Festival Solidays @ Hipprodrome de Longchamp – 25 / 26 / 27 juin 2010


Ce qu’on aime le plus aux Solidays, c’est l'organisation : pour un tarif bien plus faible que la majorité de la concurrence, le festival propose trois jours de concerts avec une programmation très éclectique, une sécurité au top, une propreté assez rare pour être remarquée (ceux qui sont déjà allé à Benicàssim comprendront l’ampleur de l’écart), une foule d’animations gratuites ainsi que moult stands alimentaires dont la qualité reste largement au dessus de la moyenne. Une sorte de kermesse géante, pour une bonne cause pour ne rien gâcher, même si l'on regrettera que chaque année le message semble un peu plus brouillé. Et bien que ceux qu’on aime le plus ne soient généralement pas à l’affiche, ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir car, qui sait, on pourrait même avoir quelques bonnes surprises…

Félicitations du jury

C’est à Winston McAnuff, qu’a été confiée la lourde tâche d’ouvrir cette édition 2010 et il s’en est très bien sorti avec un reggae roots, qui contre toute attente, a réussi à emballer le public qui n’en pouvait plus de se trémousser sur fond d’effluves de substances pas très licites. Et à ce rythme-là, la Jamaïque n’est jamais très loin. Dans sa foulée, fidèles à eux-mêmes, les membres de Toots & The Maytals ont enchanté et ensoleillé Solidays : cette année les Jamaïcains étaient à l’honneur et nous l’ont bien rendu.

N*E*R*D, fort du charisme et de la prestance de Pharrell Williams, a sorti le grand jeu. C’est un véritable show à l’américaine que nous a livré le groupe et quitte à faire dans le cliché, autant y aller à fond : danseuses caricaturales à souhait et slogans fédérateurs tels « make some noiiise » scandés à qui mieux-mieux. Résultat : la fosse de la scène Bagatelle a rapidement fourni la plus grosse ambiance du festival, en dépit d’un son parfois un peu crade.

Les DJs sets de Chinese Man et de Scratch Bandits Crew, presque à la suite, ont eux aussi pu ravir les amateurs de turntablism, un genre en pleine forme en France ; si les Scratch Bandits gagnent le prix de la mise en scène et de l’audace formelle avec leurs jeux de lumière et leurs explorations musicales, c’est bien Chinese Man qui aura le mieux su faire bouger les foules, notamment sur son épique final mixant The Message de Grandmaster Flash et le Pudding à l’Arsenic, extrait du bon vieux « Astérix et Cléopâtre ».

Parmi les autres réussites on pourra citer Delphic qui ne nous avait que modérément convaincu en album mais qui a su proposer un set assez intense, dans la veine d’Interpol ; ainsi que Brother Ali et son DJ beat-boxer qui ont su se mettre petit à petit dans la poche un public assez restreint, avec leurs messages de paix, beaucoup d’humour et un hip-hop très proprement exécuté bien que trop classique.

Au final la meilleure surprise restera sans doute Rodrigo & Gabriela, duo mexicain dont la réputation des prestations scéniques ne cesse de grandir. On doutait un peu que ce couple discret, seulement armé de 2 guitares sèches, puisse fonctionner sur la plus grande scène du festival. Pourtant assez vite la magie a opéré, le mélange de rock et de musique latine faisant son effet grâce à l’époustouflante virtuosité du duo, et la forte présence de reprises de Metallica, qu’elles soient écourtées ou complètes comme leur formidable version de Orion, a ravi les rockers nostalgiques.

Elèves constants

Florence & The Machine nous a habitué à des sets de qualité : la sauce a cette fois mis un peu de temps à prendre (la faute à une setlist maladroite) mais le charme a fini par agir et la généreuse et charismatique chanteuse a réussi à emballer son public, notamment grâce aux irrésistibles Kiss With A Fist ou You’ve Got The Love ; comme d’accoutumée on pourra tout de même regretter que son groupe soit si stoïque.

Quant aux bruxellois de Ghinzu, clôturant la première journée et lançant les hostilités pour les concerts de la nuit, ils ont su proposer un set explosif qui aura réjoui même les plus fatigués des festivaliers. Un show parfait pour se mettre en jambe et enchaîner avec cette toute première nuit de folies électroniques.

On attendait également beaucoup de Missill et on peut affirmer que la jeune DJ n’est pas allé dans la demi-mesure avec un set ultra-efficace bien que parfois un peu brouillon voire limite bourrin. On appréciera notamment les clins d’œil aux geeks (quelques musiques de jeux vidéos parsemant le set) et l’utilisation improbable de samples pourtant entendus et ré-entendus.

