Mac Demarco + Cloud Nothings @ Nuits Botanique – 18 mai 2014


La jeunesse moyenne américaine était à l'honneur ce Dimanche à Bruxelles avec sur scène deux visions opposées et complémentaires de la génération Y.

C’est sous un climat quasi-estival que s’est déroulé cette soirée des Nuits Botanique, dans le très agréable cadre du Jardin Botanique de Bruxelles ; on s’en veut un peu du coup d’avoir écouté de loin les locaux Mountain Bike, ne résistant pas à la tentation de quelques bières au soleil. C’est probablement tant pis pour nous, car ce que nous avons pu entendre semble promettre un bel avenir pour ce quatuor rock indé qui semble avoir su digérer habilement des influences aussi bien college rock des années 80 que plus garage pour les reprendre à leur sauce.

C’est devant un public relativement réduit que Cloud Nothings attaque leur show avec deux extraits de leur récent album, Quieter Today et Now Hear In. Assez rapidement, malgré la débauche d’énergie du groupe et un batteur toujours aussi fulgurant, la piètre qualité du son empêche de complètement apprécier le concert, la guitare saturant en quasi permanence et le second micro étant quasiment inaudible. Si sur les morceaux allant le moins dans les aigus comme les excellents Fall In et Psychic Trauma ça passe à peu près, cela devenait terriblement gênant sur l’instrumentale Separation. C’est finalement un gros râté du batteur, apparemment assez mécontent que sa batterie glisse petit à petit, qui semble avoir réveillé les ingés son puisque dans les quelques secondes qui suivent la guitare est devenue significativement plus audible, permettant au final tonitruant de Pattern Walks de réveiller la foule comme il se doit. La fin du concert se révelera du coup bien plus excitante, notamment sur l’enchaînement des 2 pépites du groupe, acclamées par les fans dès leurs premières notes, d’abord le fantastique I’m Not Part of Me, tube le plus évident du trio, puis ce qui reste leur meilleure chanson, Wasted Days, extrait de leur précédent album, “Attack on Memory”

Passer de Cloud Nothings à Mac DeMarco, c’est prendre un point de vue complètement différent sur une problématique identique : la vie sans surprise ni changement de la jeunesse moyenne. Là où Dylan Baldi en semble frustré, déçu de ne pas accomplir plus, Mac DeMarco s’en délecte, évoquant certes les slackers des années 90, mais aussi à travers ses messages de paix et de tolérance, une idéologie héritée des hippies. Cette opposition sur le fond se ressent aussi sur la forme, la musique de Cloud Nothings est tendue, énervée, furieuse, là où DeMarco semble détendu, paisible, il peut prendre tout son temps dans des morceaux de 3 minutes là où les Américains semblent parfois foncer à toute allure dans des morceaux de 7.

L’arrivée sur scène du Canadien aura montré immédiatement une autre différence avec Cloud Nothings, l’attitude : si les Américains donnent beaucoup, ils sont aussi très fermés et pourraient peu ou prou faire le même concert face à un mur, Mac DeMarco et ses musiciens, au contraire, sont dans l’échange et la communication, son bassiste, qui semble avoir goûté aux bières du cru avant de monter sur scène, n’hésitant pas à blaguer cinéma ou masturbation. L’ambiance ne met pas bien longtemps à s’enflammer sous le chapiteau, malgré la température montant en flèche et le public reprend en choeur les morceaux d’un set qui fait la part belle au récent “Salad Days”, et particulièrement sur le délicat Brother et l’ensoleillé Let Her Go. Le moment d’absolue grâce aura cependant lieu sur un morceau plus ancien, le groupe sublimant Freaking Out the Neighborhood et faisant au passage danser tout le Botanique, avant de le faire planer sur l’éthéré Chamber of Confusion. Après un petit crowdsurfing, Mac et sa bande achèveront leur concert sur Unknown Legend de leur compatriote Neil Young, forçant le public à “Kneel Before Neil” avant de reprendre le morceau.

Malgré un son hasardeux au début, nous aurons donc assisté ce soir à deux excellentes prestations, et si l’avantage ira cette fois aux Canadiens, on attend le match retour avec impatience, match à n’en pas douter amical, Dylan Baldi s’étant même invité sur scène avec Mac pour prendre part à un “Let My Baby Stay” remodelé pour l’occasion.

Chroniqueur