, trempé des pieds à la tête, se demandant bien ce qui a pu se passer. Décidément un concert énorme, comme on dit !

Physiquement, après cette claque, tout le monde semble évoluer dans un mélange de tonicité et de grande fatigue. Les artistes qui suivent en pâtissent un peu, Morrissey le premier. Nombreux sont ceux qui suivent le concert sur l’écran géant situé en plein milieu du site, à la croisée des trois scènes. Même d’un œil distrait, on se rend vite compte qu’il est fidèle à lui-même, vieux dandy british en chemise blanche, un petit peu sur le retour mais qui fait revivre tellement de bons souvenirs (…), surtout pour l’énorme part britannique des festivaliers. Siouxie lui succède sur la grande scène, pour un show à son image de grande prêtresse de l’extravagance post-punk. Elle semble immense dans ses cuissardes argentées. Le public n’est pas très dense, peut être, parti dans une dynamique de danse festive, préfère-t-il l’electro de Supermayer, sévissant à la suite de Justice sur la scène Fiberfib… ?! Les fans sont néanmoins séduits par les grands mouvements de bras et les déplacements scéniques grandiloquents de madame. On fait le choix d’aller clore ce festival par un dernier voyage vers la scène Vodaphone où l’autre petite frenchy du festival, Yelle, distille sa pop DIY et colorée. Robe triangulaire et frange immobile, elle s’affaire souvent à motiver les troupes à taper dans leurs mains. Ça prend. C’est mignon tout plein et c’est une bonne façon de commencer la dernière nuit de festival, qui sera longue pour certains…

Une fois encore, le FIB ne trahit pas les espoirs estivaux les plus fous. Une météo plus douce que l’an passé aura même permis de profiter des concerts de début de soirée sans souffrir de la chaleur. Le spectacle de la foule était encore plus grandiose que lors de l’édition précédente et la programmation ne fait rien regretter. On pourrait parler des heures, écrire des pages entières sur le FIB, mais ça ne remplacera jamais l’expérience live de cette parenthèse magique. A bon entendeur…

Chroniqueur
The Brian Jonestown Massacre