Les Babylon Circus, en dépit de l’écrasante chaleur qui sévissait ce samedi après-midi sur l’hippodrome de Longchamp, nétaient pas en reste. Que l’on apprécie ou pas leur musique, on est forcé de reconnaître qu’ils sont diablement efficaces pour jouer de l’ambiance festive instaurée par leurs titres reggae-ska.

Pari gagné pour les Local Natives qui ont su tirer leur épingle du jeu avec brio. Même s’ils paraissaient être des intrus dans le décor en proposant une musique plus cérébrale que la majorité des groupes programmés, le public est reparti conquis. Leur concert, alliant finesse et subtilité, n’a pas manqué de piquant. Les festivaliers, après deux jours et deux nuits de concerts, ont ainsi pu se remettre de leurs émotions avec cette très belle découverte ; le calme avant la tempête, si on veut.

Car le dernier rejeton de la famille Higelin, Izïa n’a effectivement pas son pareil pour faire danser la foule avec des concerts puissants et entraînants, et c’est tant mieux. Impossible de rester stoïque face à une telle avalanche d’énergie et de rock’n’roll. Seul bémol : son débit de parole est tel qu’on aurait aisément le temps de faire le tour de tous les stands de bières du site entre chaque chanson. Que diable, « de la musique avant toute chose »!

Peut mieux faire

Par exemple, on est déçus que celui de Wax Tailor ne soit arrivé jamais à décoller, donnant plutôt envie d’écouter les morceaux du groupe tranquillement chez soi ; nous restons donc un peu benêts devant la scène.

Blood Red Shoes et Kasabian sont eux capables de très bons moments quand ils se déchaînent sur leurs singles, mais le reste de leurs morceaux semblent vraiment trop insipides pour que le public reste captivé de bout en bout. Bref deux sets plutôt ennuyeux …

Phoebe Killdeer malgré sa voix magnifique n’a pas non plus réussi à faire emballer des chansons pourtant envoûtantes sur album. On préférera probablement la revoir dans un cadre un peu plus intimiste, et de préférence sans les bretons faisant flotter leur drapeau au beau milieu de la fosse et bouchant la vue de la moitié du public (on charie, hein …).

Les BB Brunes n’ont pas manqué d’enflammer les premiers rangs, plutôt pré-pubères, mais l’agitation et l’excitation qui sévissait est restée cantonnée dans cette zone et on se dit (on espère même) que leur heure de gloire est belle et bien terminée. On s’est aussi dit en parallèle que Skip the Use et Shakaponk dépensaient beaucoup d’énergie pour pas grand-chose et que, si on sentait bien qu’ils s’éclataient, leur musique laisse franchement à désirer, multipliant les clichés et les riffs faciles (frôlant d’ailleurs parfois le plagiat). Suivant !…

Il en va de même pour les Pony Pony Run Run qui ont tout compris de la recette du succès et surfent bien évidemment sur la vague de leur réussite ; mais gare aux raz-de-marée : à trop vouloir plaire, on en oublie son essence: « no you don’t have to go » !

-M- quant à lui a offert une prestation mitigée, passant en une poignée de secondes des meilleures pratiques d’un grand artiste live aux pires erreurs des groupes les plus pompiers : jeu de scène travaillé, communication drôle et sincère avec le public et refrains efficaces ont ainsi été mis à mal par de longs solos prétentieux allongeant inutilement les morceaux ainsi que par un excès de niaiserie. Heureusement, on était loin de la honteuse prestation de Manu Chao en clôture du festival 2009…

Redoublement obligatoire

Tout d’abord, difficile de tirer un bilan pour les britanniques d’Archive qui, hélas, auront eu à essuyer les nombreux aléas techniques du festival, une méchante coupure de courant expédiant leur concert plus rapidement que prévu. Cependant, cela ne les a en rien empêché de livrer un show relativement convenable durant le peu de temps qu’ils ont eu sur scène.

On essaiera de vite oublier les tentatives de Miss Kittin de prendre le micro sur de frigides boucles minimalistes et d’y poser un chant faux et strident, faisant ainsi passer son set d’ennuyeux à insupportable. Une énorme déception.

Mais le concert le plus raté du festival demeure incontestablement celui de Jamaica, nouveaux poulains de Xavier de Rosnay de Justice, qui n’aura survécu qu’une dizaine de minutes au buzz qui l’entourait, se limitant sans grande conviction à une électro-pop/new-wave convenue, ennuyeuse, et sans grand intérêt, comme on en entend à la pelle ces derniers temps.

Malgré ces quelques ratés, Solidays c’est que du bonheur. Car ici, même si le concert est mauvais, on reste positif : soleil resplendissant, bonne humeur permanente, organisation parfaite et multiples activités disponibles font qu’il est impossible d’être ronchon pendant les trois jours durant lesquels le festival bat son plein.

Chroniqueur
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Festival Solidays @ Hipprodrome de Longchamp - 25 / 26 / 27 juin 2010