Godspeed You ! Black Emperor @ Grande Halle de la Villette – 14 janvier 2011


Après un « hiatus » de sept ans, la formation culte canadienne, fer de lance du label Constellation, était de passage à Paris pour un concert attendu par beaucoup comme un des événements de ce début d’année. D’abord, il y a la foule, immense, démontrant s’il en était besoin que, malgré une musique pour le moins exigeante,  […]
Après un « hiatus » de sept ans, la formation culte canadienne, fer de lance du label Constellation, était de passage à Paris pour un concert attendu par beaucoup comme un des événements de ce début d’année.
D’abord, il y a la foule, immense, démontrant s’il en était besoin que, malgré une musique pour le moins exigeante,  Godspeed You ! Black Emperor a su se tailler une place à part dans le cœur et l’imaginaire de beaucoup d’amateurs de musique indé d’hier et d’aujourd’hui. Il y a la salle ensuite, grande, trop peut-être au goût de certains qui auraient préféré un endroit plus « intime » pour partager ces retrouvailles. Toutefois, le côté dépouillé sied relativement bien à la musique tourmentée du groupe. D’ailleurs, le léger vrombissement de fond qui résonne dans la salle rend l’atmosphère encore plus particulière et achève de nous convaincre que l’on risque de vivre un moment à part. Lorsque les lumières s’éteignent, tout le monde est déjà prêt à acclamer les héros de la soirée, mais pendant près d’un quart d’heure, un drone lancinant va crescendo tandis que le mot « Hope » vacille sur l’écran dédié aux projections vidéo derrière la scène. Le public ne sait alors plus trop à quoi s’en tenir et, lorsque, enfin, les musiciens entrent en scène et s’installent en cercle, au centre duquel se positionne Sophie Trudeau avec son violon puis attaquent les premières notes de « Storm », c’est presque le silence qui s’installe. Au bout d’un gros quart d’heure, on comprend vite que Godspeed n’a rien perdu de sa puissance de feu, entendre cette musique tellement complexe jouée en direct se révèle très vite une véritable expérience.

 Mais surtout, tous les codes d’un concert tel qu’on le conçoit sont écartés. Le groupe ne communique pas avec le public, les membres communiquent même très peu entre eux,  il n’y a pas de « jeu de scène » à proprement parler, chacun dans l’assistance est dans sa bulle, comme prisonnier d’une gangue imposée par l’intensité insensée de la musique et le pouvoir hypnotique des images – tantôt des visages anonymes, des textes manuscrits, des suites de chiffres, de longs tunnels sans fin…- qui défilent sur l’écran. Alors bien sûr, certains peuvent parler de messe, d’expérience mystique, de transe, railler l’austérité du contexte. Pourtant, l’essentiel est ailleurs : Godspeed est un groupe qui a tout mis dans sa musique pour s’exprimer, transcender ses colères, et le grand tour de force de ce concert est qu’il parviennent à happer entièrement le public dans cet univers, plus rien ne relie les gens présents au même endroit ce soir-là à part cette musique, justement, faisant de ce moment une expérience personnelle partagée dans un contexte collectif.

Autre tour de force, à aucun moment l’intensité ne retombera, le groupe ne se laisse aucune respiration hormis celles inhérentes aux morceaux, et ce pendant 2h30 ! Dresser une playlist devient alors inutile, même si les grands moments du groupe sont là, de Rockets fall on rockets fall à BBF3, qui clôturera la prestation avec son final en apothéose. A d’autres moments, certains passages auront paru moins familiers, au point qu’on se met à espérer avoir entendu de nouveaux morceaux, et alors… Mais ça, c’est une autre histoire. En 2011, Godspeed était là, devant nous, et on n’est pas près de l’oublier.

Rédacteur en chef