Festival Rock En Seine @ Domaine National de Saint-Cloud – 24 / 25 / 26 août 2012


Rock En Seine, c’est l’étape rituelle de la rentrée, la grande kermesse de l’automne ; peut-être l’unique rendez-vous qui donne envie de rentrer de vacances. Il fait bon y retrouver copains copines autour d’un verre et les perdre au milieu d’une avalanche de décibels, s’en faire de nouveaux au concert d’après, reprendre un verre… et finir perdu ! Heureusement, la musique est là pour guider nos pas : décryptage d’un parcours chaotique au léger goût de déjà-entendu…

24 août

Preuve à l’appui, le lancement des hostilités par deux groupes qui sentent bon le recyclage : Billy Talent et Asteroids Galaxy Tour, qui nous rappellent les bons moments de l’édition 2009. Pas sûre, cependant, d’avoir envie de les revoir de sitôt. La scène rock tournerait-elle en rond à ce point ? Réponse négative, je crois, au suivant !

Les suivants, eux, sentent bon la chair fraîche. Ce sont les Knux qui régalent ! Et là, debout face à ces deux mecs qui ressemblent à Lenny Kravitz, je prends cher. Sur une base musicale rock réchauffée mais efficace se posent des voix aux accents hip-hop, un flow maîtrisé qui ne manque pas de déchaîner l’assistance. She’s So Up, le tube du duo, embrase le public de la scène de l’industrie quand Bang ! Bang ! fait son petit effet. Des titres taillés pour la scène, une énergie communicative : ça suffit à être heureux.

Place aux Shins, eux aussi récupérés d’une édition précédente. Fort de la sortie d’un nouveau disque, le quintet américain revient défendre ses nouvelles compositions à RES. Une ancienne prestation bien plus convaincante et la faim qui commence à résonner dans l’estomac : autant de signes qui indiquent qu’il est inutile de rester. D’où acte.

À peine le temps de bouloter trois misérables churros qu’il est l’heure de filer voir Bloc Party. Gonflé à bloc (rires), le public répond présent à chaque tube balancé, à commencer par Octopus. Et autant te dire que ça défile, tous leurs singles en sont : Helicopter, Banquet, Two More Years pour ne citer qu’eux. Bah oui, on est là pour ça en fait. Aucun répit, sauf la ô combien bienvenue dédicace aux Pussy Riot. Big up ! Un sans-faute pour les quatre acolytes qui ont le mérite de faire oublier la pluie.

Sigur Rós à l’heure de la pause, c’est la bonne dose de douceur dans un enrobage de fraîcheur, ce qu’il faut d’ambiances planantes et de petits bijoux pop pour se délecter de ce moment particulier qu’est l’enivrement de la nuit tombante et des fins de bouffées d’adrénaline musicale. Ceci dit, l’instant câlin, c’est bien mais pas trop longtemps. Allez, il est l’heure d’aller se remuer !

Direction Bromance ! Club Cheval est là et balance la sauce. C’est loin d’être fou mais ça a le mérite de mettre dans l’ambiance. Par contre, à la longue, ça galope pour pas grand-chose et devient vite lourdingue. Heureusement que le souvenir d’un Gesaffelstein survolté dans un Berghain aux abois l’emporte, je reste. Gesaffelstein, qui a entendu ma prière, arrive et les choses montent d’un cran. La texture de ses compositions est bonne, sale et lourde comme on l’aime mais le set restera en-deçà d’attentes placées trop haut. L’étincelle a manqué, celle qui aurait embrasé le délire. Le son se disperse trop, peut-être aurait-il fallu plus de retour ? Bref, tant pis pour les considérations acoustiques, je vais voir ailleurs si j’y suis.

Sur le retour, j’assiste à la fin du spectacle de Miike Snow. Et l’impression que j’aurais peut-être dû ramener ma fraise dès le début de m’envahir. L’électro-pop du trio américano-suédois est, du moins sur la fin, un vrai régal : titres sautillants à souhait, mélodies accrocheuses… autant de tubes bien ficelés à savourer sur place (à emporter, ça reste déjà plus risqué) !

Enfin, l’incontournable de ce premier jour, c’était bien évidement C2C, révélation française de l’année s’il en est. Leur premier opus pas encore sorti que le quatuor nantais (moitié Beat Torrent, moitié Hocus Pocus) déchaînait déjà les passions. Un concert attendu de pied ferme qui n’a pas déçu. Faut dire qu’ils ont trouvé leur créneau, les cocos : des compositions soignées, un scratch jubilatoire, proche de celui de Chinese Man, un groove imparable avec des samples bien foutus de morceaux empruntés au jazz, au rock ou encore au blues et la juste touche de sonorités électroniques pour actualiser le tout et l’élever à un tout autre niveau. Et le résultat fonctionne à merveille : un chouette moment de musique.

