It It Anita + Viet Cong @ Le Cargo – 23 Novembre 2015


La fureur de vivre...

La salle Caennaise du Cargo a bien du mal à se remplir ce soir du 23 novembre quand les deux guitaristes de It It Anita introduisent le set de leur formation belge. A grands coups de saturations, les compères s’évertuent à triturer nos organes auditifs à force d’effets noise particulièrement agressifs. Le set démarre alors dans la droite lignée de ce qui a précédé, puissant, agressif, sur le fil du rasoir, on pense autant à Fugazi qu’à Sonic Youth avec un supplément d’urgence et de fureur. Un véritable ouragan sonore va nous emporter durant la totalité de la performance proprement hallucinante des quatre garçons. Car en dehors d’un rock brûlant parfaitement exécuté, It It Anita va nous livrer une prestation scénique franchement jamais vue. Nous éviterons de dévoiler les secrets du groupe, l’effet de surprise ayant grandement participé à la folie ambiante dans laquelle nous avons été plongés durant ce concert clairement à part. Une telle prestance a rapidement emporté l’adhésion du public qui s’est laissé embrigader dans cette énergie communicative peu commune dans des styles “intellectuels” tels que le noise. Une vraie claque parfaitement inattendue, bien que la rumeur enflait de ne pas arriver tard ce soir-là. It It Anita est du genre à livrer ses tripes à en mourir sur scène, habités par une croyance aveugle en leur musique, cela donne un moment suspendu et partagé par toute l’assistance, un public hypnotisé par les mélodies complexes et la rage de l’interprétation. Un seul doute subsiste après une telle claque, comment assumer cet héritage de fureur ?

Viet Cong entre alors en scène, sur un terrain miné, risquant fortement d’être éclipsé par une première partie surpuissante…

Eh bien le groupe qui s’avère être une des dernières grosses révélations de la scène rock reprendra brillamment le flambeau. Moins fous que les ouvreurs du soir, les Canadiens vont dérouler un set plus maîtrisé qui paraîtrait presque être dans la retenue. La bonne part d’introspection psychédélique shoegazienne n’y est certainement pas étrangère. Mais attention la fureur préside toujours aux débats de la soirée notamment grâce à un batteur plus qu’expansif maintenant et augmentant la cadence, donnant à sa propre prestation des aspects de sport de haut niveau. Plus intériorisé, le post-punk, très 80’s finalement, des “cordistes” va nous plonger dans les plus belles heures des Crocodiles, Joy Division ou autre ersatz de la décompression post no future. Loin d’être un pastiche d’un style moult fois singé, le live de Viet Cong profitera des déviances noises et psyché, quelque part entre Sonic Youth (encore eux) et la science du rythme de Thee Oh Sees. Pas avares non plus en délire scénique, le groupe brouille les pistes avec ses ruptures de pur bruitisme expérimental, parfois même un peu longues, venant ponctuer ses morceaux tendus et furieusement efficaces.

En un mot comme en cent c’est ce que j’appelle un pur moment de rock indé, les amis, avec tous les ingrédients qu’on y cherche. Dépassant largement nos attentes, cette soirée restera longtemps mémorable pour le public présent. En tant qu’humbles promoteurs de la musique indé, nous ne pouvons que vous pousser à vous enquérir d’une éventuelle apparition d’un de ces deux groupes phénoménaux près de chez vous.

Pour le plaisir, un bien bel exemple (en plus cosy) de ce qui nous attendait ce soir là…

P.S : It It Anita se trouvera le 11 décembre à L’autre Canal à Nancy, pas de dates françaises concernant Viet Cong dans les semaines qui viennent.

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