Furia Sound Festival @ Franconville – 24 / 26 juin 2005


Vendredi 24 juin 2005 Samedi 25 juin 2005 Dimanche 26 juin 2005 Vendredi 24 juin 2005 Cette superbe et chaude journée va nous donner l’occasion d’applaudir un nombre conséquent de groupes extrêmement variés. Les quatre scènes permettent au public d’écouter aussi bien de grosses têtes d’affiche que des groupes issus de la scène locale, même […]

Vendredi 24 juin 2005

Cette superbe et chaude journée va nous donner l’occasion d’applaudir un nombre conséquent de groupes extrêmement variés. Les quatre scènes permettent au public d’écouter aussi bien de grosses têtes d’affiche que des groupes issus de la scène locale, même s’il lui sera impossible de tout voir.

Nous retrouvons sur la scène une Les Blérots de R.A.V.E.L, qui ont bien du mérite à jouer en costumes et cravates. Leur cocktail rythmé, soutenu par un cor, une contrebasse et un accordéon est une sorte de musique traditionnelle d’ici et d’ailleurs et, au final, bien de chez eux. Le public bariolé est enthousiaste. Le retour de Petrouchka est prétexte à une diatribe sur la musique des années 80. Le chanteur joue avec le public sur des rythmes tziganes/manouches/yiddish. Toute cela est à la fois romantique, mélancolique, joyeux et foutraque. Parfois même bucolique. Le chanteur des Ogres de Barback vient même les rejoindre pour chanter avec eux. Mis à part le batteur (et pour cause), les musiciens concluent souvent les titres regroupés à l’avant de la scène. A cette heure, les jeux de lumières passent inaperçus. Mais leur occupation de la scène est telle qu’on en a cure. Et l’on se laisse bien volontiers emporter.

Dirge, quant à eux, s’expriment sur la scène quatre. Pas de chance, ils sont en plein soleil et jouent en même temps que les Blérots. Leur public épars semble plus préoccupé par la recherche d’ombre et de fraîcheur que par leur prestation. Le chanteur, à la basse, use peu de son micro. Ce métal atmosphérique, et ses longs titres à la Mogwaï, sont low, slow et heavy.

Chumbawamba acoustic sont cinq vétérans de la scène rock anglaise. Ce soir, ils nous présentent un ensemble de chansons traditionnelles populaires et révoltées, quasiment a capella, tout juste accompagnés de leurs guitares, accordéon ou trompette. Le public reste peu sensible à cet ovni, et s’étale nonchalamment sur la pelouse ensoleillée. Parmi ceux qui les écoutent avec attention, voire qui entonnent les chansons en ch?ur, on remarque le bassiste de The (International) Noise Conspiracy

Le concert de ces derniers débute par un muezzin appelant à la prière. Le rock’n’roll en rouge et noir des Suédois est revendicatif, mais certains titres entraînants sont au final assez pop. Est-ce le clavier qui donne cette impression ? Le chanteur se déhanche et chante comme un Mick Jagger rajeuni. C’en est troublant. Quant au bassiste, très classe, il tient les morceaux avec fierté, sans faillir. Pas de temps mort, le rythme que s’impose le groupe force le public à suivre la marche et la foule s’amasse déjà devant la scène trois, au bout de quelques titres. Entre deux lancers de micro rattrapé parfois de la tête, le chanteur affirme sa joie de jouer en France, pays qui a osé dire ‘non’ à la Constitution européenne, geste démocratique à ses yeux. Il descend ensuite de scène pour se jeter dans un slam déjanté, tout en chantant. Le public exulte. Dernier brûlot, dernier jet de micro, et le combo finit groupé devant la scène, le poing levé, sur fond de « protest song ». Non, les punks ne sont pas morts !

Toutes trois de rose vêtues, les New-yorkaises du groupe Le Tigre nous rafraîchissent de leur électro-pop-féministe. Le son est excellent et leur musique, très dansante, plaît beaucoup. Le public connaît-il réellement la teneur des textes de ces trois suffragettes version années 2000 ? On en doute face au silence interrogatif qui suit la question de la brunette au micro : « Is there lesbians here ? ». Le trio communique son énergie aux spectateurs qui se laissent bien volontiers conquérir. L’utilisation de samples fait pourtant perdre beaucoup de naturel à l’ensemble. A noter que la prestation est agrémentée de chorégraphies kitch, certains titres rappelant le côté festif des B52’s. Le concert, énergique et parfait pour un festival, est on ne peut plus réussi.