25 août

Le lendemain, je suis accueillie par Maxïmo Park. Un groupe avec un leader qui s’appelle Paul Smith, ça ne s’invente pas ! Paul Smith, Louise. Louise, Paul Smith. Enchantée. Malgré l’heureuse coïncidence, la première impression (qui est toujours la bonne, je le rappelle) note une certaine tiédeur malgré des titres énergiques et impeccables : Girls Who Play Guitars. Peut-être est-ce la lassitude qui parle, lassitude de cette édition qui n’en finit plus de nous servir des groupes qui, certes, ont de nouveaux disques au compteur mais autour desquels plus personne ne s’affole. Point trop de rembobinage, par pitié !

Entre Hyphen Hyphen et Caravan Palace mon cœur balance. Comme trop de hype tue la hype, je me rabats sur ces derniers. Après C2C, voici encore un groupe qui avale tout rond deux ambiances différentes : jazz manouche et électronique. Et devine quoi, ça marche ici aussi ! Propice à la détente et à la bonne humeur, les chansons du groupe sont tellement entraînantes que le public en vient vite à se déhancher : Rock It For Me et Suzy, par exemple. À défaut d’avoir assisté à un show mémorable, j’aurais au moins passé un bon moment devant les musiciens hybrides.

Place aux belges de dEUS. Immense groupe, je tiens à préciser en toute objectivité. Eux font du rock, purement et simplement. Les guitares sonnent fort, les cymbales se déchaînent et le rythme martèle nettement (The Architect). Grosse vague de chaleur que nous offre là le groupe, l’adhésion gagne les rangs. Gagné ! Bad Timing symbolise bien cette montée en puissance. Cette musique a du charisme, celui-là même qui émane de Tom Barman. Qautre Mains, dernier single en date, indique que, vingt ans après la création du groupe, dEUS sévit toujours. Bonne nouvelle.

De Bewitched Hands et Temper Trap, je n’ai pas vu grand-chose. La fin du show des premiers laissent à penser qu’il devait être de qualité. Et à voir les têtes qui se balancent à droite, à gauche, en haut, en bas, il y a moyen que je vise juste. Quant à l’introduction des derniers, avec force hurlements ridicules, elle donne envie de fuir. D’ailleurs, je fuis.

Hell yeah Bass Drum of Death ! Ces kids en ont bouffé, du Kurt Cobain. Dégaine grunge et reprise de Territorial Pissings en rappel, impossible de s’y tromper. Un résultat fort en chocolat : esprit rebelle, compositions nerveuses et énergie punk font bon mélange. C’est la découverte du jour qui fait plaisir, la bouffée d’air frais qui manquait jusqu’alors.

Du coup, je suis chaude patate pour attaquer le reste… je ne le resterai pas, merci Noel Gallagher. La moitié de feu Oasis est visiblement restée bloquée dans les années 1990. Les titres font datés, plus tellement dans l’air du temps mais dans la plus stricte tradition brit-pop. Les riffs tantôt énervés, tantôt mélodieux assomment. La structuration des morceaux est classique au possible et le pire c’est cette constante impression que Noel Gallagher passe plus de temps à s’écouter, gorgé de sa gloire passé, qu’à prendre une direction intéressante.

Moustache en place, okay. Bourbon en réserve, okay. Le compte y est, let’s go ! Voici Eagles of Death Metal, de retour à RES (à croire que c’est devenu un critère de sélection) pour enflammer une fois encore un parterre en délire. Gaffe, ça fait du bruit ! Jesse Hughes, qui arbore fièrement un tee-shirt des Black Keys, n’est pas américain pour rien avec son bagou composé de « motherfucking » et autres « motherfucker » proférés à tout bout de champ. Mais si ça tchatche, ça sait bien jouer aussi. Avec ce vrai faux dur à cuire, c’est le délire poussé jusqu’au bout, je ne sais pas vous mais moi j’adore ça. Cherry Cola, Wanna Be In LA et même une reprise de Stealers Wheel, Stuck In The Middle With You, je peux affirmer que ça booste !

À partir de là, ça va crescendo. Les Black Keys sont très attendus et le festival entier se masse devant la scène. Ils ne décevront pas. Leurs deux derniers disques, « Brother » et « El Camino », sont à l’honneur avec, entre autres, Tighten Up et bien sûr Lonely Boy, érigé en véritable hymne. Ce rock de barbus teinté de blues est hyper prenant. La foule est dense et l’intimité pas vraiment au rendez-vous mais l’alchimie opère avec ce duo d’abord peu médiatisé et devenu supergroupe ; je préconise de tester une salle à taille humaine ceci dit. La fin est magique avec I Got Mine, titre sur lequel Dan Auerbach et Pat Carney partent en vrille et semblent vraiment s’éclater. Un final grandiose. Encore !

