Festival Villette Sonique @ Villette – 22 / 23 / 24 mai 2015


D’abord, il y a les références. Puis les sorties remarquées de l’année. Ensuite les bêtes de scène, et enfin les à-suivre-absolument. Grosso modo, c’est dans cet ordre que nous fait saliver chaque année l’affiche de Villette Sonique, nettement devenu un incontournable pour tout mélomane qui se respecte. Récit des trois premiers jours.

22 mai (par Louise)

En ce début de soirée, c’est le jeune Kevin Morby qui est chargé d’ouvrir le bal. La scène est très grande et le public parsemé, on sent bien que la tâche n’est pas aisée pour le joli trio texan. Moins joué que pensé, c’est le songwriting qui est ici intéressant, évoquant instantanément Leonard Cohen. Classique, mais intemporel. La bonne surprise vient au bout d’une demi-heure de show, au moment où cela commençait à devenir d’une linéarité plombante, précisément à partir de Motor Running, tiré de « Still Life », les ailes du petit Texan se sont déployées, ont pris possession de la scène et ont étalé toute l’envergure de son talent. Et il peut affirmer sans rougir que son ramage se rapport à son plumage !

Ce sont ensuite les excités de Ausmuteants (à ne pas confondre avec Os Mutantes) qui, dans un genre complètement différent, raflent l’occasion de vous rajeunir avec un son qui évoque sans conteste un plan séquence à la Larry Clark : skateurs hilares roulant à toute blinde dans les couloirs du métro, bouteille de ‘sky à la main et cataposte qui dégueule fort du punk pour synthés d’occasion. C’est tapageur et élémentaire, mais ça a le mérite d’être efficace à court terme. Autrement dit, la joyeuse bande australienne ne vaut pas la peine qu’on crie au génie, mais on a regagné les rangs de l’adolescence pour un petit temps et c’était bien cool. Même si quelqu’un devrait dire au chanteur d’arrêter de raconter sa vie entre les titres.

Vient le vrai bon moment de la soirée, signé The Gories, trio de Detroit des années 1980 qui sonne comme le quatuor griffé léopard de New York des années 1970, The Cramps. Impossible de ne pas danser sur ce garage rock bluesy qui n’a rien perdu de sa grâce et de son boogie imparable depuis le milieu des eighties. Des tubes et des reprises (de Suicide et John Lee Hooker, parmi d’autres) envoyés sur une note réjouissante et les superbes I Think I’ve Had It et Baby Say Unh!, chantés d’une voix éraillée et frappés de l’impassibilité de Peggy O’Neill qui impose son rythme depuis une batterie réduite à l’essentiel. Nitroglycerin clôt le show sur son riff fiévreux et entêtant. Applaudissements. Un sans-faute… et toute leur discographie à (re)découvrir !

Éternels retardataires, c’est de dehors que nous proviennent les premières notes du set de Thee Oh Sees, qui font resurgir en un rien de temps la claque infligée l’année dernière, dans cette même halle, par le brûlant live de Coachwhips, l’un des nombreux projets de John Dwyer. Lequel avait ni plus ni moins décidé de jouer… dans la fosse, au beau milieu de son public ! Le temps de regagner la halle et de s’imprégner de l’ambiance surexcitée qui la déboulonne, surchauffée par la présence de deux batteurs, on sait déjà que la déception sera au rendez-vous, comme avec le Ty Segall Band l’année dernière. Les Oh Sees ne savent que trop ce qu’on attend d’eux et s’ils orchestrent à la perfection le bordel qui sévira sur scène du début à la fin, l’authenticité du live fait défaut. Ou du moins l’impression que ça renvoie. Calibré pour embraser, John Dwyer peine à imposer son rythme et à insuffler un peu d’émotion au tout, à part peut-être sur Sticky Hulks qui fera un peu penser à Soft Machine. Le vrai truc cool aurait été d’aller là où on ne les attendait pas. En cette période d’examens, on leur ferait bien passer les rattrapages…

23 mai (par Louise)

Le lendemain, pour se remettre des émotions de la veille, rien de mieux que d’en étaler une nouvelle couche. Direction la pelouse moelleuse du parc de la Villette pour vivre de soleil, de musique et de bières fraîches ! Un peu lents au démarrage, on rate honteusement Centenaire, Pow! et l’incroyable Wild Classical Music Ensemble pour arriver au début du concert du trio français Cheveu. Un groupe à écouter en boucle ! Et le show a été à la hauteur des précédentes prestations du groupe, débridé et incendiaire, mené par un David Lemoine survolté qui finira sa course en un très beau slam immortalisé par Jean-Yves Catel et légendé d’un « Cheveu, mort pour la France », signé Born Bad bien sûr.