Enfin, l’espace situé devant la scène une est plein : premier concert en France pour la reformation de Louise Attaque ! Ces derniers nous présentent leur prochain album, avec un son très fort mais brouillon et sourd. Le public, tout à son bonheur de les retrouver, s’en fout et pogotte furieusement. 22h et les lumières se voient enfin, les éclairages ont bien un sens sur ce concert. Les slammers sont infatigables et le délire atteint son apogée sur L’invitation.

Mais il faut déjà se laisser emporter vers la scène trois pour la cerise sur le gâteau : Turbonegro. Le temps se couvre, les éclairs se multiplient au loin et le groupe le plus délirant du moment arrive dans un bruit d’hélicoptère et sous les stroboscopes. Accoutrés en militaires de différentes contrées, qui avec des paillettes, qui avec un boa, affublés de couvre-chefs, les musiciens se sont déguisés en Village People du heavy. Un géant bedonnant, habillé en viking, fait la majorette avec une canne : c’est le chanteur… Le métal qui nous est servi est lourd et gras, la finesse n’a décidément pas droit de cité chez ces Norvégiens. Deux canons projettent des faux billets dans le public qui n’en revient pas de tant de mauvais goût. Le chanteur harangue la foule et lui fait répéter des vulgarités avec une joie visible.

Sur la scène deux, à l’autre bout de cet immense terrain de jeu pour maboules de la musique, LCD Soundsystem commence enfin son show, après vingt minutes de retard, suite à des problèmes de son. C’est le dernier concert de la soirée et heureusement que ça remue car on se serait bien endormi…

Samedi 25 juin 2005

Le deuxième jour du Furia Sound Festival commence fort : The Film occupe la scène trois, située juste à côté de l’entrée. C’est le chanteur qui est à la basse, pendant qu’un saxo donne un rythme rock?n?roll à l’ensemble et que le batteur jongle entre ses fûts et sa boîte à rythme.

On part rejoindre Les Wriggles, qui investissent la scène une. Ces cinq gugusses en rouge chantent et jouent la comédie sur des textes acides, ironiques et réalistes qui dénoncent entre autre l’égoïsme et le profit. Avec leur langage direct, ils s’attirent les faveurs d’un public presque aussi chaleureux que pour Louise Attaque la veille. La sensibilité est là sur Mon petit mec et moi, traitant de l’homoparentalité. Chacun joue de la guitare en alternance, selon les titres. Les morceaux sont soigneusement mis en scène, les musiciens posant telles d’anciennes statues soviétiques. Leur longue diatribe contre les chasseurs est acclamée par un public très attentif, qui écoute les titres les plus intimistes dans un silence respectueux.

Les Français de Gomm commencent par un titre en allemand. La chanteuse est au clavier, mais le batteur donne lui aussi de la voix. Son jeu martial confère à l’ensemble un style très new-wave. Mais face à Deportivo, la concurrence est rude et peu de spectateurs se sont déplacés. Gentillet et pas très novateur…

Antiflag, juste en face sur la scène deux, est particulièrement attendu. Il s’agit de punk-rock old school à crêtes noires. A noter que le batteur est un vrai bûcheron : à chaque coup, la batterie plie mais ne rompt pas. Les hurlements du bassiste sont presque plus efficaces que ceux du chanteur. Mais ces punks là savent jouer et faire pogoter le public. Le titre obligatoire anti-Bush provoque d’ailleurs un pogo géant et poussiéreux et, à l’image du set entier, redonne la rage et la volonté de se battre contre toutes les injustices.

De retour vers la scène une, Les Ogres de Barback, groupe festif de la soirée, sont les invités d’honneur du festival. Ils sont attendus par une foule compacte. Petites chansons sans prétention pour les humbles, en dehors des règles convenues et sans philosophie particulière, si ce n’est celle de la vie. Lorsque la fanfare est au complet (au mois dix membres), c’est un mélange de jazz, de chanson populaire et de musique manouche et nord-africaine. Le public, conquis, reprend les titres en ch?urs.

Les gros durs de Pennywise, l’air méchant, nous balancent leur punk new school hardcore depuis la scène deux, une petite reprise des Ramones en prime. Ils sont contre tout : l’autorité, Bush, la police, les salopards de tout poil… Society leur donne l’occasion de rappeler que c’est aux jeunes de prendre la relève pour changer le monde et surtout ne pas devenir des victimes.