Enfin, changement d’ambiance radical avec Agoria aux platines, qui développe pour l’occasion un vrai projet intitulé « FORMS ». Va savoir. Au programme : un mix habité et des vidéos conceptuelles. La machine de guerre du dancefloor est lancée, les sons se font incisifs et la répétition étourdie. C’est pile ce qu’il faut pour finir la soirée… ou la débuter !

Mark Lanegan, pauvre crooner qu’il est, doit essuyer un planning peu à son avantage. Dès lors, difficile de se concentrer pour le suivre dans son univers sombre et romantique. Dommage.

26 août

Stuck In The Sound, c’est déjà vu et entendu, merci l’édition 2011, je vais alors traîner des pieds du côté des Waterboys. Vétérans des années 1980, la troupe envoie carrément du lourd. Que les jeunes pousses du rock en fassent autant ! Bonne surprise. Les titres phares sont passés en revue et Cali, admirateur revendiqué des Waterboys, monte sur scène interpréter Fisherman’s Blues avec Mike Scott. Le set parfait pour se mettre en jambe en cette fin de festival.

Un court détour par Passion Pit, revenu après une chouette prestation en 2009, où l’électro-pop coule à flot. L’excitation de la nouveauté a passé et les sonorités un peu cheap auront vite raison de ma présence. C’est bête, certains titres fonctionnent très bien en live (Little Secret, Carried Away) mais le tout manque d’ampleur, de profondeur. Au final, c’est assez plat. Le chant hasardeux de Michael Angelakos n’enthousiasme que les nostalgiques de MGMT, je me mets à croire que l’usage abusif du sampler peut tuer.

Au tour des Dandy Warhols de passer à l’action. Forcément, ça emballe davantage. L’attitude est là, désinvolte et professionnelle. Il y a quelque chose d’assez sensuel chez le quatuor, revenu de loin et déjà figures mythiques de la scène de Portland. Les incontournables Bohemian Like You et We Used To Be Friends côtoient les fruits de leurs derniers efforts comme Autumn Carnival. Petit bémol : un show statique, un manque cruel d’exaltation. Une fois de plus, j’ai attendu l’allumette qui allait mettre le feu aux poudres. En vain.

Enfin, un sursaut s’amorce avec Little Dragon, trio suédois qui distille une musique électronique papillonnante à la fois minimale et désordonnée, à grand renfort de sonorités futuristes. Le chant est aérien et, vite, devient hypnotique : Ritual Union. My Step, joué en live, prend son envol grâce à des basses poussées au maximum et met tout le monde d’accord. Grosse ambiance.

Beach House, c’est le buzz du moment, la hype toute crachée : atmosphère sombre, compositions éthérées, membres aux ancêtres fameux, etc. Pourtant, la musique vaut-elle vraiment le coup ? Sur disque, pas tant que ça. Par contre, en live, ça a quelque chose de mystique, de grand messe qui est assez absorbant, enveloppant. Du coup, je suis passée de sceptique à dissuadée sans passer par la case convaincue cependant. Il reste de l’espoir !

Et pour clore le festival en beauté : Green Day. Perso, je croyais qu’ils étaient morts. Cette édition 2012 aura au moins servi à rappeler que non, ces vieux punks embourgeoisés sont toujours là. Vu le show millimétré auquel le public a eu droit, ils sont prêts pour le grand retour. Là aussi, je ne m’attendais à rien, je n’ai donc pas été déçue. C’est entraînant et ça rappelle les années collège, les années skateboard. Rien de fou ceci dit. Les tubes sont là mais ça laisse insensible. Et l’essentiel est dit.

Conclusion : le festival semble s’être perdu en route. Les meilleurs surprises se sont avérées être électronique et non électriques. C’est bête. Pour un évènement se nommant Rock En Seine, ça fait mauvais genre. Peut-être qu’il aurait fallu se montrer plus fidèle à la ligne engagée, d’autant plus que les dix ans s’annonçaient grands. Malgré ça, c’est toujours un plaisir de participer à ce rassemblement de fêtards dingues de musique. Vivement l’édition suivante où, je l’espère, les vraies découvertes indie/rock seront bien au rendez-vous (et les claques aussi) parce que j’en ai marre de manger tiède !

Chroniqueur
Festival Rock En Seine @ Domaine National de Saint-Cloud - 24 / 25 / 26 août 2012