Scorpion Violente, ce sont les deux mecs qui jouent devant la Géode. Avec le ciel qui se reflète dedans, c’est très beau. Mais revenons à la musique, elle était parfaite : des synthés par-ci, des boîtes à rythmes par-là, le mode diabolique enclenché et bloqué sur la touche repeat. Un trip enivrant qui pourrait devenir puissamment magnétique dans une salle de concert à l’ambiance noire et étouffante. À suivre !

C’est d’une oreille discrète que nous avons suivi Awesome Tapes From Africa, a.k.a. Brian Shimkovitz. L’homme derrière toutes les cassettes défriche depuis ses premiers voyages toutes les pépites d’un continent africain à la richesse musicale bigarrée et méconnue, du classique et de la nouveauté, du genre le plus attendu au plus improbable, tout y passe, et force est de constater que les rythmes fiévreux diffusés emportent l’adhésion de bon nombre de festivaliers. Un chouette instant de détente, tombé au parfait endroit et au bon moment.

Syracuse, duo signé chez Antinote, s’occupera de nous rappeler qu’il est temps pour nous de partir. Leur musique aux accents rétro-futuristes tarde à faire voyager, pas assez prenante pour qu’on décolle véritablement et pas vraiment aidée d’un jeu sans conviction. Un concert de fin mitigé, mais, promis, on reviendra tout de même demain !

24 mai (par Nassim)

Si le set de Girl Band s’avère inégal, on sera quand même bien content de ne pas l’avoir raté ; certes certains morceaux bruitistes manquent de structure et de ligne directrice et d’autres, plus lents, peinent à construire une atmosphère, mais le groupe s’avère particulièrement efficace quand il s’adonne à un rock fiévreux et primal, comme sur les morceaux tirés de son EP « The Early Years », que cela soit l’excellent Lawman ou l’expéditif The Cha Cha Cha. Emmené par un chanteur dont le charisme évoque le Christian Slater de Heathers, bad boy malin et rebel prêt à guider le public vers leur côté obscur, le groupe arrive par moment à un son très intéressant, mené par les lignes de basse lancinantes d’un bassiste dont la technique inhabituelle, la main attaquant le manche par le dessus, permet des effets mi-hypnotiques mi-inquiétants. Ce mélange entre riffs menaçants et efficacité rock culminera sur la reprise de cultissime Why They Hide Their Bodies Under My Garage du producteur techno Blawan ; rarement un morceau aura aussi bien vécu la transition d’un genre à un autre et les nombreux sauts du public ont à priori validé ce choix.

C’est aux Montréalais de Ought que revenait la tâche de clôturer la grande scène de la partie gratuite du festival, propulsé au premier rang par leur excellent premier album « More Than Any Other Day ». Si le groupe prévient d’emblée n’avoir quasiment pas dormi la nuit précédente, ce n’est pas l’impression qu’ils donneront pendant la cinquantaine de minutes que durera leur concert, attaquant d’emblée par l’un de leurs meilleurs, et plus « quotable », morceaux The Weather Song à coup de batterie effrénée, chant qu’on pourrait croire inspiré par Mark E. Smith et l’une des mélodies de guitare les plus étrangement dansantes de ces dernières années. Le reste du set oscillera entre bon et excellent, atteignant sans surprise son sommet émotionnel sur Habit et son pic de fun sur le fantastique Today, More Than Any Other Day qu’on ne recommandera jamais assez.

Le ciel restant clément, on finira par flâner à travers les boutiques disséminées dans le Parc de la Villette, en se disant qu’on est quand même bien content de tous ces concerts gratuits qui animent l’été parisien, ceux de la Villette Sonique se révélant généralement les plus excitants.

Chroniqueur
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