Ce sont les guitares saturées de Deckard qui répondent aux demandes de rappel du public de Pennywise. Peu de spectateurs se sont initialement arrêtés devant la scène quatre et pourtant, l’énergie du groupe contribue à rameuter un public qui les (re)découvre après la rupture de Baby Chaos. Les riffs bien sentis et les mélodies accrocheuses de leur rock inspiré 90’s passe extrêmement bien. Précisons que ce concert se déroule en même temps que celui de Kyo, dont le show est perturbé par quelques punks allumés descendus vers la scène une pour leur envoyer une bordée d’injures et leur balancer tout ce qui leur passe sous la main.

Debout sur le zinc, scène trois, s’applique à terminer en point d’orgue festif cette journée, tandis que Luke attire un public impressionnant, pour une prestation d’une platitude et d’une banalité affligeantes. Fin des hostilités pour cette rude journée. La nuit sera courte.

Dimanche 26 juin 2005

La journée la plus rock du Furia Sound Festival nous attend. Modey Lemon, de Pittsburgh (USA), sur la scène trois, assène son rock’n’roll bruyant avec des machines… c’est déstabilisant de puissance et ils ne sont que trois.

Les Anglais de The Servant proposent un pop-rock frais et insouciant. Mais méritaient-ils vraiment la scène une ? Peu de spectateurs debout devant la scène, beaucoup préférant s’asseoir ou se coucher sur l’herbe. La fatigue commence à se ressentir et la pluie du matin n’a rien rafraîchit du tout.

Les No One is Innocent sont attendus sur la scène deux. Hélicoptère en fond sonore, les hostilités commencent, et voient les musiciens assurer et jouer tout en puissance. La chaleur et la poussière provoquent quelques malaises. Les titres s’enchaînent avec un réel bonheur, aussi bien sur scène que dans le public, et la reprise de Depeche Mode met littéralement le feu.

Pour Lofofora le son est ultra fort ! La double grosse-caisse matraque. Les musiciens interprètent des titres de leur dernier album-manifeste et leur punk hardcore fonctionne bien. Un groupe de gamins de tout au plus 12 ans est juste devant les murs d’enceinte puis se faufile au centre du chaudron pour slamer furieusement. Amusé, le chanteur commente : « C’est marrant de faire un concert à l’heure du petit-déj' ». Lofofora est le premier groupe ici qui pense à remercier les petites mains du festival : ces bénévoles sans qui rien ne pourrait exister. Le dernier titre dégomme littéralement les tympans, et laisse le public fourbu mais heureux.

Les Anglais de Kasabian occupent ensuite la scène trois. Leur rock, limite prog, grosse basse et voix pop, est une découverte pour la plupart des festivaliers, qui déambulent d’une scène à l’autre sans se fixer réellement.

Therapy? s’apprête à investir la scène deux mais peu de monde est venu écouter ces vieilles gloires. Pourtant des inconditionnels acclament les Irlandais, malgré leur son approximatif. Toujours la pèche sur scène et l’envie d’en découdre, le trio se surpasse. Il nous présente son dernier album mais annonce qu’il en prépare déjà un autre pour 2006. Therapy? termine le set sur des standards toujours appréciés par le public.

Sinsemilia focalise l’attention et la scène en prend un aspect festif. On est en famille dans le public. C’est bon enfant et pourtant très revendicatif et engagé. La simplicité et le bonheur d’être sur scène sont d’ailleurs communicatifs.

Aqme sort son grand jeu : gros son gras et lumières blanches. Le public afflue au fur et à mesure. Les morceaux plus durs sont les plus réussis. Lors des solos de guitare par contre, il ne se passe rien. Les membres d’Aqme manquent de présence scénique, il faudrait qu’ils s’investissent physiquement, qu’ils mouillent la chemise.

Pendant ce temps, Riton fait danser le public avec son électro-pop-funck-rock assaisonnée de riffs de guitare électrique.

Pour le grand final de la journée, c’est Mano Solo qui s’y colle avec trombone, sax, accordéon, percus en plus des classiques basse, guitare, batterie et clavier. Le public est dans l’ensemble patient mais certains se lassent tout de même de rester jusque si tard.

La programmation de ce Furia Sound 2005 aura donc été d’excellente qualité, le site agréable et l’accueil particulièrement sympathique. Un festival rock et éclectique permettant de découvrir de nombreux groupes et de retrouver quelques stars confirmées. Seul regret, la présence de deux scènes obligant les spectateurs à faire des choix parfois difficiles.

Chroniqueur